Catégorie : mots d’instagram

  • Lettre à mon père

    Lettre à mon père

    Papa.

    On est le 31 mars 2026. Tu aurais fêté tes 67 ans… mais ça fait six ans que tu ne fêtes plus. Et j’ai la sensation d’une éternité depuis que tu n’es plus là.

    Je me demande comment ça serait si t’étais là. Les mots fléchés. Nos longues conversations. Nos bêtises. Nos chansons. Nos disputes. Nos rires. Nos silences.

    Le temps passe et j’ai l’impression que mes souvenirs s’effacent. Ne m’en veux pas. Quand j’y replonge, les larmes me montent aux yeux. Alors je les garde à distance, dans une petite boite cachée au fond de ma mémoire. J’ai fait le deuil de ton départ, mais si j’y pense trop fort, la douleur est intacte et les émotions remontent, elles brûlent comme une plaie ouverte. Parce que des souvenirs, on n’aura plus jamais l’occasion d’en créer des nouveaux. Et ça c’est une réalité trop dure à affronter que pour y faire face. Parfois j’aimerais juste que tu sois là pour me serrer dans tes bras.

    Te perdre, ça a cassé quelque chose en moi. Mais te perdre, ça a réveillé quelque chose en moi, aussi. Comme si c’était le premier jour du reste de ma vie. Rien de ce que j’ai pu vivre depuis n’aurait pu exister, et pourtant j’aurais aimé que puisses me voir les vivre. Tu n’as pas connu la femme que je suis devenue, mais la même petite fille que tu as vue grandir est toujours là quelque part. Avec ses doutes, ses peurs, ses insécurités.

    En me replongeant dans les textes de mon passé, j’ai retrouvé ces mots qui t’étaient adressés. Ces mots écrits le 30 décembre 2019. Six jours avant que tu partes. Dans cet entre-deux étrange, ce moment suspendu où ton âme flottait entre la vie et la mort. L’un de ces instants charnières où l’on vit quelque chose d’important, quelque chose qui nous marquera au fer rouge pour le restant de nos jours, même si on ne le réalise pas au moment où ça arrive. Ces mots j’ai envie de les partager aujourd’hui. Parce qu’ils disent tout. Tout de l’amour que je te portais. Tout de ce tourbillon d’émotions qui s’empare de nous face à la perte d’un être cher. Tout de cette fine ligne d’espoir qui subsiste quand plus rien ne reste. Et je n’avais pas envie de laisser plus longtemps cette petite boite à souvenirs prendre la poussière au fond de ma mémoire.

    Est-ce que je te perds ?

    Je fixe le sol depuis cinq minutes. Ou peut-être moins, je ne sais pas. J’ai perdu la notion du temps. J’ai l’impression de flotter à côté de la réalité, de ne plus en faire tout à fait partie. Tout est flou autour de moi. L’aiguille de chaque seconde qui s’écoule me transperce le ventre. Je me sens paralysée. Je me noie. Plus rien n’a d’importance. Tout me semble vide de sens et d’intérêt. Les gens, les fêtes, les séries, le boulot… Je ne pense à rien d’autre qu’à toi. Toi, allongé sous tous ces fils, branché à toutes sortes de machines qui font bip. J’aimerais te dire tellement de choses. J’ai besoin de les écrire, de faire sortir toutes ces pensées qui me terrifient, tous ces mots coincés au fond de ma gorge. Toi tu n’as jamais été très doué pour dire ce que tu ressentais. C’est, je crois, ce qui a nourri tes démons intérieurs, ce qui les a fait grandir, ne laissant que peu de place à la possibilité d’être heureux. L’as-tu seulement été un jour ? Si tu étais à côté de moi, je sais que tu me répondrais « le jour où je t’ai pris dans mes bras pour la première fois, si petite, si fragile. J’avais peur de te casser ». Ton millésime, comme dans notre chanson… J’ai du mal à retenir mes larmes. Désolée, je sais que tu n’aimes pas quand je pleure – même si tu dis que ça fait ressortir mes yeux. Mais je suis sensible, tu le sais. Cassée, je le suis. Brisée de nombreuses fois. J’ai aussi mes démons, même si je les dompte un peu mieux que toi. Mais aujourd’hui, la douleur est là, omniprésente. Dans tout mon corps. Dans chaque inspiration que je prends. Ne me laisse pas, papa.

    J’ai passé une nuit épouvantable, tu sais. Cet appel qui me dit que ton cœur s’est arrêté, qu’il faut te réanimer… Quoi ? Comment ? Quelques heures plus tôt je déposais un baiser sur ta joue piquante en te disant de penser à moi pour te donner du courage, toi qui n’aimes pas les hôpitaux – qui les aime ? tu me diras. Et on a souri. Ton cœur allait bien, papa. Pourquoi ? Alors, la précipitation. Il est 22h, j’enfile mon pantalon, je prends mon sac et je roule jusqu’à toi. Le pronostic est incertain. La faute à ton foie que tu as trop fait souffrir dans le passé, papa. La faute à ton corps que tu as rendu faible en vivant à l’excès. Tu déclinais depuis quelques semaines, je le voyais. Et puis boum, tu as décidé de t’écrouler, un 25 décembre. Ambulance, pompiers. Pas cool le cadeau papa, t’as fait mieux. Depuis, je vis dans l’attente et dans la peur. Ça faisait quelques années que tu t’étais assagi. Un divorce, quelques accidents puis une jambe en moins, mais petit à petit, je percevais un moral plus robuste et davantage de douceur en toi. Tu as toujours eu beaucoup de défauts oui, on ne peut pas dire que tu sois parfait. Mais après tout, qui l’est ? Pourtant, une chose me vient à l’esprit, effaçant tous les mauvais moments comme par magie : le regard que tu me portes. Les yeux sont les fenêtres de l’âme, disait Rodenbach. Les tiens parlent sans mots. A travers ton regard empli de fierté et d’amour, j’ai toujours été la plus belle, la plus intelligente, la plus courageuse. Si le monde me voyait comme tu me vois, je serais la reine de l’univers, papa. Alors ouvre-les. Ouvre tes yeux. Fais-le pour moi.

    Je sais que tu m’entends, je sais que ton esprit est connecté au mien. Je l’ai senti quand j’ai posé ma main sur ton front et que je t’ai chuchoté à l’oreille. Tu as réagi. La science appelle ça une contraction musculaire involontaire, peu importe. Je sais que c’est toi, que tu es là quelque part, que tu te bats. Alors je veux t’écrire les mêmes mots pour que tu me fasses un signe de nouveau. Ces mots que je veux que tu entendes. Ces mots que je veux t’entendre dire aussi, papa. Garde-les précieusement. Je t’aime.

  • less scrolling, more living

    less scrolling, more living

    J’écris ces quelques mots au bord d’une plage en Tasmanie. Il est sept heures du matin. La mer est calme, l’air est frais, le soleil est discret mais doux. Il n’y a que moi et le bruit de vagues. Des vagues timides, mais dont les délicats va-et-vient m’offrent un apaisement sans nul autre pareil.

    Quand je pars loin de ma routine, plus que jamais, je ressens cette envie lancinante de déconnecter. Me couper de tout, faire le vide, ralentir, savourer l’instant présent.

    Et pourtant, il y a toujours cette petite voix dans ma tête, qui apparait sans crier gare. Cette petite voix qui fend la quiétude de ces moments suspendus de vie, qui me rappelle à l’ordre, qui me dit : n’oublie pas de partager ce que tu vis, n’oublie pas de donner des nouvelles, n’oublie pas d’écrire, n’oublie pas tes projets, n’oublie pas de laisser une trace.

    En moi se crée alors dans un même mouvement, le besoin de disparaitre et l’urgence d’être là.

    Cette ambivalence entre vivre et montrer, elle est finalement toujours présente en moi, mais plus encore dans ces moments d’échapées belles, dans ces moments où la lenteur remplace le tumulte de la vie quotidienne, et où le bruit de mes pensées devient alors impossible à ignorer.

    Être seule et écrire sont des besoins vitaux chez moi ; c’est ce qui me permet de recharger mes batteries en même temps que je décharge ma tête. Mais ça me renvoie aussi à cette envie de créer, partager, connecter, qui vit en moi.

    Et alors j’ai cette impression étrange d’avoir en moi deux voix, sans savoir laquelle suivre. J’ai l’envie de me laisser emporter par l’inertie de la lenteur, de la douce déconnexion avec l’extérieur, et en même temps je ressens cette tension en moi qui m’empêche de lâcher totalement prise.

    Et la sensation de ne pas faire assez s’immisce en moi. Je vois toutes ces images, tous ces mots sur les réseaux, et je sens émaner du fond de mon ventre toute la pression que je me mets de produire. Pas seulement par rapport à ce que je vis, mais aussi par rapport à ce que j’écris, à ce qui m’anime.

    Je sais pourtant que l’inspiration précède la création, et je refuse de créer parce qu’il le faut, mais c’est pourtant quelque chose qui dort en moi. Réveillé par la peur de ne pas être assez, de ne pas exister aux yeux des autres, d’être oubliée.

    Oui je le sais.

    Alors me voilà sur cette plage, le visage baigné par les rayons chauds du soleil, à déposer sur le papier ces pensées dissonantes, avec l’envie d’en partager les remous, peut-être comme si je cherchais à me justifier de ne pas publier autant que je le voudrais. Et c’est finalement ce qui me permet en fait de verbaliser que c’est ok.

    Avec le bruit des vagues, et mon carnet dans les mains, je réussis, un peu comme une lueur qui réapparait entre les nuages, à me dire que je suis en paix avec ça. Il n’y a qu’un rythme que je peux suivre et c’est le mien.

    Et même si cette voix revient – et elle reviendra – je relirai alors ces mots. Je me rappellerai que la vie est faite de ce mouvement perpétuel, de ces oscillations entre nos différentes versions de nous. Qu’être lucide sur ce qu’on ressent, même si on ne veut pas le ressentir, c’est déjà une preuve qu’on a évolué. Et puis surtout, que la présence d’un moment suspendu, où plus rien ne compte si ce n’est ce moment précis, peut être plus forte que le brouhaha des projections de ce qui existe en dehors de ce même moment.

    Partager ce qu’on vit, ce qu’on pense, ce qu’on ressent, c’est beau, ça crée du lien, ça crée un écho. Mais c’est d’abord le fait même de vivre, penser, ressentir qui, au-delà de tout, nous rend vivants.

  • 2026

    2026

    Premier jour de 2026.

    En un claquement de doigt, 
    une étincelle dans le ciel,
    on passe de la fin au commencement.

    Je réalise combien j’ai appris sur moi
    ces dernières années,
    et plus encore ces derniers mois.

    J’ai longtemps cherché ce qui me ressemblait,
    ce qui me faisait vibrer,
    ce qui me donnait ce sentiment de liberté.

    Et dans cette quête du toujours plus,
    j’ai découvert tellement –
    sur moi, sur les autres, sur le monde.

    Mais je me suis aussi perdue.

    Dans mes excès,
    mes peurs,
    mes doutes,
    mes démons.

    Aujourd’hui, je sais
    qu’il me reste encore beaucoup à apprendre.
    Mais je sens aussi que j’arrive à la fin d’un cycle.

    Comme si j’avais grandi jusqu’ici.
    Comme si j’avais collecté, une à une,
    les pièces qui ouvre le prochain niveau. 
    Comme si ce prochain niveau était devant moi. 

    Il est arrivé le moment d’évoluer
    vers une toute nouvelle version
    de ce que je suis,
    et de ce que je vis.

    Pour 2026, ni résolutions
    ni promesses à tenir.
    Je fais de la place;
    je me laisse de l’espace.
    Pour devenir.

  • quand tout bascule

    quand tout bascule

    Je ne sais pas bien par où commencer. Alors je vais commencer par Bondi.
    Parce que pour moi, Bondi, c’est devenu synonyme de maison. 
    Je me sens connectée à Sydney de manière générale. Mais Bondi, en particulier, me donne ce sentiment de sécurité, ce sentiment de paix que j’ai ressenti dès la première fois que j’y ai mis les pieds.
    J’y ai vécu des moments inoubliables, malgré le monde, malgré le bruit. Y revenir après dix mois, c’est un peu étrange. Revenir là où tout semble identique, mais où tout a changé pourtant. Comme moi. 
    Ce retour c’est à la fois la douceur de retrouver un chez moi, mais la sensation d’être en décalage avec tout ce qui est autour de moi.

    Et alors que, dans ces premiers balbutiements, je me reconnecte doucement avec de nouvelles habitudes, l’impensable arrive. 
    Des coups de feu qui viennent exploser la bulle de candeur de ce dimanche d’été. Je suis à 200 mètres du lieu où ça tire. 
    Je me souviens de ces bruits lourds qui fendent l’air. La musique qui s’arrête, les affaires laissées au sol, les cris des enfants. L’incompréhension qui fait place à la survie. J’ai couru, je me suis réfugiée avec mes amis. J’ai eu peur. Peur pour moi, pour tous ceux que je connais à Bondi, pour l’endroit que j’aime. C’était rapide. C’était brutal. 

    Et depuis, tout est remonté. Le décalage que je ressens depuis mon retour, les anciennes peurs, les doutes, les questionnements, mon corps encore fragile, ma vie bruxelloise laissée derrière moi,… Tout se mélange. Je me sens paralysée. Comme si j’avais appuyé sur pause. Sans savoir encore comment relancer la machine. Aujourd’hui, alors que mon cerveau peine encore à réaliser tout ce qui s’est passé depuis une semaine, j’essaie de comprendre. Comprendre ce qui, dans tout ce méli-mélo de pensées, relève de la guérison, de l’épuisement, de l’intuition, de la peur ou simplement du temps qu’il faut laisser passer.

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    Contexte

    Après les évènements qui se sont passés à Bondi ce dimanche 14 décembre 2025, le temps semble s’être arrêté. Je suis passée par plusieurs phases, et je continue de traiter ce tourbillon d’émotions et de pensées que j’ai dans la tête.

    Ces derniers jours, j’ai vu passer beaucoup d’images de Bondi. Des vidéos lumineuses, des mots doux, des hommages. Et je crois que c’est aussi une manière, pour beaucoup, de travailler ce qui s’est passé. Moi, j’avais pas envie de donner l’impression de surfer sur une vague, celle d’un attentat qui a fait de nombreuses victimes et qui nous a profondément affectés. Mais ce que j’ai vécu, et ce que cet événement a réveillé en moi, j’avais besoin de le déposer quelque part.

    Beaucoup de choses sont remontées. Cette sensation brutale que la vie tient à un fil. Que chaque décision qu’on prend a des conséquences. Et que parfois, quand tout se mélange – le choc, le changement, la fatigue, les peurs – ça devient difficile de (re)trouver ses repères.

    Alors voilà, je vous partage ça. Sans conclusion, sans grande leçon, sans phrase inspirante. Juste avec l’envie de déposer quelque chose que je traverse.
    Et peut-être, aussi, de faire écho, à celles et ceux qui ressentent ce flou, sans réussir à trouver les mots.

  • changer d’air

    changer d’air

    Pendant longtemps j’ai pas été heureuse. 

    Pas heureuse, c’est peut-être fort,
    mais disons que j’avais une sensation inconfortable,
    une sensation de vide qui était toujours présente en moi.

    J’avais ce sentiment de pas vivre vraiment. 
    Ou en tout cas de pas vivre ce que j’avais envie de vivre. 
    Tu sais, un peu l’impression de subir.
    En pilote automatique.

    Mes démons et mes traumas,
    j’ai travaillé dessus, je le sens.
    C’est encore présent,
    comme mon hypersensibilité.
    Mais pas de la même manière qu’avant.
    Et pourtant, ça m’arrive encore de ressentir cette dissonance.

    Parfois, on se sent pas bien, on a l’impression de pas avancer,
    et on croit que le problème c’est nous.
    Mais peut-être que le problème c’est pas que nous. 
    Peut-être que cette sensation elle vient aussi
    de l’environnement dans lequel on vit,
    des habitudes qu’on répète,
    des gens qui nous entourent. 

    Parfois, peut-être qu’on a juste besoin de partir. 

    Changer d’air.
    Changer de ville,
    changer de pays,
    changer de routine,
    changer de cercle. 

    Explorer l’inconnu,
    créer de nouveaux liens,
    essayer quelque chose de différent.

    Pour se comprendre.
    Et comprendre ce qui aidera notre développement.
    Comprendre qu’il ne suffit pas juste
    de se changer soi-même,
    mais que changer ce qui nous entoure
    fait aussi partie du processus.
    Ça fait toute la différence.

    _______________________________________________

    Contexte

    Parce qu’évidemment, le bonheur, c’est lié à nous, à notre façon de voir les choses, mais pas que.
    On verra pas une plante grandir et se développer sainement, si le sol dans lequel elle prend racine ou les conditions qui l’entourent ne sont pas faits pour elle…
    Et c’est la même chose pour nous.
    C’est pas simple, ça demande du temps souvent, des remises en question, et puis surtout un apprentissage de soi.

    Quand on a changé sa manière de voir les choses, les gens, le monde, et soi-même, revenir dans des lieux chargés d’anciennes versions de soi, c’est étrange. Les souvenirs, les gens, les habitudes.
    On se retrouve face à quelque chose qui n’existe plus vraiment en nous et qui nous met justement face à nos changements.

    Apprendre à se connaître, c’est aussi ça je crois :
    savoir lire ses ressentis, reconnaître ce qui nous fatigue et ce qui nous élève.
    Comprendre ce qu’on veut, pour mieux discerner ce qui est bon pour nous.

    Dire « ok, j’ai changé », c’est aussi apprendre à dire non.
    Non à certaines habitudes.
    Non à des schémas qu’on répète par confort ou par fidélité au passé.
    C’est pas rejeter ce qu’on a connu,
    mais juste avoir compris que ce n’est plus ce qu’on veut.

  • au revoir bruxelles

    au revoir bruxelles

    En mars, je revenais d’Australie.
    Nous voilà en décembre et j’y repars.
    Neuf mois en toi Bruxelles.
    Neuf mois à construire un nouveau morceau de vie.
    Neuf mois comme un symbole ;
    celui d’un cycle,
    celui de la naissance d’une nouvelle version de moi.

    Ces mois passés ici m’ont offert une douceur que je n’attendais pas.
    Bruxelles, tu m’as ramenée à ce qui m’anime.
    Bruxelles, tu m’as fait du bien.
    J’ai trouvé un rythme, un souffle, une façon de me projeter.
    J’ai commencé à m’y voir vivre, à m’y ancrer.
    Et je crois que c’est toujours ça qui rend un départ si particulier :
    quitter une vie en train de se construire.

    Quand j’ai laissé ma vie à Munich en 2023,
    je quittais aussi ce que j’avais construit là-bas.
    Mais c’était différent,
    parce que je savais que c’était terminé.
    Je partais en Australie sans attentes, sans direction précise.

    Et cette première année loin de tout m’a transformée.
    Elle m’a appris qui j’étais, ce que j’aimais, ce que je ne voulais plus.
    Elle m’a offert une clarté intérieure que je n’avais jamais eue. Aujourd’hui, si je repars, c’est avec une intention différente.
    Parce que cette fois, je sais où je veux revenir.
    Je sais que mes projets, mes envies, mon intuition…
    pointent vers toi Bruxelles.

    Alors de nouveau, je ressens cette drôle de sensation :
    celle de mettre sur pause
    quelque chose que j’ai à peine commencé.
    De laisser derrière moi
    des tas de brouillons et de portes ouvertes,
    en espérant que lorsque je reviendrai,
    elles seront encore là.

    Malgré tout cet amour,
    Bruxelles, je pars.
    Parce que je sais,
    parce que je sens
    que je dois le faire.
    Je porte en moi cette vérité ;
    celle qui me dit :
    on ne sait jamais ce qui peut arriver.

    Nos plus grandes convictions,
    nos plans les mieux ficelés,
    ce que l’on croyait vouloir pour toujours ;
    tout ça peut basculer,
    se réinventer,
    renaître autrement.

    Il y a neuf mois, je nourrissais cette volonté
    de revenir à Sydney
    pour y vivre définitivement.
    Aujourd’hui, je me sens ancrée à toi Bruxelles.
    Et c’est dans cet ancrage que je me projette.
    Finalement, la vie n’est-ce pas toujours ce qui se passe ici et maintenant ?

    Je sais qu’il existe toujours quelque part un bouton reset.
    Un imprévu, une rencontre, une intuition, un détour,
    capable de tout changer en une seconde.
    Alors c’est ainsi que je te quitte Bruxelles :
    tu es ma maison, mais je reste ouverte ;
    tu es ma stabilité, mais je reste en mouvement.
    Je sais où je veux aller, mais je sais aussi que tout peut arriver.
    Et peut-être que c’est ça, finalement,
    la plus belle manière d’avancer.

    Au revoir Bruxelles,
    au revoir ma belle.
    Au revoir ma ville
    où le gris rayonne
    où la pluie résonne
    sur tes vieux pavés.
    Si la bière coule à flot,
    l’amour aussi,
    et si ici on a chaud
    c’est parce qu’on rit.
    Je t’ai rencontrée,
    je t’ai aimée
    et même si aujourd’hui je te quitte,
    c’est pour mieux te retrouver ensuite.
    Bruxelles, ne m’oublie pas,
    même au bout du monde,
    je continuerai de parler de toi.

  • actrice de ma vie

    actrice de ma vie

    Je crois que le bonheur c’est pas quelque chose qu’on trouve ;
    c’est quelque chose qu’on crée.
    C’est pas une quête extérieure,
    pas un objectif, 
    pas un état qu’on atteint une fois qu’on a coché toutes les cases.

    Je crois que le bonheur c’est une manière d’être.
    C’est une façon de percevoir les choses ;
    c’est une décision ;
    c’est ce sourire du cœur,
    cette petite voix à l’intérieur qui dit : “je vis” 

    Tous les jours, j’essaie de me rappeler que je suis le personnage principal de ma vie ;
    que c’est moi qui écris mon histoire ;
    moi qui décide surtout comment je réagis aux éléments extérieurs.

    Si quelque chose ne me plaît pas, je le transforme,
    ou je change le regard que je porte dessus,
    ou je pars.
    Mais je refuse de subir.

    J’ai pas envie d’attendre.
    La fin de la journée, le week-end, les vacances, le “bon moment”.
    J’ai pas envie d’attendre de vivre.
    Parce que vivre, c’est pas ailleurs que maintenant.

    Et aujourd’hui, je ressens cette excitation à la fois douce et brûlante.
    Celle de tourner une page pour en écrire une nouvelle ;
    celle de pouvoir créer, essayer, me tromper, recommencer ;

    Me mettre hors de ma zone de confort.
    Parce que c’est là que tout commence.
    Parce que c’est comme ça que je me sens vivante.

    _______________________________________________

    Contexte

    C’est drôle parce que je revendique beaucoup cette idée d’être actrice de ma vie.
    De pouvoir écrire mon histoire, faire mes choix, créer mon bonheur, sortir de ma zone de confort. C’est vraiment quelque chose que j’essaie d’avoir en tête tous les jours, et c’est ce qui me drive dans la plupart de mes décisions.

    Mais la vérité, c’est que j’ai aussi vachement la trouille.
    Parce qu’être consciente que je suis responsable de mon bonheur, ça vient avec une pression énorme : la peur de pas y arriver, de pas faire assez, de me planter, de décevoir.

    Dès que je suis face à l’arrivée imminente du changement, quand je me retrouve à la fin d’un chapitre, juste avant une nouvelle page blanche, je commence toujours à paniquer. J’ai l’impression d’être submergée par tout ce qu’il me reste à faire. Je vois juste l’énorme montagne à gravir, et ça me fait peur. Mais c’est ça le truc : c’est souvent exactement le signe qu’il faut que je fonce.

    C’est un sentiment tellement ambivalent : à la fois une sensation de surpuissance, et en même temps une vulnérabilité immense. En fait, je crois que l’un ne va pas sans l’autre. Sortir de ma zone de confort, ça me fait me sentir vivante, ça me sort de cet espèce de pilote automatique; et ça m’apporte des choses incroyables, ça me donne la sensation de construire la vie que je veux vraiment.
    Mais ça vient toujours avec une forme d’instabilité permanente, c’est angoissant, ça me fait douter de tout.Et pourtant… c’est ce qui rend la fierté encore plus grande au final.

    Parce que quand tu te dis que tu as bien fait de saisir l’opportunité de prendre un risque, quand tu relèves le challenge même si c’est juste le fait d’avoir surmonté ta peur, c’est un sentiment incroyable.
    Genre, tout est possible.
    Et c’est souvent là que tu grandis le plus.

  • j’écris

    j’écris

    (texte déclamé pour la première fois le 21 août 2025 à Bruxelles à la scène ouverte Lost Words)

    J’écris.
    Sans cesse.
    Comme pour capturer l’essence des choses,
    des moments,
    de la vie.
    La pureté des émotions,
    dans leur naissance,
    dans leur spontanéité.

    J’écris comme je respire.
    Je crée comme j’écris.
    C’est une manière pour moi,
    je crois,
    de figer le temps,
    d’en garder une trace.
    Du temps ou de la vie peut-être ?
    Dans son impermanence,
    dans sa fugacité.

    J’écris sur tout.
    Parfois avec sens et raison.
    Souvent dans un chaos,
    me laissant porter,
    sans logique, 
    suivant mes idées et mes ressentis.
    Et mon esprit les met ensuite en musique. 
    Un peu comme un fil rouge,
    qui connecte chaque pièce,
    chaque morceau de pensée, 
    chaque réflexion.

    Ma vie ressemble à ça :
    une succession,
    ou plutôt un empilement, 
    un univers même, 
    de textes.
    Des notes ici et là.
    Des mots éparpillés, 
    des listes,
    des esquisses,
    des diatribes,
    des poèmes,
    des projets.

    Voilà ce qu’est ma vie,
    une maison remplie de brouillons.
    Une maison de mots 
    qui respirent entre les murs.

  • électron libre

    électron libre

    J’ai toujours été un électron libre.

    Je croise des gens, je tisse des liens, je crée des habitudes; et puis la vie m’emmène ailleurs.

    On croit souvent que les relations doivent durer,  qu’elles doivent s’entretenir coûte que coûte.  Que si elles s’essoufflent ou s’éteignent, c’est qu’on a mal fait les choses.
    Mais est-ce forcément le cas ?

    Je crois que chaque relation existe pour ce qu’elle est,  simplement et pleinement, tant qu’elle a du sens. Les gens entrent, sortent, reviennent parfois. Rien n’est figé, tout évolue.

    Il y a évidemment, parmi ce mouvement permanent, des personnes qui restent.  Et que je compte sur les doigts d’une main. Celles avec qui la loyauté n’a pas besoin de preuves ni de messages quotidiens. Une présence parfois discrète, une évidence.

    Mais malgré tout, dans tout ça, je reste ma seule priorité.
    En amour comme en amitié. Parce qu’on fait notre chemin seul·e, même entouré·e.

    Mon cercle change, se transforme, s’étire et se resserre  au gré de mes étapes, de mes voyages, de mes changements intérieurs. Les gens que j’attire ressemblent souvent à ce que je suis au moment où je les rencontre, ou à ce que j’aspire à devenir. Ils reflètent des parts de moi : celles que je découvre, celles que je cultive, celles que je construis.

    Et je crois que c’est ça la beauté des relations : on se nourrit les uns les autres, sans se posséder, et sans rien attendre, simplement en étant là, sur le même chemin, pour une durée indéterminée.

    On se croise, on s’éclaire, on s’inspire,  et on poursuit notre route, avec quelque chose de différent en nous, plus riches, plus lucides, plus fort.e.s.

    _______________________________________________

    Contexte

    Ce texte, il peut sembler détaché.  Mais c’est pas vraiment le cas.
    C’est juste que je vis autrement mon rapport aux autres et ma manière d’aimer.

    J’ai longtemps eu des comportements toxiques dans certaines relations d’amitié trop fusionnelles. Chez moi, l’attachement a souvent rimé avec possession, contrôle, peur de perdre.
    Aujourd’hui, je travaille à créer un attachement plus sain : sans dépendance, sans emprise.
    Dans la bienveillance, le respect, et la liberté de chacun.e.

    Mais je sais aussi que la frontière est fine… entre détachement et distance, entre paix et fuite.
    Inconsciemment, je peux être dans une logique d’auto-sabotage : me détacher avant d’avoir mal, couper le lien avant d’être blessée.
    Comme si mon cerveau se mettait en mode “off”.
    Et je confonds alors ce vide avec de l’indifférence, alors que c’est peut-être juste la peur inconsciente, tapie en moi, qui parle. Mon plus grand défi c’est justement de trouver cet équilibre entre ressentir et lâcher-prise.

    Mais ce texte, c’est aussi une façon de rappeler que les gens qui sont autour de nous, ici et maintenant, ne nous sont pas liés à jamais. Notre entourage évolue en même temps que nous on évolue aussi.
    On attire les gens qui vibrent à la même fréquence que nous, et cette fréquence change.
    S’éloigner, c’est pas forcément trahir. C’est parfois grandir. C’est parfois juste avancer.

    Je pense que c’est ok de dire au revoir à des gens, sans drame, sans rancune, sans culpabilité. Juste parce qu’à ce moment-là, nos vies, nos visions, nos chemins, ne sont plus alignés.

  • oser dire non

    oser dire non

    (publié sur mon instagram, le 17 septembre 2025)

    Un nom.
    Trois lettres.
    Non.
    Un mot simple.
    Mais un mot dur.

    Non
    Un mot qu’on devrait pouvoir dire sans trembler,
    sans s’expliquer, 
    sans s’excuser.

    Mais dire non, ça déroute ;
    ça démange, ça dérange ;
    ça dénonce, ça démonte ;
    et ça fait peur parfois.

    Parce qu’on croit peut-être qu’une fois est coutume
    et qu’un sourire est un passe droit

    Ma gentillesse n’est pas une porte ouverte.
    Ce n’est pas parce que j’écoute, que je dois répondre. 
    Pas non plus parce que je donne une fois, que je devrai donner toujours.

    Alors j’insiste, je répète, je martèle :
    J’ai le droit de ne pas être disponible.
    Et je ne veux pas me sentir coupable.

    Je refuse cette pression.
    De l’interaction.
    De l’immédiateté.
    Des autres.

    Dire non, c’est dire oui.
    Oui à moi.
    à mon temps,
    à mon énergie.

    Dire non, c’est exister.
    Dire non, c’est décider.

    Sans me justifier.
    Sans m’excuser.
    Sans inventer.

    Non.
    Parce que j’ai besoin de temps.
    Pour moi.
    Pour respirer.
    Pour me recentrer.

    Alors je dis non,
    comme une décision,
    une direction,
    une libération.

    _______________________________________________

    Contexte

    Ce texte est un rappel : apprendre à dire non pour me préserver.
    Ce n’est pas fermer la porte mais c’est m’affirmer.
    C’est dire non aux avances non désirées, aux attentes qui ne me conviennent pas, aux modes de relation qui ne me respectent pas.
    C’est dire non à une disponibilité à la demande ; à cette pression d’être toujours là, toujours prête, toujours gentille.

    Je l’écrivais déjà en 2019 dans un texte de mon journal :

    « On ne peut entretenir une infinité de relations. C’est ingérable et, finalement, malhonnête. J’ai simplement décidé de ne plus être disponible pour tout le monde. Et j’ai parfois la sensation qu’on me le reproche. Qu’on me culpabilise de pas être là dès que l’on me sollicite. Non, je ne veux pas vivre sous pression, ni celle de la sociabilité ni celle de l’immédiateté, et encore moins celle des gens »

    Aujourd’hui je le réaffirme : je veux penser à moi, et je ne veux plus me sentir coupable pour ça.
    Le temps est ma valeur la plus précieuse. Si je passe ma vie à être celle qu’on veut que je sois, à dire oui à chaque requête d’attention, je ne vis plus pour moi.

    Mais je sais aussi que l’équilibre est là : apprendre à répartir mon énergie.
    Parce que parfois, dans mon silence, je peux blesser des gens que j’aime.
    Je le dis souvent : les interactions m’épuisent, alors je décroche, je disparais un peu.
    Mais je ne veux pas que mon absence devienne un « non » qui devienne un mur.
    Ne pas choisir peut aussi être perçu comme renoncer.

    Dire non, l’affirmer sans ambiguïté, c’est fermer la porte.
    Et c’est seulement comme ça que je peux choisir d’ouvrir celles qui comptent vraiment.