Auteur : Sarah Byczkowski

  • s’émerveiller

    s’émerveiller

    (publié sur mon instagram, le 4 août 2025)

    Je fais partie de ces personnes qui s’émerveillent de toutes les petites choses.
    Que je les trouve doux ces petits détails du quotidien.
    Que d’autres ne voient pas forcément,
    ou qu’ils ne remarquent plus.

    Les nuages qui dessinent des formes dans le ciel,
    les premiers rayons du soleil,
    le bruit des vagues,

    l’odeur du café et du pain grillé le matin,
    les draps frais après une journée de travail,
    la première bouchée d’un plat qu’on adore,

    le sourire sincère d’un.e inconnu.e,
    se sentir vraiment compris.e, croiser par hasard quelqu’un qu’on apprécie,

    une phrase qui résonne parfaitement en nous,
    une chanson qui arrive exactement au bon moment,
    une tache en forme de cœur,

    Un rien me touche. Un rien me fait sourire. 

    Parfois on dirait une enfant je vous jure.
    Je m’émerveille de tout.
    Et la chose la plus simple peut parfois illuminer toute ma journée.

    Redécouvrir les lieux qu’on connait,
    regarder autour de soi,
    voir les choses sous une autre perspective.

    C’est peut-être naïf,
    mais j’ai envie de croire
    que réussir à voir la beauté
    dans les petites choses de la vie,
    c’est une bonne façon de cultiver le bonheur.
    Et de se dire que la vie est belle.

    _______________________________________________

    Description:

    Voir le beau. Ou plutôt choisir de voir le beau.
    Parce que c’est un choix.
    Une manière de marcher dans le monde,
    les yeux un peu plus grands,
    le cœur un peu plus ouvert.
    C’est s’attarder sur les choses simples,
    les savourer.

    Le bonheur ne se trouve pas forcément dans les grandes réussites,
    les événements hors du commun.
    Il se glisse dans les interstices.
    Il chuchote,
    mais on peut l’entendre crier,
    pour peu de prendre le temps de tendre l’oreille.
    Il se niche dans un éclat de rire,
    une odeur familière,
    une chanson oubliée.
    Il est là, dans l’instant présent,
    si on regarde bien.

    Pour que ce ne soit pas l’extérieur qui dicte mon humeur,
    mais le regard que je choisis de poser sur lui.
    Et peut-être que c’est là qu’on retrouve le pouvoir, 
    dans la capacité à créer en soi de la lumière,
    même quand tout semble gris.
    Parce que le bonheur,
    ce n’est pas vraiment ce qui nous arrive,
    c’est ce qu’on décide d’en faire.

  • exister autrement

    exister autrement

    (texte déclamé pour la première fois sur la scène de Lost Words à Bruxelles le 24 juillet 2025)

    J’ai longtemps appris à exister à travers la séduction,
    dans mon rapport au monde,
    dans mon rapport aux autres.
    Comme une grille de lecture,
    un langage,
    un pouvoir, peut-être,
    un masque, sûrement.
    Une manière d’être sûre
    de compter quelque part.

    Mais aujourd’hui,
    ce jeu m’étouffe.
    Je suis fatiguée.
    Je ne veux plus que ce soit
    ma seule manière d’être vue.
    J’ai envie de plaire,
    oui.
    Mais pas d’être réduite à ça.
    Pas d’exister uniquement,
    de prime abord,
    à travers le prisme du désir masculin.

    J’ai envie qu’on me croise,
    sans rien attendre en retour.
    Qu’on échange
    sans que mon attention soit interprétée
    comme une promesse.
    J’ai envie d’être autre chose
    qu’un potentiel corps à conquérir.

    À chaque fois que je rencontre un homme,
    il y a toujours comme une tension,
    une attente, 
    un présupposé.
    Celui d’un possible flirt.
    Celui d’un jeu déjà lancé
    avant même que j’aie décidé d’y jouer.

    Je me retrouve contrainte
    de devoir poser des mots
    sur des choses que je n’ai jamais promises.
    Contrainte de me justifier,
    de redéfinir les limites.

    Moi j’ai envie qu’on m’écoute, qu’on me parle,
    sans stratégie,
    sans calcul.
    Je veux exister sans devenir un enjeu,
    sans être un objet de projection.

    Je veux qu’on me voit.
    Pour de vrai.
    Je veux qu’on me respecte,
    qu’on me considère.
    Ça, même s’il n’y a pas d’histoire à écrire.

    •••

    Et dans l’intime,
    c’est encore plus profond.
    Plus brutal, parfois.

    Je prends souvent l’ascendant.
    Je domine.
    Pas seulement pour le jeu,
    mais pour affirmer ma place.

    Comme un cri qui résonne : 

    Tu ne me soumettras pas.
    Ni dans cette vie, ni dans ce lit.
    Tu ne feras pas de moi ta chose,
    l’objet impersonnel de ton désir,
    le réceptacle de ta jouissance. 

    Pour ne pas qu’on prenne ma liberté
    pour un oui.
    Pour ne pas qu’on pense qu’on peut
    disposer de mon corps,
    de mon image,
    de ma dignité,
    comme on s’assoit sur une chaise vide.

    •••

    J’ai passé ma vie à dire
    “je ne m’attache pas”
    comme une vérité inébranlable.
    Mais c’est un réflexe,
    un mécanisme, 
    une protection.
    Une tentative de contrôle.
    Un moyen de prendre les devants.
    D’être celle qui quitte
    pour ne pas être celle qu’on laisse,
    ou celle qu’on oublie.

    Alors certes, je suis libre,
    mais pas insensible.
    Je suis ouverte,
    mais pas à ta disposition.
    Je suis présente,
    mais pas à consommer.

    Je n’ai plus envie d’intime sans douceur,
    sans écoute,
    sans empathie.
    Je veux que ce soit beau,
    que ce soit vrai,
    que ce soit vivant.
    D’égal à égale.

    Je veux être courtisée.
    Je veux les caresses.
    la tendresse,
    je veux la sensualité,
    la complicité.
    Même dans l’éphémère.
    Surtout dans l’éphémère.
    Parce que l’impermanence n’empêche pas l’intensité.

    Et si ce n’est que pour une nuit,
    je veux qu’elle soit belle.
    Je veux qu’on s’y donne sans s’y réduire.
    Qu’on s’y touche avec attention.
    Qu’on s’y parle avec honnêteté.

    Parce que ce que je cherche,
    c’est pas une promesse.
    C’est une présence.
    Celle qui fait que même sans lendemain,
    tout ça aura eu du sens.

    ________________________________________________________

    Contexte :

    C’est un texte né d’un élan de colère, d’un ras-le-bol, d’une fatigue d’être confrontée chaque jour à cette masculinité envahissante. 

    Celle des hommes qui, dans l’espace public, s’autorisent à héler, commenter, entrer dans ma bulle sans y avoir été invités. Pour ça, je n’ai ni excuse, ni indulgence, ni patience.

    Et puis il y celle des hommes qui, parce que j’ai été gentille, souriante, présente, pensent y lire une ouverture. Comme si dans l’hétérosexualité, toute interaction devait, tôt ou tard, basculer dans un jeu de séduction. Je sais que ça ne part pas toujours d’une mauvaise intention. Mais quand c’est systématique, ça devient lourd. Je ne suis pas en quête d’intime avec tous les hommes que je rencontre. A force de devoir sans cesse me justifier, me sentir coupable, je finis par être en colère. Je crois que je voudrais juste être écoutée, sans projection, ni attente. 

    1 + 1 + 1 + tout le reste = c’est toujours trop à la fin.

    Et puis celle, potentielle, des hommes avec qui je relationne. J’ai du mal à me mettre dans une position de vulnérabilité, dans l’intime comme dans les sentiments.  Je me protège, je m’attache difficilement, mais je n’attends pas pour autant de l’autre qu’il ne s’implique pas du tout.Je veux être courtisée, respectée, considérée. Même si c’est fugace. Je ne veux jamais qu’on puisse me réduire à une potentielle conquête, un réceptacle de plaisir.
    Je suis libre mais en quête de lien.

    Je ne suis pas ici pour plaire, obéir ou céder.
    Je suis ici pour être. Entièrement. Librement. Moi.

  • soif d’apprendre, soif de vivre

    soif d’apprendre, soif de vivre

    Je ressens souvent cette impulsion soudaine qui me prend au détour d’un détail du quotidien : l’envie d’en savoir plus. Comme si chaque chose autour de moi portait en elle une promesse de découverte.

    Tout devient prétexte à la recherche. Je bois mon café le matin et l’envie me prend de connaître les spécificités de chaque origine, les arômes, les torréfactions. Je vois une œuvre et je me plonge dans les détails du mouvement artistique dont elle fait partie.  Je lis un livre et j’ai envie de parcourir la vie de l’auteur et l’ensemble de ses écrits. Chaque intérêt, aussi infime soit-il, attise en moi une curiosité dévorante. L’envie d’engloutir toutes ces connaissances nouvelles en une seule et immense bouchée. J’ai en moi une arborescence infinie que mon esprit fait germer à chaque mot. Une soif brûlante, oppressante : celle d’apprendre et de comprendre. Toujours plus.

    J’ai ce besoin d’élargir l’espace en moi, d’ouvrir des portes. J’ai une relation presque physique avec le fait d’apprendre, sous toutes ses formes. A l’image d’une nouvelle expérience, apprendre me procure indéniablement une forme d’excitation. Un frisson dans le ventre. Savoir me fait du bien. C’est comme respirer plus grand. Je sens que quelque chose s’ouvre en moi à chaque nouvelle idée, chaque découverte. C’est viscéral. Je veux collecter, connecter, ressentir. Je veux être une éponge, un canal, une passante du monde. Je veux absorber ce qui m’entoure. Comme si ça me rendait plus vivante, plus ancrée, plus libre. Je ressens quelque chose de profondément sensuel dans l’acte d’apprendre, un plaisir presque charnel. Un appétit sensoriel et intellectuel. C’est une manière de rencontrer le monde, mais aussi de me rencontrer moi-même. De construire quelque chose en moi.

    Je lis plusieurs livres à la fois. J’écris plusieurs textes à la fois. Je pense à plusieurs projets à la fois. Je passe des uns aux autres selon l’humeur, selon ce que mon cœur, mon esprit ou ma solitude réclame. Parfois, je cherche la profondeur, parfois la légèreté, parfois la poésie. Et puis je note tout, je garde une trace de chaque chose que je fais, comme pour figer l’instant. Comme pour garder la réflexion latente, vivante. Comme pour garder mon esprit alerte.

    Alors je planifie. Je liste. Je structure. Je crée des to-do lists dans mes carnets, dans mon téléphone, dans ma tête. J’organise mes journées pour être sûre de ne pas perdre de temps. Pour faire un maximum. Lire, écrire, écouter, avancer. Être partout à la fois. Être pleine.
    Il y a en moi cette volonté de ne rien rater. De ne pas laisser les jours filer sans qu’ils aient laissé une trace. Parce que j’ai peur, je crois. Peur de ne pas vivre assez. Peur de passer à côté. Peur d’être là sans y être vraiment.

    Et pourtant, parfois, je me demande : Est-ce que tout ça me nourrit ou me remplit juste ? Est-ce que je veux apprendre pour être, ou simplement pour faire ? Est-ce que je cherche à ressentir… ou à me prouver que je ne perds pas mon temps ?
    Parfois, j’ai peur de tout effleurer sans jamais rien vraiment habiter. De survoler la vie à force de vouloir en absorber tous les détails. D’être dans l’action, dans la quête, dans le désir d’expériences… au point d’en oublier la présence pure et simple. 

    Est-ce que je crée vraiment, ou est-ce que je produis ? Est-ce que je vis, ou est-ce que je collectionne les moments comme des preuves que je vis ?

    J’avance entre deux élans : le contrôle et le lâcher prise. Entre la volonté d’organiser et celle d’être dans l’instant présent. Entre l’envie de créer des choses tangibles et celle de me laisser porter par ce qui vient. Je ne sais pas toujours où me placer. Mais peut-être que vivre, c’est ça aussi : apprendre à être dans l’entre-deux. À respirer dans cet équilibre fragile entre faire et être. Entre prévoir et ressentir. Entre apprendre et me laisser traverser.

    Et peut-être que ma soif de savoir, aussi intense soit-elle, est simplement le signe que je veux embrasser la vie de toutes mes forces. Même si parfois, je ne sais plus très bien comment, ni pourquoi.

    Peut-être que vivre, c’est parfois aussi accepter de ne pas tout comprendre, et de ne pas tout expérimenter. De laisser de l’espace, du silence, du vide. De m’arrêter parfois, de faire une pause dans cette course effrénée contre la montre. Et pouvoir, pour un court moment même, prendre le temps de me sentir, non pas remplie de vie, mais pleinement vivante.

  • la musique pour adoucir les mœurs

    la musique pour adoucir les mœurs

    (publié sur le journal de sarah, le 12 janvier 2017)

    « La musique chemine en nous, c’est une grâce de se laisser toucher par elle. Je crois volontiers qu’elle adoucit nos cœurs et nos humeurs »

    Les heures silencieuses – Gaëlle Josse

    Avez-vous déjà ressenti cette sensation, à la fois étrange et enivrante, que vous procure une chanson décrivant, avec une exactitude déconcertante, les émotions qui vous traversent au moment précis où vous l’écoutez ? Pendant un instant où le temps semble suspendu, vous avez l’impression que vos sentiments les plus profonds ont inspiré cette musique qui résonne dans vos oreilles et dans votre cœur. Juste comme si elle reflétait parfaitement l’essence de votre âme… Je suis certaine que cet instant, vous l’avez déjà vécu au moins une fois dans votre vie (dans le cas contraire, je suis sûre à 99,99% (toujours se laisser une marge d’erreur, on sait jamais) de pouvoir trouver LA chanson qui vous fera frissonner). En tout cas, moi je l’ai déjà ressentie cette sensation, et pas qu’une fois.

    Un voyage intérieur aux confins de notre âme

    La musique et moi, c’est une grande histoire d’amour. Aussi loin que je m’en souvienne, je l’ai toujours aimée, et je dois dire qu’elle me le rend bien, elle qui ne me déçoit jamais. C’est vrai, la musique ne fait pas 1m90, n’a ni barbe, ni tablettes de chocolat, mais elle n’en a pas besoin pour réussir à me séduire à tous les coups (j’allais dire pour réussir à me faire du bien, mais j’aurais peut-être poussé un peu trop loin le double sens). Elle m’accompagne dans tous les moments, du matin au soir : en me réveillant, en m’endormant, en travaillant, en lisant, en faisant du sport, quand je suis triste, quand je suis heureuse, quand j’ai besoin de réfléchir … Je pense que tous les prétextes sont bons pour écouter de la musique. C’est bien là que se trouve toute sa beauté : nul besoin de compétence particulière pour en profiter, elle s’offre à nous sans barrière, sans jugement, sans prétention. Au même titre que les autres formes d’arts que sont par exemple la peinture, l’écriture, la danse ou encore le cinéma, la musique a cette faculté de nous transporter, de nous faire voyager infiniment loin et en même temps si près, au plus profond de nous-mêmes. Qu’elle soit une mélodie avec ou sans paroles, vive ou douce, la musique nous entraîne, transperce notre âme, exalte nos sens, bouleverse notre esprit, retourne notre cœur, et ce dans une indescriptible pureté. Vous savez, j’ai pour habitude de dire qu’il est important d’être à l’écoute de nos émotions, mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, parfois il nous est difficile de comprendre ou de mettre des mots sur ce que l’on ressent. La musique nous aide à traduire ce qui peine à sortir de notre bouche. Pour reprendre Wagner, la musique commence là où s’arrêtent les mots, mais plus encore, s’exprimer en chanson plutôt que par la simple parole peut souvent être le moyen d’extérioriser ce que nous avons au fond de nous. Les déclarations, qu’elles portent sur l’amour, la tendresse, l’amitié, la déception, les regrets… demandent à la fois tant de naturel et tant de réflexion, qu’il est souvent difficile de dire à quelqu’un toutes les choses auxquelles nous pensons à l’instant précis où nous sommes censés les dire (et généralement tout ce qu’on aurait voulu dire nous revient mais après, quand on a rejoué la scène une dizaine de fois dans notre tête… c’est toujours comme ça que ça se passe on le sait bien). Utiliser une chanson (une belle lettre ça peut aussi marcher, c’est mon côté old school ça) pour transmettre un message, c’est peut-être ça la solution … Je sais ça parait bête mais il y a une telle force dans certaines paroles, une telle exactitude, une telle magie, qu’il serait dommage de ne pas en user pour communiquer. Et c’est précisément ça qui est merveilleux. Comme l’amour, la musique est un langage universel. Alors, si les mots viennent à vous manquer pour exprimer ce que vous ressentez, dites-le en chanson.

    « La musique est en moi. Je la sens partout à la fois. Serait-elle un fluide mystérieux doué d’ubiquité ou un philtre magique que l’ouïe absorbe pour la dispenser dans toutes les cellules et nous apporter l’évasion ? »

    Hécate – Anne Bernard

    Un chemin vers la différence et l’ouverture à l’autre

    Je ne pense pas qu’on puisse dire que nos choix en matière de musique reflètent notre personnalité. En soi, ce serait un raisonnement un peu réducteur : nous ne pouvons pas extrapoler ce que pense ou ce qu’est une personne uniquement en regardant ce qu’elle écoute, ce serait clairement de la catégorisation hâtive (une catégorisation est par essence hâtive en fait, étant donné qu’elle ne s’attarde pas sur les détails, pourtant essentiels). Vous savez, c’est dire par exemple que celui qui écoute du rap est forcément une racaille ou que celui qui apprécie la musique classique est clairement un gros bourge. Contrairement à ce que beaucoup croient, les genres musicaux ne sont pas des catégories exclusives réservées chacune à un public homogène et bien défini. Par contre, je pense que le rapport à la musique peut nous en dire long sur nous-mêmes. J’ai pour habitude de dire que la musique est comme la gastronomie. Un grand chef éveille ses papilles à tous les goûts. Il tente de découvrir encore et toujours de nouvelles saveurs, de nouvelles textures, de nouvelles associations. Il goûte sans a priori et apprend à apprécier cette multitude d’arômes différents, s’ouvrant à de nouvelles cultures, de nouvelles visions, de nouvelles idées. Eh bien, voyez-vous, je pense que c’est exactement la même chose avec la musique. Il existe tant de styles, tant de sons, tant d’instruments, tant de voix, tant de rythmes différents, qui ne demandent qu’à être explorés. Ne pas avoir peur de sortir de sa zone de confort, de ses préconceptions, de ses certitudes, de ses habitudes et ne cesser d’apprendre de nouvelles choses, voilà ce que la musique peut nous inspirer dans nos vies. Découvrir une nouvelle sonorité, c’est comme rencontrer une nouvelle personne : avant de juger si nous l’apprécions ou non, il faut écouter ce qu’elle a à nous raconter, comprendre son histoire, déceler ses aspérités, la voir à travers différents aspects, y compris ceux qui sont cachés. Évidemment, s’il y a des fois où ça collera du premier coup, il y en a d’autres où ça ne nous plaira pas. Mais cela ne doit pas nous éloigner de cette notion fondamentale qu’est le respect. Comme je disais, notre rapport à la musique peut refléter, voire influencer notre rapport au monde :  apprendre à apprécier ce qui est différent et nouveau, plutôt que de se complaire dans ce qui nous semble familier.

    « La musique mérite d’être la seconde langue obligatoire de toutes les écoles du monde »

    Paul Carvel

    Un refuge pour le cœur et l’esprit

    Telle une force qui m’anime et en laquelle je porte une foi sans borne, la musique est ma religion. Et comme tout bon croyant, j’ai l’intime conviction qu’elle peut transformer le monde en un endroit plus beau, et faire de nous de meilleures personnes. Attention je ne suis pas naïve, je ne crois pas que les atrocités de ce monde puissent être effacées par le simple pouvoir de la musique pour laisser place à la paix universelle (ça pourrait inspirer un discours de Miss France ça nan ?). Par contre, je crois sincèrement que la musique peut nous apaiser, rendre plus supportables ces moments dans notre vie où rien ne semble aller, ces moments de doute, de peur, de crise, de perte, de tristesse. Ce n’est pas pour rien que nous aimons tant capturer ces extraits de chansons, si justes, si représentatifs de nos pensées et sentiments. Comme si nous cherchions dans les paroles, des réponses, des solutions, pour nous aider à faire face à nos émotions, au-delà de simplement les exprimer. Cela nous renvoie inévitablement à nous-mêmes et à notre désir profond de ne pas être seul : écouter ces mots qui résonnent dans la bouche d’une autre personne, comme pour nous rassurer sur le fait que nous ne sommes pas les seuls à les éprouver, ces émotions qui nous transpercent le cœur. Il suffit parfois d’une voix, d’une mélodie, pour nous accompagner et nous soulager. C’est ce que j’appelle le pouvoir invisible et infini de la musique.

    « La vérité, c’est qu’il y a des moments dans l’Histoire, des moments comme celui que nous vivons, où tout ce qui empêche l’homme de désespérer, tout ce qui lui permet de croire et de continuer à vivre, a besoin d’une cachette, d’un refuge. Ce refuge, parfois, c’est seulement une chanson, un poème, une musique, un livre »

    Éducation européenne, Romain Gary

  • #7 – Une année en Bavière

    #7 – Une année en Bavière

    (publié sur le journal de sarah, le 20 août 2022)

    le contexte

    […]

    le texte

    Assise sur mon siège, je peine à étendre mes jambes, sous la climatisation beaucoup trop forte d’un Flixbus arrêté à Karlsruhe. Quelques relents nauséabonds se font sentir dès que quelqu’un ouvre la porte des toilettes. Même le parfum puissant de ma menthe poivrée n’y fait rien. Alors que le jour se couche presque, j’ai décidé de taper quelques mots sur le clavier de ma tablette. Le bus a repris sa route, rendant cette tâche encore plus ardue qu’elle ne l’était déjà, au vu du peu d’espace disponible devant moi. Je regarde le paysage à travers la vitre décorée de traces de doigts, la musique résonnant dans mes écouteurs. Contre toute attente peut-être, je me sens bien. Certainement une bonne allégorie de ces derniers mois de ma vie. Dans l’instabilité incessante, j’ai trouvé une forme d’équilibre dans laquelle je suis heureuse. Ça a pris du temps et de l’énergie. Ça a demandé des efforts, des remises en question et des doutes. Mais je peux dire que j’ai un regard positif sur ma vie. Elle est très agréable quand même, je m’en rends compte. Les petites vagues d’émotions négatives, les petits détails du quotidien qui me touchent plus que de raison, les moments de vide, je ne les sens plus. Ou en tout cas, ils sont moins fréquents, moins longs, moins forts. C’est ce qui explique notamment mon absence sur ce journal. Je l’avais déjà dit ici, quand je me sens bien, je n’écris pas. Je vis. J’avance.

    Une année de changements

    Ça va faire bientôt un an que je suis arrivée en Allemagne. Un an que j’ai commencé cette nouvelle vie ici. Presque naturellement, je ressens le besoin de faire le bilan. Vous savez les cycles de la vie, tout ça. Revenir sur mes débuts ici, sur les milles émotions différentes qui m’ont habitée, sur la personne que je suis devenue en une période qui semble si courte et si longue à la fois. Mon histoire d’amour, celle qui m’a menée ici, m’a suivie pendant de longues semaines, me donnant le sentiment, comme le ressentent tous les cœurs brisés et déçus, de ne jamais pouvoir m’en remettre. De ne jamais pouvoir oublier chaque moment, chaque mot, chaque sourire. Ou de ne pas savoir comment faire pour y arriver. Et puis un jour, sans crier gare, ce sentiment disparait. Un déclic, un instant, dont on ne se rend même pas compte. Comme la bougie qui s’éteint quand elle n’a plus d’oxygène. C’est une douce sensation. Une fois de l’autre côté, c’est fini, on ne se retourne plus. Je ne me souviens plus du moment précis où c’est arrivé. Mais celui où j’ai su, oui. Et une fois libérée de la rancœur, quand les souvenirs ne sont plus des chambres tristes, mais juste des chapitres clos d’un livre où il reste tant à écrire, la vie prend une toute autre tournure. Le fait d’être ici ne me faisait plus penser à cette relation, elle n’en dépendait plus. J’ai construit ma vie à travers chaque personne rencontrée, chaque lieu visité, chaque moment vécu. Mes expériences, mes rires, mes découvertes, mes déceptions. Cette aventure, je l’ai faite mienne. Et j’en suis si fière

    La douceur de l’été

    Je dois dire que depuis mai, ma vie a été un voyage continu. J’ai beaucoup bougé. Tout a commencé avec mon retour en Belgique, il m’a fait du bien, vraiment. Je revenais aux sources, mais j’étais devenue une nouvelle personne. Une autre approche de vie et certainement moins de barrières. Je me suis sentie tellement bien que ça m’a donné envie de revenir dans ma ville à peine un mois après, me laissant profiter d’un périple dans le nord de l’Italie entre les deux. Cette année a marqué le retour du Doudou, ce qui a rendu toute particulière cette édition évidemment. Mais au-delà de ça, c’était une année spéciale pour moi car je célébrais Mons sans plus y vivre. Et quel sentiment incroyable de se sentir tant entourée, tant considérée par toutes ces personnes que j’apprécie et qui ont jalonné mon chemin. Je suis maintenant si loin et je me suis pourtant sentie si proche. A partir de là, j’ai senti une transformation en moi. J’éprouvais de moins en moins le besoin d’accumuler les amitiés superficielles, d’être de toutes les fêtes. J’ai ressenti que je n’avais plus besoin de ça pour me sentir appartenir à l’endroit où je vis, pour me sentir chez moi. Je ne dis pas que mon besoin d’être reconnue et aimée a disparu, mais il ne guide plus mes actions et pensées. Evidemment il est normal qu’à mon arrivée, je voulais trouver ma place dans ce nouvel environnement. Mais au bout d’un moment, on sent que certaines affinités se développent plus que d’autres. Je ne recherche plus la quantité, mais j’essaie plutôt de passer des moments de qualité avec les gens que j’aime. Et parfois même, je prends du temps rien que pour moi. Waouh. Vous savez cette peur de manquer quelque chose, de ne pas être partout à la fois, de ne pas exister continuellement dans l’esprit des gens ? Je ne la ressens plus vraiment en ce moment. Parce que ma vie, telle qu’elle évolue, me plait. Peut-être pas tout évidemment, la perfection n’existe pas. Mais j’aime le rythme et la direction qu’elle a pris.

    Un nouvel équilibre à challenger

    C’est dans mon jardin en Belgique que j’écris ce dernier paragraphe. Sous le soleil brûlant que ma peau apprécie particulièrement. Je me pose un instant. Je prends une grande inspiration. Je me sens bien. Je me sens chanceuse. Une année, c’est court et en même temps tellement de choses peuvent s’y passer. Chaque choix que j’ai fait m’a menée là où je suis, m’a menée à celle que je suis. Une année, dans un nouvel environnement, c’est peut-être le temps qu’il faut pour s’y acclimater en fait. Trouver ses marques. Et ce nouvel équilibre fragile. Je pourrais me contenter de cette espèce de zone de confort que j’ai réussi à créer. Mais la vie, non exempte de ma propre volonté, en a décidé autrement. Une année à me balancer entre Augsburg et Munich, à chercher de la stabilité entre deux vies différentes, à apprendre à concilier toutes mes habitudes ici et là. J’ai fini par me sentir un peu chez moi aux deux endroits, mais jamais totalement. Vous le savez, mon cœur a toujours désiré poser ses bagages à Munich. Pourtant, je m’étais finalement bien habituée à Augsburg. Ma nouvelle colocataire débarquée en mars y est certainement pour beaucoup. Elle m’a donnée l’envie de prendre le temps de vivre dans cette ville, elle m’a aidée à ne plus me sentir étrangère, et à apprécier les moments passés et les rencontres faites ici. Il en aura fallu du temps, mais oui, je me suis vraiment sentie chez moi. D’ici peu, une nouvelle vie à Munich m’attend. Recréer des repères, des habitudes, et par-dessus tout modifier quelque peu l’équilibre que j’avais trouvé, la zone de confort dans laquelle je m’étais lovée. Ça pourrait me faire peur oui. Mais en même temps, je trouve ça terriblement excitant. Rien que de penser à toutes les nouvelles choses que je vais vivre, toutes les surprises qui vont jalonner à nouveau cette prochaine année en Bavière, ça me remplit de joie. Ça me donne des papillons dans le ventre. Après tout ce temps, j’ai enfin accepté de vivre avec l’incertitude de ne pas savoir de quoi demain sera fait. Je ne sais pas vraiment ce qui m’attend, ni ce dont j’aurais envie. Mais je sais que ce sera bien. Parce que je l’ai décidé. J’ai choisi de profiter de ces instants que je n’aurais jamais pensé vivre il y a quelques années. J’ai choisi de faire confiance aux opportunités de la vie. J’ai choisi de me faire confiance.

    le mot du présent

    […]

  • #6 – A la recherche d’un équilibre

    #6 – A la recherche d’un équilibre

    (publié sur le journal de sarah, le 4 avril 2022)

    le contexte

    […]

    le texte

    J’ai commencé à écrire ce texte, ou en tout cas quelques bribes, en février. Mais le temps est passé et je l’ai laissé dans un coin de ma tête et de mon ordinateur, me disant que je le continuerai plus tard. Ce qui a finalement mis du temps à arriver. On est en avril. Oups. Au vu de ce qui se passe dans le monde, le fait que j’oublie de publier sur mon journal pendant plus d’un mois reste finalement un évènement relativement peu intéressant, soyons honnêtes. Je n’ai pas forcément éprouvé le besoin d’écrire durant ces dernières semaines, préférant le tumulte d’une vie à cent à l’heure. Et puis, me revoilà. Après tout ce temps. Face à mon écran. Cherchant le calme et mes mots. Ça fait du bien de se poser et de poser mes pensées par écrit. J’ai beaucoup de choses à dire je crois. Tout est assez fou en ce moment, et ce qui m’anime, plus encore que d’habitude, c’est la recherche d’un équilibre. A chaque instant. Dans chaque domaine de ma vie.

    Augsburg. Alors que j’aime cette ville, j’ai parfois l’impression d’être arrivée au bout d’une histoire. Et quelle histoire. Ce lieu, ce n’était pas mon choix et pourtant, je ne regrette pas une seule minute d’être venue ici. J’y ai rencontré des personnes qui comptent beaucoup pour moi. Augsburg, c’est la famille, c’est le calme (enfin, quoique quand je pense à certains épisodes de la vie qu’on mène ici avec mes amis, je dirais que ça ne l’est pas toujours), c’est les repères, c’est le home sweet home.

    Et puis, il y a Munich. C’est plus grand, et ça bouge beaucoup plus. J’aime tellement son énergie. Je m’y sens inspirée, je m’y sens vivante, je m’y sens forte. Là aussi j’ai rencontré des gens que j’apprécie beaucoup et avec qui je passe des moments super. J’aime la personne que je suis quand j’y suis.

    Le problème c’est les 65 km entre ces deux villes. Les trajets c’est pas toujours faciles. En soi ce n’est que 40 minutes en train, ok. Mais parfois c’est lourd. La plupart du temps je reste quelques jours à Munich quand je viens. J’ai de la chance de connaitre des gens adorables qui m’hébergent. C’est pratique. Oui. Mais c’est pas le mieux non plus. Le paradoxe, c’est que je me sens chez moi à deux endroits. Et si pour l’instant, j’arrive à jongler plus ou moins entre les deux, je sais que la situation ne pourra pas être viable ad vitam eternum. A terme, je sais que j’aimerais m’installer à Munich. Mais ça veut dire que je devrai renoncer au confort de mon appartement actuel (j’ai la chance de payer un loyer raisonnable, d’avoir une super coloc et d’être extrêmement bien située en centre-ville, pas sûre de retrouver ça aussi facilement à Munich). On sait ce qu’on quitte, on ne sait pas ce qu’on trouve, c’est certain. Et puis choisir, c’est renoncer. Un peu. Si je pars à Munich, quelle relation garderai-je avec Augsburg ? Mes amis, mes habitudes, ma vie ici… tout ça me manquera indéniablement. Mais on verra ça plus tard. Le moment venu.

    Munich, c’est aussi le lieu où je travaille. Enfin, où j’ai décidé de travailler. Initialement, je travaillais dans des bureaux au milieu des champs à Dachau. Mais sans voiture (plus besoin de vous expliquer mon fameux accident 3 semaines après mon arrivée ici), forcément c’est moins accessible. Augsburg-Munich par contre c’est plus simple, en train ça se fait bien, et puis ça me permet de vivre ma vie là-bas aussi. Je travaille dans le service client pour le marché francophone d’une boite d’impression photo (myposter, je suis corporate donc je vous invite à aller voir le site 😉 ). Pas le salaire le plus élevé que je pourrais avoir, ni les tâches qui me procurent le plus de responsabilité et de stimulations intellectuelles, soyons clairs. Mais j’aime l’ambiance de cette boite. C’est pas partout qu’on peut se servir dans un énorme frigo rempli de bières à chaque Feierabend, voire même faire un beer pong au bureau (histoire vraie). La hiérarchie est assez plate, je rigole bien avec mes collègues, c’est jeune, c’est dynamique, c’est très start-up. Jusqu’ici j’étais tout le temps en télétravail, hormis une ou deux fois par semaine où je me rendais dans les bureaux de Munich. Ce qui fait que j’organisais mon temps comme bon me semblait. Se lever à 7h15, commencer le travail à 7h30 et terminer à 16h30, pour profiter du reste de la journée comme je le veux, c’est le top. Mais, le covid devenant de moins en moins une contrainte, on délaisse progressivement le télétravail. Pas totalement, mais il n’est plus la règle. Évidemment tout ça remet un peu en question cette organisation spontanée que j’avais jusqu’à présent. Je suis un peu dans un moment charnière où l’équilibre que j’avais trouver jusqu’à présent est mis en péril. Ce qui, évidemment, génère pas mal de stress. Heureusement, cette période correspond aussi à de gros changements dans ma manière de vivre. La fête, la bière et la nourriture riche (très riche), c’est ce qui rime mon quotidien depuis que je suis ici. Alors ça fait plaisir, j’aime bien vivre, mais l’excès ne peut durer qu’un temps. Mon corps me fait sentir que j’atteins quelques limites. J’ai décidé de me reprendre en main. De prendre plus de temps pour moi, pour me reposer. J’ai repris le sport (même si le covid m’a laissée avec des poumons qui suffoquent dès que je tape un sprint pour ne pas louper mon train) et une alimentation équilibrée (sans sucre, ce qui veut dire avec moins d’alcool… je l’écris ici pour en faire une garantie que je vais tâcher de respecter). Vous savez ce qu’on dit : un esprit sain dans un corps sain.

    Et en parlant de corps justement, ça me donne envie d’évoquer les relations (Sarah, pro des transitions ou pas?). Je me rends compte que j’en parle souvent pour quelqu’un qui disait précisément ne pas vouloir trop en parler, non ?

    C’est parce que, même si je vis à sent à l’heure, ça reste indéniablement un sujet qui occupe mon esprit. Mais j’ai envie de parler de mon rapport aux autres, et ce dans toutes les relations. Les rencontres, qu’elles soient amicales ou plus, sont un véritable moteur pour moi. Je sais que je me nourris de mes interactions avec les gens et, surtout, des liens que je crée. « Sarah, tu connais tout le monde ! » C’est une phrase que j’entends souvent et on en rigole beaucoup. J’écris ces mots sans prétention. Je sais juste qu’en effet j’aime beaucoup développer mon réseau. C’était déjà le cas en Belgique, et en 7 mois ici en Bavière, c’est la même chose. Au-delà de ma sociabilité, j’ai besoin de ces interactions avec les gens. Beaucoup de gens. J’aime tisser ces connexions. Alors évidemment, je ne peux pas entretenir une relation forte avec tout le monde (ce serait tout bonnement impossible). Mais en créant ces liens autour de moi, je me sens spéciale. Je me sens nourrie dans mon besoin de reconnaissance et d’amour. Mais parfois je ne peux empêcher mes démons de ressortir. La jalousie, l’envie, la compétition et la volonté d’être la meilleure, d’être celle qui brille. Parfois, ces sentiments s’emparent à nouveau de moi et me font croire, encore, que ma vie n’est pas « assez », que je ne suis pas « assez ». En amitié, je ressens tellement que je suis moi-même étonnée parfois de m’attacher si peu d’un point de vue amoureux, ou à tout le moins romantique. Vraiment. Après quelques rendez-vous – souvent jamais plus de trois sauf exception – je n’y arrive plus. Une part de lassitude, certainement. Mais surtout, je me sens obligée, oppressée, comme si l’homme que j’avais en face de moi était dans une sorte d’attente (réelle ou présumée). D’un côté je n’ai pas envie de m’impliquer plus, de m’investir, de prendre plus de temps pour lui, et de l’autre je me sens mal rien qu’à l’idée de pouvoir faire du mal à quelqu’un (ne serait-ce qu’à son ego). Et dans ce paradoxe émotionnel, je finis toujours par prendre la voie de la fuite. C’est drôle parce que parfois, et parfois seulement, je me dis qu’il serait doux d’aimer quelqu’un. De ressentir à nouveau ce frisson, ces papillons, ce feu. Mais en même temps, j’aime être un électron libre. J’aime ces moments de jeu, de séduction, de sensualité. Ce n’est peut-être pas incompatible en soi. Je ne sais pas trop. Souvent c’est compliqué pour moi de savoir ce que je veux ou ce que je ne veux pas.

    Sur ces mots, je vous avoue que je ne sais pas trop quelle conclusion apporter à tout ça. C’est aussi difficile d’écrire cette fin que de trouver l’équilibre dont j’ai parlé tout au long de ce texte. A vrai dire, ce qui est particulier avec lui, c’est qu’il est toujours éphémère. A chaque changement, aussi infime soit-il, il peut-être remis en question. C’est un état de stabilité entre deux forces qui s’opposent, et l’harmonie qui en découle peut vite s’écrouler. Et c’est encore une fois un paradoxe qui me définit bien : je cherche un simulacre de stabilité, tout en la fuyant en même temps. Je veux que ça bouge, je veux vivre mille choses à la fois, je veux tout. Mais en même temps, dès que ça arrive, précisément, je me noie et cherche de nouveau à retrouver un certain équilibre. Je suis une éternelle insatisfaite, comme si je ne pouvais jamais me contenter de ce que j’ai ici et maintenant. Il faut que je mette moins de pression je crois. Accepter aussi les moments où je ne vis pas à cent à l’heure, accepter que la vie est une succession d’étapes et qu’il faut penser au positif de chacune parce qu’elles sont toutes là pour une raison. Je dois ralentir surtout. Apprécier les moments que je vis, sans toujours penser à la suite. Le présent d’abord. Pour le reste, on verra plus tard.

    le mot du présent

    […]

  • #5 – Sortie de quarantaine

    #5 – Sortie de quarantaine

    (publié sur le journal de sarah, le 23 janvier 2022)

    le contexte

    le texte

    Après deux ans à l’éviter, même si c’est pas faute d’avoir tenté le diable parfois je dois dire, il a fini par s’intéresser à moi. Oui, j’ai chopé le covid. Et évidemment pas dans la simplicité. Sinon c’est pas drôle. Comme pour tout dans ma vie, ce fut une histoire complexe avec lui. Cas contact (quatre fois en deux semaines alors que je ne l’avais jamais été en deux ans), quarantaine anticipée avec ma pote, résultats de mon PCR négatif alors que le sien est bien positif, alors rebelotte, de nouveau cas contact, quarantaine et finalement PCR positif. La même semaine que mes règles. VDM. Montagnes russes dans mes émotions. Sans compter le premier jour de l’an qui s’est avéré… comment dire… particulier. De la fête aux larmes en quelques heures. Ah beh ça donnait le ton. 2022, t’as pas bien commencé mais j’espère que tu seras cool quand même.

    Au moment où j’ai commencé à écrire ce paragraphe, j’étais clairement dans un « tough moment ». Le problème avec moi, c’est que mes émotions me contrôlent bien souvent. Parfois j’ai l’impression que tout va bien. Mais en réalité c’est parce que je suis dans l’action. Je fuis mes émotions négatives. Mais je ne m’en débarrasse jamais vraiment. Dès que je me retrouve seule, que je ne cours pas dans tous les sens, que je me retrouve dans la banalité (présumée en tout cas) de la vie quotidienne, c’est comme si je me sentais vide. Et puis d’autres fois, je pense à tout ce que j’ai déjà fait et tous les projets qui se mettent en place, ou ceux qui sont en construction. Et je me sens si remplie dans ces moments. Je me sens poussée des ailes, je pourrais déplacer des montagnes. Et je me sens tellement heureuse. Je m’en veux parfois d’être d’humeur si fluctuante. Tout comme je m’en veux d’être parfois si nostalgique d’un passé qui n’existe plus, de personnes qui ne font plus partie de ma vie et de moments qui n’étaient pourtant pas aussi heureux que dans mes souvenirs. C’est parfois tellement dur de passer à autre chose. Pas tant dans les sentiments, mais plutôt dans les habitudes. C’est juste difficile de ne plus être dans la vie de quelqu’un qui a compté. J’ai ce besoin tellement immense d’être aimée, d’être vue, d’être reconnue. J’ai du mal à accepter l’absence, ou en tout cas le peu d’intérêt des gens pour ma personne. Du mal à me dire que je ne peux pas plaire à tout le monde. J’ai toujours cette tendance à vouloir séduire, à vouloir qu’on me trouve géniale. Pourtant, on a le droit de ne pas « matcher » avec quelqu’un. Parfois nos personnalités sont différentes et ne sont pas compatibles, ça arrive. Je sais que ça ne retire aucune valeur, ni à moi ni aux autres. Mais savoir quelque chose ne me prémunit pas de ressentir l’inverse. Et je sais que c’est un point sur lequel je dois continuer à travailler. Lâcher prise. Me détacher du regard des autres. De l’importance que j’accorde aux relations. Et aussi, de cette compétition dans laquelle je suis en permanence. Vouloir être la meilleure, vouloir être aimée, vouloir briller, vouloir être plus, toujours plus. C’est éreintant. Comme je disais, lâcher prise. Et juste vivre.

    Ce qui me caractérise aussi, c’est mon envie de grandes choses. J’ai souvent l’impression de ne pas être assez, de ne pas faire assez, de ne pas vivre assez. Alors, pour combler ce vide, cette peur en moi, j’ai besoin d’ambition et de projets. Des tas de projets. J’ai besoin de me sentir évoluer. Et la base de l’évolution c’est le changement. Je n’ai pas envie de stabilité. En tout cas je n’y aspire pas pour le moment. Et au détour d’une conversation avec une amie ici à Augsbourg, je me suis posée cette question : « pour combien de temps suis-je ici ?« . Quand j’ai pris la décision de partir en Allemagne, j’avais planifié d’y rester deux années, en tout cas au minimum. Parce que cela ne dépendait pas que de moi, et ce n’était donc pas sur moi que je me basais pour me projeter. Ce qui est différent maintenant. Je n’ai plus de contraintes, et plus de plans à vrai dire. Je me sens toujours quelque peu dépendante parce qu’évidemment j’ai rencontré des gens que j’aime ici, et je ne peux pas m’empêcher de me dire que s’ils partent, je ne sais pas si moi je resterai au même endroit. Et puis, maintenant que je sais que OUI c’est possible de se créer une nouvelle vie à l’étranger, je sais que j’ai envie d’explorer d’autres lieux. Voyager beaucoup bien sûr, mais je dois avouer qu’il y a certains endroits où j’aimerais vivre. Alors à l’heure actuelle, je reste toujours sur une limite de deux ans ici. Mais j’ignore ce qui se passera d’ici là. C’est peut-être ça qui est le plus rassurant dans une vie « stable ». Je ne juge pas les gens qui choisissent de suivre le schémas que la société a fabriqué pour nous. Études, CDI, maison, couple, enfant(s)… C’est tellement plus simple de connaitre à l’avance la prochaine étape. C’est une manière de « sécuriser » son avenir. Et vraiment, je peux le comprendre. Moi j’ai jamais voulu ça. Je me reconnais pas là-dedans. Il n’y a pas de notion de « c’est mieux » ou « c’est moins bien ». Mais le fait est que que je vis dans l’incertitude et je ne sais pas de quoi mon avenir sera fait, moins en tout cas que celles et ceux qui ont un plan de vie un peu plus ordonné que le mien. Par contre j’ai des objectifs. Et je sais que je mettrai ces deux années (ou plus, ou moins, seul l’avenir nous le diras) à profit pour construire mes projets, apprendre de nouvelles compétences, acquérir de l’expérience, faire des rencontres, et saisir les opportunités sur mon chemin. Et c’est précisément l’état d’esprit dans lequel je suis maintenant. Je vois des perspectives d’évolution dans mon boulot (je crois que je consacrerai un article sur ma situation professionnelle ici, ça pourrait être sympa), je planifie de nouvelles formations, je crée de nouveaux contacts,… Mais malgré tout, même si je pense à l’avenir, je profite d’abord du présent.

    Le mois de janvier a clairement été compliqué. J’ai eu l’impression de ne plus trouver de sens dans ma vie, d’être au point mort, de me sentir vide et seule. Les hormones n’ont pas aidé non plus. Mais j’ai la chance d’avoir tellement de belles personnes dans ma vie, qui m’entourent et me soutiennent. Qui me comprennent et m’aident à être plus tolérante avec moi-même. Même quand elles sont à des kilomètres de moi. Chanceuse. Oui vraiment. Je me sens chanceuse. De ce que j’ai, de ce que je vis. Et j’essaie de m’en souvenir à chaque fois que j’ai un coup de mou. Je répète souvent que la vie est trop courte pour voir le négatif. Que le bonheur ce n’est pas vraiment une destination, ou quelque chose à atteindre, mais plutôt un état d’esprit. Un choix presque. C’est parfois difficile pour moi d’appliquer ça mais j’y travaille.

    J’ai retrouvé un nouvel élan et une nouvelle source de motivation pour les mois à venir. Des tas de voyages. Mais aussi des objectifs. Pas forcément tous grands ou ambitieux. Mais des petits défis ou des petites choses positives qui me rappellent que le quotidien peut aussi être cool. 2022, non t’as pas bien commencé, mais j’en fais la promesse, tu vas être incroyable.

    le mot du présent

    […]

  • #4 – Fin d’année et nouveaux départs

    #4 – Fin d’année et nouveaux départs

    (publié sur le journal de sarah, le 24 décembre 2021)

    le texte

    4 mois depuis le début de ma nouvelle vie en Allemagne. Même si pour le coup, ces mots je les écris en Belgique, près du sapin de Noël dans la maison où j’ai grandi. Évidemment j’aime ma vie en Allemagne, et j’ai déjà hâte de découvrir toutes les nouvelles aventures que je m’apprête à vivre en 2022. Mais me retrouver ici pour cette période, ça me fait un bien fou. Alors qu’on s’apprête à refermer le chapitre de 2021, c’est l’occasion pour moi de dresser mon petit bilan personnel, et de rêver de nouveaux projets, de nouveaux voyages, de nouveaux défis.

    Des hauts et des bas. Dans mes émotions. Dans ma vie. C’est ce qui résume mon année (pour ne pas dire ma vie, mais bon c’était d’autant plus le cas en 2021). Alors qu’on tentait plus ou moins de retrouver une vie sociale après les différents confinements et mesures, je sentais déjà que ce serait une année de chamboulements dans ma vie. Il faut dire que tout a commencé sur les chapeaux de roue. J’étais amoureuse, je me sentais vivante et invincible.

    Pourtant, j’ai surtout l’impression d’avoir vécu les premiers mois de 2021 en vase clos. Je voyais moins de gens. Mais moi, j’ai besoin des gens, j’ai besoin d’être entourée. Et si on croit parfois pouvoir combler ce besoin avec une seule et même personne, la rendant indispensable à notre vie, c’est une erreur. Petit à petit, je commençais à ressentir un sentiment étrange au fond de moi. Je pleurais souvent. Et je sentais que quelque chose n’allait pas. Que derrière l’impression que j’avais d’aller bien et d’être heureuse de la vie que je vivais, se cachait l’envie d’autre chose. Pendant des mois, je me suis aussi posé beaucoup de questions sur mon départ en Allemagne. Est-ce que j’en ai vraiment envie ? Est-ce que je le fais vraiment pour moi ?

    Et puis, la suite vous la connaissez. Je suis arrivée en Allemagne et rien ne s’est passé comme je l’avais planifié. Mais même si la peur et les larmes ont continué de se mettre sur mon chemin au début de ce changement de vie, pas une seule fois je n’ai douté qu’être partie pour vivre cette nouvelle vie ailleurs était la meilleure des décisions que je puisse prendre.

    2021 restera à jamais l’année où je suis sortie de ma zone de confort. Et ça avec un grand saut. A 26 ans, je prenais petit à petit mon envol. Il n’est jamais trop tard non. Jour après jour, je me suis vue grandir et devenir une jeune femme indépendante. Aujourd’hui, je me sens de nouveau puissante et inarrêtable. Je vis tellement de choses incroyables. Je continue de m’affirmer et de découvrir ce dont j’ai envie (et à contrario ce dont je n’ai pas envie) dans ma vie.

    Durant cette année écoulée, j’ai par exemple compris que la musique était pour moi essentielle. Chanter et partager des émotions. Ça me démange à chaque minute. Je sais que j’ai envie de laisser plus de place à cette passion. De m’y mettre plus sérieusement et de m’épanouir là-dedans. C’est devenu un vrai moyen d’expression pour moi. Et j’aimerais pouvoir commencer à créer ma propre musique. La composer, l’écrire. En faire quelque chose de plus personnel encore. Comme avec ce journal finalement. It’s time to shine.

    Cette période, je l’avais évoqué, c’est aussi celle où j’ai vu mon papa s’éteindre. Ce qui rend tout un peu plus sensible chez moi. Je me demande souvent ce qu’il penserait de tout ça. De cette nouvelle vie. De tout ce que j’ai vécu depuis qu’il n’est plus là. Si vous saviez comme j’aimerais pouvoir échanger avec lui, même quelques minutes. Juste pour qu’il me dise qu’il est fier de la jeune femme que je suis devenue et de ce que j’accomplis. Juste quelques mots et un câlin. En écrivant ces lignes, j’écoute Millésime d’Obispo. Notre chanson. Celle qu’il écoutait avec les yeux brillants, les larmes au bord du cœur. J’aimerais beaucoup la chanter pour lui. Mais je suis submergée par tant d’émotions à chaque fois que je l’écoute qu’il est difficile pour moi, impossible même, d’aligner deux lignes sans avoir les lèvres qui tremblent et le cœur lourd. A chaque fois que je chante, je le fais un peu pour lui. Et malgré toute ma rationalité, je l’imagine quelque part à m’écouter le sourire en coin. Cette pensée, elle m’aide beaucoup. Notamment à relativiser. J’ai vécu des choses difficiles cette année, c’est vrai. Mais rien n’égale la perte de mon papa. Et ça j’y ai survécu. Alors le reste… S’il était là, il me dirait que la vie est trop courte et trop belle pour ne pas la croquer à pleines dents (et puis il aurait rigolé parce que lui pouvait pas trop croquer, il avait un dentier ahah).

    Alors cap sur 2022. Apprendre l’allemand, développer ma passion pour la musique, continuer à vivre plein d’aventures incroyables dans plein d’endroits différents et toujours m’entourer de positif. A 7 jours de cette nouvelle année, j’ai déjà plein de résolutions dans la tête. Et aujourd’hui, je peux le dire : je me sens heureuse. Je le sens au fond de moi, là dans ma poitrine. Et j’ai le sourire en l’écrivant. J’ai envie de me dire que même les larmes que j’ai versées, même les moments où je me sentais seule et vide, même les personnes toxiques qui ont croisé mon chemin, même les pires instants, je n’ai pas envie de m’en plaindre. Je me sens reconnaissante, et je ne regrette aucun des choix que j’ai faits. Parce que même si certains me semblaient ne pas être les bons, ils m’ont précisément menée là où je suis maintenant. Et c’est exactement là où je veux être.

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  • #3 – Célébration et nostalgie

    #3 – Célébration et nostalgie

    (publié sur le journal de sarah, le 24 novembre 2021)

    le contexte

    le texte

    Au moment précis où j’ai commencé à écrire ces mots, il y a une semaine tout pile j’étais à Berlin en train de vivre un week-end incroyable où la fête était le mot d’ordre, la religion même. Samedi 20 novembre, je suis affalée dans mon canapé, malade comme jamais. Le contraste est plutôt saisissant, je vous assure. A l’intérieur de moi, je me sens bizarre à vrai dire. Comme si plein d’émotions paradoxales venaient se loger dans mon esprit. A l’approche de mon anniversaire, jour que je n’apprécie pas particulièrement, et de ce mois de célébrations, c’est d’autant plus perceptible. Entre films de Noël, vin chaud et chansons de Sinatra, voici venu le temps (des rires et des chants, oui aussi, si vous avez la réf) du bilan de mon troisième mois ici.

    Cette période de fêtes, elle est toujours assez particulière pour moi. D’abord parce qu’elle a toujours suscité chez moi un mélange d’émotions positives et négatives. Une joie presque enfantine et, à la fois, une certaine mélancolie inexplicable. Depuis deux ans, ce moment est d’autant plus étrange pour moi. Deux ans. Depuis ces longues semaines qui ont précédé la mort de mon papa. L’année passée, je vivais les débuts d’une histoire d’amour, les papillons dans le ventre et l’esprit insouciant. Cette année, je suis au début d’une nouvelle vie en Allemagne. Seule, mais pas vraiment. Avide de découvertes et de nouvelles expériences. Alors, je vous avoue, le fait d’être dans cette quasi quarantaine, presque H24 chez moi, seule, à tourner en rond et à forcément trop penser, m’a rendu particulièrement nostalgique.

    Quand je suis arrivée ici, je me disais que le covid, c’était un peu de l’histoire ancienne. On y a tou.te.s cru peut-être. Mais force est de constater qu’on en a pas encore fini. Je suis venue en Bavière en me disant qu’une nouvelle vie commençait. Alors quand je vois ces mesures qui redeviennent de plus en plus strictes, j’ai la sensation de revenir un an en arrière. Entre télétravail forcé, émois d’une nouvelle relation, notes de piano et chocolat chaud. Je m’en souviens comme si c’était hier. Et je me replonge inévitablement dans le souvenir de ces moments que j’ai vécus à cette période, et aux émotions que je ressentais alors. Nostalgique d’instants perdus, suspendus, dans des minutes qui n’existent plus. D’un passé révolu. Et c’est tant mieux en fait. La vie est faite pour avancer. Mais ces pensées sont propices à m’engouffrer dans une petite bulle de morosité. Telle est ma personnalité, entourée par mille et une questions sur le sens de ma vie. Et puis, bientôt mon anniversaire, bientôt un an de plus. Et inévitablement, j’ai l’impression de ne pas avancer aussi vite que je le devrais. Par rapport à qui, à quoi ? Je ne sais pas. Mais ce sentiment de vide, cette impression que je dois me fixer des objectifs pour réussir ma vie, me reviennent. Comme un boomerang des jours passés. Mais je suis consciente que c’est précisément ce qui m’empêche de profiter de l’instant. Depuis que je suis ici, j’essaie de cultiver un maximum le positif en moi, savourer chaque instant parce que je sais que j’ai la chance de les vivre. Mais je reste humaine, et je flanche parfois. Je redeviens perfectionniste et trop exigeante avec moi-même.

    Cette remise en question, elle effleure tous les aspects de ma vie en ce moment. Et forcément aussi le domaine relationnel. A chaque texte, je vous dis que je ne m’étalerai sur ma vie intime – et dans une certaine mesure je ne donnerai pas tous les détails certes – mais je ne peux pas y échapper. Je veux dire, c’est aussi quelque chose que j’ai besoin d’exprimer. Depuis que je suis ici, célibataire de surcroît, j’entends bien profiter de la vie. Comme je l’ai globalement toujours fait. Un électron libre. Sans attaches. Ça peut sembler un peu paradoxal – et je le suis indéniablement – mais j’ai en même temps un besoin d’affection immense et un désir de liberté irrémédiable. J’aime partager des moments. J’aime échanger. J’aime connecter. Et je dois dire que j’ai aussi aimé le fait d’être avec une personne, d’avoir quelqu’un sur qui compter et avec qui vivre chaque moment. C’était inédit pour moi. Mais d’un autre côté, j’ai besoin de nouvelles rencontres, d’instantanéité, de parenthèses. Comme pour tout dans ma vie, je me lasse facilement sans challenge, sans nouvelles aventures à vivre. J’ai en moi un désir virulent d’indépendance. Et je sais qu’être dans un couple conventionnel peut dans une certaine mesure réduire le champ des possibles. Moi j’ai envie d’explorer le monde et de vivre ma vie, sans frein ni entrave. Pour moi. C’est d’ailleurs pour ça que j’aspire à être ma propre patronne. (Oui je change de sujet, j’en ai assez dit sur mon intimité pour cette fois, mais j’en reparlai inévitablement). Quand je me remets en question, ça me booste aussi. J’ai des projets dans la tête. Des envies pour mon avenir. Et il est parfois nécessaire d’une étincelle pour démarrer le feu, pour commencer à mettre des choses en place. J’ai des idées mais qui sont encore en brouillon. Bientôt la fin d’une année et peut-être le moment d’envisager d’en faire une copie plus propre et ordonnée. Je le sens.

    Beaucoup d’ambition pour ce dernier texte de mes 26 ans. A l’heure où je termine cette phrase, j’entends Unstoppable de Sia (vraiment) qui résonne dans mes oreilles. Et c’est la sensation que j’ai en moi à cet instant précis. Ironique quand on repense aux premières lignes de ce texte. Mais c’est tout moi. Aussi bas je tombe, aussi haut je me relève et m’envole. Cap sur le club des 27 (mais bien décidée à ne pas m’arrêter là, ce serait cool).

    le mot du présent

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  • #2 – Home sweet home

    #2 – Home sweet home

    (publié sur le journal de sarah, le 26 octobre 2021)

    le texte

    Deux mois. Déjà. J’ai l’impression que ça fait à peine quelques jours depuis le dernier texte que je vous avais partagé, c’est fou. Le temps passe vite. Et en même temps, j’ai la sensation d’être ici depuis des années. Après les péripéties – si l’on peut dire – du début, je commence à trouver un équilibre, progressivement. Entre obligations et amusement, je vis des choses inédites qui me poussent toujours plus loin de ma zone de confort. Bienvenue dans une nouvelle vie (d’adulte) Sarah.

    Ce qui distingue un voyage d’un déménagement à l’étranger, c’est la durée du séjour d’abord, mais aussi et surtout les obligations que cela implique. Et par obligations, je pense à toutes les démarches administratives nécessaires lorsqu’on arrive sur le territoire. Notamment, trouver où loger … Et ça, c’est loin d’être un détail. Ce qui est assez drôle quand j’y pense c’est que j’ai ramé pendant des mois pour trouver un appartement pour deux, finissant par choisir l’option du airbnb, histoire d’avoir un pied à terre tout en pouvant continuer les recherches une fois sur place… alors qu’une fois sur place, les recherches ne fut pas beaucoup plus fructueuses. Et finalement, lorsque j’ai dû trouver un endroit pour moi seule, j’ai trouvé après la première visite. Et quelle trouvaille. J’ai de la chance d’avoir un coloc fantastique et je me sens enfin vraiment chez moi. Ce n’est peut-être pas le hasard tout ça. En tout cas, c’est définitivement les rencontres qui m’ont menée là. Quand on vient d’arriver dans un nouvel endroit, c’est compliqué parce que l’on perd tous ses repères. Et je dois bien avouer que trouver des personnes qui parlent ma langue (bon, qui sont tous Français, mais je leur en veux pas) a été particulièrement réconfortant. Dans un premier temps, les groupes Facebook d’expatrié.e.s francophones dans la ville/ le pays où on déménage sont une vraie planche de salut.

    Après mon accident et mes changements de vie, ça a été difficile de m’habituer à ma nouvelle routine. Routine, si je peux appeler ça comme ça; en vérité, chaque jour passé ici est différent. Sans voiture, j’ai cru que j’allais perdre toute mon autonomie, et finalement je n’ai jamais été aussi indépendante. Hormis pour le trajet jusqu’au travail que je fais avec une (super) collègue (parce que oui, je suis tombée dans une équipe géniale et je me ferai un plaisir de vous en parler un peu plus au prochain épisode), je fais tout en transports en commun ou à pied. J’ai la chance d’être en centre-ville, ce qui me place à proximité de tout. Avant je ne prenais jamais le bus ni le train alors que maintenant c’est mon quotidien. Et ça peut paraitre bête, mais je me sens grandir à travers ce genre de petits détails. Je ne suis plus la petite fille qui attend qu’on vienne la prendre par la main. J’évolue et je dois dire que je suis fière de moi. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis persuadée que partir à l’étranger était ce qui pouvait m’arriver de mieux. J’ai la sensation que rien n’est impossible désormais. Je ne sais pas encore ce qui m’attend mais je sais que je peux aller n’importe où et que je peux vivre des milliers de merveilleuses aventures.

    Malgré tout, il y a des moments où je me sens quelque peu submergée. Où j’ai l’impression de ne pas m’arrêter, et de ne pas avoir de temps pour moi. L’impression aussi que je dois absolument être en mouvement pour ne pas me retrouver seule et trop penser. Ceci étant, si c’est quelque chose qui m’arrivait souvent en Belgique, c’est beaucoup plus rare ici. La majorité du temps, je me sens apaisée. Je me sens à ma place. Et contrairement à avant, je ne me laisse submerger que quelques instants. Je ne m’enferme plus dans cette spirale de négativité. Je ne broie pas du noir, mais j’avance. Je pense à ce « PPP » que m’aide à développer Fanny, ma première amie ici – maintenant indispensable à ma vie. Pensée Positive Perpétuelle. Je suis sur une pente ascendante, et les difficultés ne me font plus baisser les bras. Et quand bien même, mes amis seraient là pour me pousser en avant. Être entourée des bonnes personnes, c’est ce qui m’aide à devenir la meilleure version de moi. Ça peut paraitre bateau, mais je sens au fond de moi que c’est vers ça que je tends. Et ça me donne une force incroyable.

    Comme je l’ai répété à plusieurs reprises, les rencontres sont une part importante de notre épanouissement, d’autant plus lors d’une expérience à l’étranger. Évidemment, même si je me sens comme à la maison avec toutes ces personnes qui m’entourent et qui parlent français, je suis à l’étranger et quel intérêt cela aurait d’être partie de la Belgique si je ne faisais aucun effort pour m’intégrer en rencontrant des locaux. Au-delà des connexions qui peuvent se faire de cercles en cercles, je dois bien avouer que les applications de rencontre sont particulièrement utiles. Surtout dans ma vie de célibataire retrouvée. Je ne m’éterniserais pas sur ce sujet, vous le savez, je le fais rarement. Ce que j’ai envie de vous partager, c’est le fait que je retrouve progressivement un équilibre entre ma vie sociale et moi. Je vous ai souvent évoqué cette impression de ne pas vivre pour moi mais pour les autres. Mais, pour paraphraser quelque peu le paragraphe précédent, je sens que je pense davantage à moi et à ce que j’ai envie de faire. Je me sens actrice de ma vie. Actrice, c’est ça. Je n’ai plus la sensation de subir quelque chose que je ne veux pas. Je ne ressens plus ces doutes incessants sur ce qui est bon ou pas pour moi. Et surtout, je ne suis plus dans l’attente de quelque chose qui semble ne pas arriver. Ça faisait longtemps que je n’avais plus ressenti cette sensation. J’apprécie les moments que je vis et la vie que je mène. Je me sens libre et prête à franchir tous les obstacles. Et ça fait du bien. What’s next ?

    le mot du présent

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