Auteur : Sarah Byczkowski

  • 5 – mes paradoxes

    5 – mes paradoxes

    Je suis solaire,
    pourtant j’ai mes parts d’ombre.
    Je suis remplie d’espoir et de positif,
    pourtant je peux être très mélancolique.
    J’ai confiance en moi,
    pourtant j’ai souvent la sensation de ne pas être assez.
    J’aime aller de l’avant,
    pourtant parfois je ne peux m’empêcher de repenser à des situations passées.
    J’essaie de développer des relations saines,
    pourtant je peux avoir des comportements toxiques.
    Je suis remplie d’amour,
    pourtant je peux être très détachée.
    Je suis un petit coeur, pourtant je peux m’énerver pour un rien.
    Je suis quelqu’un d’extraverti et de sociable,
    pourtant c’est seule que je recharge mes batteries.

    Les paradoxes font partie de moi.
    Pas à pas, j’apprends à les dompter.
    Entre le jour et la nuit,
    le feu et la glace,
    le silence et le bruit.
    J’essaie de trouver un équilibre.

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    Contexte :

    Je suis pétrie de contradictions, je le sais. Quel humain ne l’est pas, vous me direz.
    Je vous parle souvent de l’intensité avec laquelle je ressens, avec laquelle je vis.
    Ça se marque aussi dans les paradoxes qui font de moi celle que je suis.
    Dans le contraste des contraires en moi.

    Parfois je trouve ça fou de me dire que je peux être si différente selon les moments.
    Comme si plusieurs personnalités coexistaient en moi.
    C’est pour ça que j’essaie toujours de comprendre ce qui se passe en moi. Ce qui déclenche tel ou tel sentiment, tel ou tel comportement. ça demande beaucoup d’énergie de s’analyser et de se remettre en question.

    C’est inconfortable aussi, parce que je prends conscience de mes défauts et des choses que je pourrais améliorer. Je me confronte à ces parts d’ombre qui ne sont pas celles que je veux montrer. Et qui existent pourtant. Que je ne peux cacher parfois. Mais je sais que c’est ce qui m’aide à apprivoiser ces paradoxes. Et à en tirer le meilleur. C’est ce qui m’aide à évoluer 

  • 4 – m’attacher

    4 – m’attacher

    J’ai jamais trop réussi à m’engager réellement, ni voulu je pense.
    J’ai toujours beaucoup papillonné.
    Toujours eu ce côté très libre et très changeant.
    Je me lasse vite et j’ai besoin de nouvelles expériences. 

    Du coup ca a toujours été très compliqué pour moi de m’attacher.

    Et puis, je crois que j’ai tellement toujours eu peur d’être décue, rejetée, pas aimée, que je me suis construite avec des barrières mentales qui me font toujours ressentir une forme de détachement.
    Je crée des connexions, oui. et j’aime beaucoup ça.
    Mais pas assez pour laisser les barrières tomber et m’attacher vraiment. 

    Pourtant, je vous jure, je brûle d’envie de ressentir des papillons dans le ventre.

    Et ça m’est déjà arrivé. De laisser grandir cet attachement, le rendant presque viscéral. Le genre de relation où on plonge à corps perdu. Où on se dit qu’on n’avait pas vraiment connu l’amour avant et qu’on le connaîtra plus jamais comme ça. 

    J’ai aimé, vraiment. Je me suis attachée. Très fort.
    Et j’ai souffert. Beaucoup.
    Et parfois, j’ai peur de ne plus tomber amoureuse. Que ce soit impossible de ressentir quelque chose de si fort, de si intense. Ni même de me laisser le ressentir tout court.
    Même si je sais que c’est pas comparable.
    L’amour passionnel c’est presque inévitablement toxique. On brûle donc on ressent très fort, oui. Mais on brûle, donc ça nous détruit.
    Et je veux plus ça.

    Mais j’ai peur que ce qui séduise chez moi ce soit précisément mon détachement. Ce caractère éphémère et insaisissable que je peux avoir. J’ai peur que la conquête de mon coeur soit juste un défi à relever. Alors que moi ce dont je rêve c’est quelqu’un qui soit prêt à conquérir le monde avec moi.

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    Contexte :

    J’avais commencé à écrire ces mots quelques semaines avant de publier ce texte sur instagram. Une succession de petites choses, et puis un déclic. Moi qui m’étais toujours un peu dit je ne pourrais jamais réellement m’engager dans une relation de couple, je commençais petit à petit à réaliser que ça pourrait être aujourd’hui quelque chose que j’aimerais beaucoup vivre. Et pour laquelle je pourrais être ouverte. Une relation saine et constructive, avec un coéquipier de choc. Une relation où on rit, on découvre, on cultive le plaisir, on se soutient, on s’inspire, on s’élève. Et ça c’est en grande partie parce que je vivais une romance à distance. Qui aura quand même duré quelques mois avant de s’essoufler (si au début la distance pouvait créer une forme de fantasme de la rencontre, mon détachement a repris le dessus, par l’absence de vrais contacts physiques et la disparition progressive d’un manque idéalisé)

    Ceci étant, je crois que j’ai compris à ce moment là, qu’aimer c’est une condition nécessaire pour une relation mais pas forcément une condition suffisante. On peut s’aimer mais s’aimer mal. On peut s’aimer mais ne pas se correspondre. Que même en étant attachés l’un à l’autre, même quand on ressent un amour infiniment puissant, ça ne veut pas forcément dire qu’il est sain ni qu’il est fait pour durer. Parce que l’amour ça se ressent, mais une relation ça se construit. Et il m’aura fallu vivre trois relations avec la même personne pour réaliser ça.

    Aujourd’hui, j’ai encore des peurs mais j’évolue, je le sens.
    Chaque expérience m’amène un peu plus à comprendre ce que je veux, et ce que je ne veux plus. Je peux dire que j’aimerais réapprendre à faire tomber mes barrières. Sentir que je peux prendre le risque et lâcher prise. Sans attentes, ni pression, j’ai senti à ce moment là, que j’étais à nouveau prête à aimer et à l’être.

    Aujourd’hui, c’est toujours un sentiment qui me traverse, même si je m’interroge beaucoup sur les modalités des relations auxquelles j’aspire. Sur ma sexualité, sur la définition de la liberté, sur le polyamour… Mais j’y reviendrai sans aucun doutes sur de prochains textes…

  • 3 – penser à moi

    3 – penser à moi

    J’ai souvent dit qu’il me faudrait deux vies au moins : une pour les autres et une pour moi. Mais c’est pas comme ça que ça marche. Et je suis seulement en train de le réaliser.

    J’aime profondément les gens. Créer des liens, connecter avec les autres. Et puis aussi cette sensation que me procure une conversation intéressante avec quelqu’un d’intéressant. Je me nourris beaucoup des interactions que j’aies.  Mais c’est presque comme une drogue… ça me fait du bien mais c’est pas forcément toujours bon pour moi. Je ressens trop souvent ce besoin de devoir me rendre disponible pour tout le monde. De devoir accorder du temps à chaque personne qui me sollicite. Tellement que je m’oublie. Je fais passer les envies des autres avant les miennes, leurs demandes avant mes besoins. Probablement parce que je cours après ce désir de me sentir aimée et importante.  Mais je commence à comprendre que je peux pas accorder mon temps à tout le monde. Que je peux pas vivre pour exister dans la vie des autres. Parce que la vie est précieuse. Parce que le temps est compté.

    J’ai des rêves, des envies  et des projets à réaliser. Et pour ça, j’ai besoin de temps pour moi,  et d’énergie aussi. Je me rends compte aujourd’hui que les personnes qui m’aiment, et qui croient en moi, elles me font pas me sentir coupable quand je suis absente.  Au contraire, elles me comprennent et me soutiennent.  C’est l’énergie que je choisis. Parce que c’est ma vie, et la vie n’ en a qu’une. C’est trop important. Si on vit pas en pensant à soi, qui le fera pour nous ? 

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    Contexte

    Le fait que je sois sociable et empathique, ça me fait créer beaucoup de liens. Je me sens reconnaissante d’avoir autant de gens autour de moi, qui m’apprécient, qui prennent de mes nouvelles, qui veulent passer du temps avec moi… Mais d’un autre côté c’est beaucoup de pression.

    En prenant sans cesse du temps pour les autres, j’ai l’impression de créer des attentes aussi. Mais je ne me sens pas capable de laisser croire à quelqu’un qu’il ne compte pas ou que je m’en fous. J’ai peur que mon absence ou mon indisponibilité donne l’impression que l’autre n’est pas important. Et peut-être aussi me fasse tomber dans l’oubli. Je crois que j’ai besoin qu’on ait besoin de moi en fait. Besoin de me sentir utile, aimée, importante. FOMO (Fear of missing out) en plein dans le mille, ouais.

    Presque inconsciemment, je fais tout mon possible pour que ceux qui croisent mon chemin m’apprécient, mais cet effort permanent aspire mon temps et mon énergie, et me fait me sentir mal, inexorablement. Je finis souvent par me sentir coupable ou utilisée, et probablement jamais à la hauteur de l’omniprésence souhaitée.

    J’ai souvent écrit que j’allais prendre du temps pour moi et me détacher de ce besoin des autres. Mais cette fois je sais que je suis sur la bonne voie. Partir c’est souvent le meilleur moyen de déconnecter. Et aussi de voir les personnes qui restent dans notre vie. Peu importe la distance et le temps. Choisir les personnes qui nous soutiennent quand on doute et sont heureuses quand on se sent bien.

    It’s not your work to exist for people and give your life to them” disait Anthony Hopkins (dans une longue réflexion que je vous invite à aller lire). Ça m’a foutu une claque. Je suis tombée par hasard dessus, et j’ai pris ça comme un signe. J’ai compris que je ne pouvais plus distribuer mon temps et mon énergie sans limite. Pas pour ne penser qu’à moi, loin de là. J’en serai incapable de toute façon. Mais se mettre en priorité pour créer notre propre vie. Parce que personne ne le fera à notre place.

  • 2 – je déborde

    2 – je déborde

    Depuis toujours, je ressens tout très fort. Les joies comme les peines. Les moments de solitude, les moments de fête. Je suis dans une sorte d’hypersensibilité constante. Ce qui semble être un détail pour beaucoup, moi, peut me toucher très fort.

    Je suis bien souvent l’excès. Je suis bien souvent le trop plein. J’ai la sensation d’être en permanence dans des montagnes russes.  D’abord il y a l’ascension. Je ressens une énergie et une motivation sans limites, ce qui me donne l’impressionque je pourrais soulever des montagnes. Je me sens aimée et puissante. C’est dans ce genre de moment que mon esprit va s’agiter et que je vais réussir à donner corps à mon imagination. J’ai mille idées et la brûlante envie de les mettre en œuvre. Et puis il y a la redescente. Où j’étouffe sous la pression. Où je me noie dans le stress de mes envies et de mes ambitions. Dans ces moments-là, je me sens perdue, et j’ai l’impression d’être paralysée. J’ai cette sensation que j’évoque souvent, celle de ne “pas être assez”. 

    Et dans ces oscillations incessantes, j’ai l’impression parfois que je ne connais que peu la nuance. Soit j’exulte, soit je m’éteins. Qu’il s’agisse de plaisir, de mélancolie, d’amour, de rire, de pensées, de vie. En fait, je déborde toujours. Mais c’est qui fait que je me sens vivante.

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    Contexte :

    Depuis aussi loin que je m’en souvienne, ça a toujours été dur de gérer l’intensité de mes émotions. J’ai souvent cité Flaubert qui disait “ce qui érafle les autres, me déchire”
    Quelles qu’elles soient, elles arrivent bien souvent comme pourrait arriver une tornade. Et on n’arrête pas une tornade. On peut juste apprendre à reconnaître les signes, et à s’en protéger.
    J’ai appris à anticiper mais je me laisse quand même encore souvent emporter. C’est juste que, plus j’avance, plus j’apprends à me connaître et à comprendre ce qui va m’apaiser. Et moins je laisse la tornade faire des dégâts.

    Je ne peux pas m’empêcher de ressentir mes émotions mais je les canalise en rationalisant, en relativisant, et surtout, en passant à l’action. Quand je touche le fond, c’est précisément là que je rebondis le mieux. C’est là que je me force à créer l’impulsion qui me fera remonter à la surface. En d’autres termes, c’est là que je me bouge le cul.

    C’est aussi important pour moi d’accepter cette dualité en moi : on voit souvent mon côté solaire, et c’est vrai qu’il rayonne beaucoup ; mais j’ai aussi ma part d’ombre, et il peut apparaître avec la même intensité.

    Mais s’il y a une chose que j’ai appris à me répéter, c’est celle-ci : c’est dans la nuit la plus noire, qu’on apprécie la plus faible des lumières.
    Quand je souffre, je me rappelle toujours que l’intensité avec laquelle je ressens la douleur, elle sera la même quand je ressentirai le moindre petit bonheur. Chaque coucher de soleil, chaque nouveau paysage, chaque rencontre, chaque caresse, chaque rayon de soleil sur ma peau, chaque fou rire. Déborder de bonheur, c’est quelque chose vous savez. Et franchement, ne serait-ce que pour ça, je ne changerais rien.

  • 1 – être moi

    1 – être moi

    Ce que je trouve génial sur les réseaux, c’est ce champ infini des possibles. On échange, on s’inspire. Mais on se compare aussi beaucoup. Ce qu’on montre, c’est qu’une petite fenêtre de ce qu’on vit. Je le sais. Sauf que je me retrouve souvent dans une quête impossible de la perfection. 

    Parce que “suis-je assez si je suis pas parfaite ?”.

    Cette question elle m’ a toujours obsédée. C’est fou parce que je suis heureuse, et je suis plutôt fière de moi. Mais je finis toujours par voir tout ce que j’ai pas. Tout ce que je fais pas. Tout ce que je suis pas. Et à force de scroller, ça renforce mon sentiment de pas être assez. 

    Des fois j’ai juste l’impression d’être nulle, de pas avancer, de pas pouvoir réussir mes projets aussi bien que les autres. C’est un gros frein en vrai.

    Mais plus je réfléchis à tout ça, plus je me rends compte que moi ce qui me touche et m’inspire, c’est l’authenticité . 

    Et en fait c’est ça le sens que j’ai envie de donner à ce que je partage. 

    Être moi. 

    Avec ma curiosité et mon audace, et puis aussi mes peurs et mes failles. 

    C’est ce que j’ai envie de montrer et c’est ce que j’ai envie de voir aussi. Du vrai. Juste être soi, oui. Parce que c’est ce qu’on fait le mieux finalement. 

    Alors voilà ce que je veux qu’on voit de moi : précisément tout ce que je suis  quand personne ne me voit.

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    Contexte :

    Toutes ces choses que j’ai en tête, je les partage beaucoup en privé, dans la vraie vie ou par messages interposés. J’ai toujours essayé de donner corps à mes introspections. C’est aussi ce que je faisais en écrivant sur mon blog. Souvent je me perds parce que mon besoin de reconnaissance, mon perfectionnisme maladif et mon envie de briller m’amènent à trop réfléchir à l’image que je renvoie. J’ai toujours eu cette peur de pas être à la hauteur et qu’on ne voit pas tout ce que j’ai en moi. 

    Le truc c’est que spoiler alert : je suis pas parfaite. J’aime courir mais je suis pas marathonienne, j’aime écrire mais je sors pas des articles toutes les semaines, j’aime chanter mais je suis pas chanteuse, j’aime cuisine mais je me destine pas à être Chef étoilé, j’aime en apprendre sur le vin mais je suis loin d’être oenologue, j’aime créer du contenu mais je veux pas être influenceuse. 

    En fait, je suis juste moi. Avec mon envie d’essayer, d’échouer, d’apprendre, de progresser. Je suis juste moi. Comme la plupart d’entre nous. Intéressée par tellement de choses, mais sans être experte en tout.

    Plus j’avance et plus je suis convaincue d’une chose : ce qui m’anime c’est partager. Des émotions, des réflexions, des opinions, et des moments. J’ai cette soif immense de découvrir. De vivre intensément sans me mettre de limites. Et c’est ça que j’ai envie de transmettre ici. Dans toute la complexité et l’hétérogénéité de nos êtres. échanger c’est ce qui me nourrit. J’adore raconter ma vie, mais j’aime aussi beaucoup écouter ce que vous avez à raconter sur la vôtre.

    Alors tout ça prendra probablement plusieurs formes, plusieurs chemins. Je ne veux pas me limiter ou me catégoriser. ça évoluera et fluctuera en même temps que moi. Mais je sens que c’est ma voie. Mon fil d’ariane. 

    A l’heure où l’instantanéité est légion, tout va vite et les vues guident les contenus. A l’heure où on n’a pas le temps, moi j’ai envie d’en prendre. 

    Je fais ça pour moi, parce que j’en ai besoin. Mais aussi parce que je sais que je ne suis pas la seule à avoir tout ça en moi. Peut-être pas toujours avec la même intensité, ni exactement de la même manière. Mais j’aimerais que vous qui, comme moi, vous sentez parfois seuls face à toutes vos émotions et pensées, vous puissiez sentir qu’en réalité vous ne l’êtes pas.

  • s’émerveiller

    s’émerveiller

    (publié sur mon instagram, le 4 août 2025)

    Je fais partie de ces personnes qui s’émerveillent de toutes les petites choses.
    Que je les trouve doux ces petits détails du quotidien.
    Que d’autres ne voient pas forcément,
    ou qu’ils ne remarquent plus.

    Les nuages qui dessinent des formes dans le ciel,
    les premiers rayons du soleil,
    le bruit des vagues,

    l’odeur du café et du pain grillé le matin,
    les draps frais après une journée de travail,
    la première bouchée d’un plat qu’on adore,

    le sourire sincère d’un.e inconnu.e,
    se sentir vraiment compris.e, croiser par hasard quelqu’un qu’on apprécie,

    une phrase qui résonne parfaitement en nous,
    une chanson qui arrive exactement au bon moment,
    une tache en forme de cœur,

    Un rien me touche. Un rien me fait sourire. 

    Parfois on dirait une enfant je vous jure.
    Je m’émerveille de tout.
    Et la chose la plus simple peut parfois illuminer toute ma journée.

    Redécouvrir les lieux qu’on connait,
    regarder autour de soi,
    voir les choses sous une autre perspective.

    C’est peut-être naïf,
    mais j’ai envie de croire
    que réussir à voir la beauté
    dans les petites choses de la vie,
    c’est une bonne façon de cultiver le bonheur.
    Et de se dire que la vie est belle.

    _______________________________________________

    Description:

    Voir le beau. Ou plutôt choisir de voir le beau.
    Parce que c’est un choix.
    Une manière de marcher dans le monde,
    les yeux un peu plus grands,
    le cœur un peu plus ouvert.
    C’est s’attarder sur les choses simples,
    les savourer.

    Le bonheur ne se trouve pas forcément dans les grandes réussites,
    les événements hors du commun.
    Il se glisse dans les interstices.
    Il chuchote,
    mais on peut l’entendre crier,
    pour peu de prendre le temps de tendre l’oreille.
    Il se niche dans un éclat de rire,
    une odeur familière,
    une chanson oubliée.
    Il est là, dans l’instant présent,
    si on regarde bien.

    Pour que ce ne soit pas l’extérieur qui dicte mon humeur,
    mais le regard que je choisis de poser sur lui.
    Et peut-être que c’est là qu’on retrouve le pouvoir, 
    dans la capacité à créer en soi de la lumière,
    même quand tout semble gris.
    Parce que le bonheur,
    ce n’est pas vraiment ce qui nous arrive,
    c’est ce qu’on décide d’en faire.

  • exister autrement

    exister autrement

    (texte déclamé pour la première fois sur la scène de Lost Words à Bruxelles le 24 juillet 2025)

    J’ai longtemps appris à exister à travers la séduction,
    dans mon rapport au monde,
    dans mon rapport aux autres.
    Comme une grille de lecture,
    un langage,
    un pouvoir, peut-être,
    un masque, sûrement.
    Une manière d’être sûre
    de compter quelque part.

    Mais aujourd’hui,
    ce jeu m’étouffe.
    Je suis fatiguée.
    Je ne veux plus que ce soit
    ma seule manière d’être vue.
    J’ai envie de plaire,
    oui.
    Mais pas d’être réduite à ça.
    Pas d’exister uniquement,
    de prime abord,
    à travers le prisme du désir masculin.

    J’ai envie qu’on me croise,
    sans rien attendre en retour.
    Qu’on échange
    sans que mon attention soit interprétée
    comme une promesse.
    J’ai envie d’être autre chose
    qu’un potentiel corps à conquérir.

    À chaque fois que je rencontre un homme,
    il y a toujours comme une tension,
    une attente, 
    un présupposé.
    Celui d’un possible flirt.
    Celui d’un jeu déjà lancé
    avant même que j’aie décidé d’y jouer.

    Je me retrouve contrainte
    de devoir poser des mots
    sur des choses que je n’ai jamais promises.
    Contrainte de me justifier,
    de redéfinir les limites.

    Moi j’ai envie qu’on m’écoute, qu’on me parle,
    sans stratégie,
    sans calcul.
    Je veux exister sans devenir un enjeu,
    sans être un objet de projection.

    Je veux qu’on me voit.
    Pour de vrai.
    Je veux qu’on me respecte,
    qu’on me considère.
    Ça, même s’il n’y a pas d’histoire à écrire.

    •••

    Et dans l’intime,
    c’est encore plus profond.
    Plus brutal, parfois.

    Je prends souvent l’ascendant.
    Je domine.
    Pas seulement pour le jeu,
    mais pour affirmer ma place.

    Comme un cri qui résonne : 

    Tu ne me soumettras pas.
    Ni dans cette vie, ni dans ce lit.
    Tu ne feras pas de moi ta chose,
    l’objet impersonnel de ton désir,
    le réceptacle de ta jouissance. 

    Pour ne pas qu’on prenne ma liberté
    pour un oui.
    Pour ne pas qu’on pense qu’on peut
    disposer de mon corps,
    de mon image,
    de ma dignité,
    comme on s’assoit sur une chaise vide.

    •••

    J’ai passé ma vie à dire
    “je ne m’attache pas”
    comme une vérité inébranlable.
    Mais c’est un réflexe,
    un mécanisme, 
    une protection.
    Une tentative de contrôle.
    Un moyen de prendre les devants.
    D’être celle qui quitte
    pour ne pas être celle qu’on laisse,
    ou celle qu’on oublie.

    Alors certes, je suis libre,
    mais pas insensible.
    Je suis ouverte,
    mais pas à ta disposition.
    Je suis présente,
    mais pas à consommer.

    Je n’ai plus envie d’intime sans douceur,
    sans écoute,
    sans empathie.
    Je veux que ce soit beau,
    que ce soit vrai,
    que ce soit vivant.
    D’égal à égale.

    Je veux être courtisée.
    Je veux les caresses.
    la tendresse,
    je veux la sensualité,
    la complicité.
    Même dans l’éphémère.
    Surtout dans l’éphémère.
    Parce que l’impermanence n’empêche pas l’intensité.

    Et si ce n’est que pour une nuit,
    je veux qu’elle soit belle.
    Je veux qu’on s’y donne sans s’y réduire.
    Qu’on s’y touche avec attention.
    Qu’on s’y parle avec honnêteté.

    Parce que ce que je cherche,
    c’est pas une promesse.
    C’est une présence.
    Celle qui fait que même sans lendemain,
    tout ça aura eu du sens.

    ________________________________________________________

    Contexte :

    C’est un texte né d’un élan de colère, d’un ras-le-bol, d’une fatigue d’être confrontée chaque jour à cette masculinité envahissante. 

    Celle des hommes qui, dans l’espace public, s’autorisent à héler, commenter, entrer dans ma bulle sans y avoir été invités. Pour ça, je n’ai ni excuse, ni indulgence, ni patience.

    Et puis il y celle des hommes qui, parce que j’ai été gentille, souriante, présente, pensent y lire une ouverture. Comme si dans l’hétérosexualité, toute interaction devait, tôt ou tard, basculer dans un jeu de séduction. Je sais que ça ne part pas toujours d’une mauvaise intention. Mais quand c’est systématique, ça devient lourd. Je ne suis pas en quête d’intime avec tous les hommes que je rencontre. A force de devoir sans cesse me justifier, me sentir coupable, je finis par être en colère. Je crois que je voudrais juste être écoutée, sans projection, ni attente. 

    1 + 1 + 1 + tout le reste = c’est toujours trop à la fin.

    Et puis celle, potentielle, des hommes avec qui je relationne. J’ai du mal à me mettre dans une position de vulnérabilité, dans l’intime comme dans les sentiments.  Je me protège, je m’attache difficilement, mais je n’attends pas pour autant de l’autre qu’il ne s’implique pas du tout.Je veux être courtisée, respectée, considérée. Même si c’est fugace. Je ne veux jamais qu’on puisse me réduire à une potentielle conquête, un réceptacle de plaisir.
    Je suis libre mais en quête de lien.

    Je ne suis pas ici pour plaire, obéir ou céder.
    Je suis ici pour être. Entièrement. Librement. Moi.

  • soif d’apprendre, soif de vivre

    soif d’apprendre, soif de vivre

    Je ressens souvent cette impulsion soudaine qui me prend au détour d’un détail du quotidien : l’envie d’en savoir plus. Comme si chaque chose autour de moi portait en elle une promesse de découverte.

    Tout devient prétexte à la recherche. Je bois mon café le matin et l’envie me prend de connaître les spécificités de chaque origine, les arômes, les torréfactions. Je vois une œuvre et je me plonge dans les détails du mouvement artistique dont elle fait partie.  Je lis un livre et j’ai envie de parcourir la vie de l’auteur et l’ensemble de ses écrits. Chaque intérêt, aussi infime soit-il, attise en moi une curiosité dévorante. L’envie d’engloutir toutes ces connaissances nouvelles en une seule et immense bouchée. J’ai en moi une arborescence infinie que mon esprit fait germer à chaque mot. Une soif brûlante, oppressante : celle d’apprendre et de comprendre. Toujours plus.

    J’ai ce besoin d’élargir l’espace en moi, d’ouvrir des portes. J’ai une relation presque physique avec le fait d’apprendre, sous toutes ses formes. A l’image d’une nouvelle expérience, apprendre me procure indéniablement une forme d’excitation. Un frisson dans le ventre. Savoir me fait du bien. C’est comme respirer plus grand. Je sens que quelque chose s’ouvre en moi à chaque nouvelle idée, chaque découverte. C’est viscéral. Je veux collecter, connecter, ressentir. Je veux être une éponge, un canal, une passante du monde. Je veux absorber ce qui m’entoure. Comme si ça me rendait plus vivante, plus ancrée, plus libre. Je ressens quelque chose de profondément sensuel dans l’acte d’apprendre, un plaisir presque charnel. Un appétit sensoriel et intellectuel. C’est une manière de rencontrer le monde, mais aussi de me rencontrer moi-même. De construire quelque chose en moi.

    Je lis plusieurs livres à la fois. J’écris plusieurs textes à la fois. Je pense à plusieurs projets à la fois. Je passe des uns aux autres selon l’humeur, selon ce que mon cœur, mon esprit ou ma solitude réclame. Parfois, je cherche la profondeur, parfois la légèreté, parfois la poésie. Et puis je note tout, je garde une trace de chaque chose que je fais, comme pour figer l’instant. Comme pour garder la réflexion latente, vivante. Comme pour garder mon esprit alerte.

    Alors je planifie. Je liste. Je structure. Je crée des to-do lists dans mes carnets, dans mon téléphone, dans ma tête. J’organise mes journées pour être sûre de ne pas perdre de temps. Pour faire un maximum. Lire, écrire, écouter, avancer. Être partout à la fois. Être pleine.
    Il y a en moi cette volonté de ne rien rater. De ne pas laisser les jours filer sans qu’ils aient laissé une trace. Parce que j’ai peur, je crois. Peur de ne pas vivre assez. Peur de passer à côté. Peur d’être là sans y être vraiment.

    Et pourtant, parfois, je me demande : Est-ce que tout ça me nourrit ou me remplit juste ? Est-ce que je veux apprendre pour être, ou simplement pour faire ? Est-ce que je cherche à ressentir… ou à me prouver que je ne perds pas mon temps ?
    Parfois, j’ai peur de tout effleurer sans jamais rien vraiment habiter. De survoler la vie à force de vouloir en absorber tous les détails. D’être dans l’action, dans la quête, dans le désir d’expériences… au point d’en oublier la présence pure et simple. 

    Est-ce que je crée vraiment, ou est-ce que je produis ? Est-ce que je vis, ou est-ce que je collectionne les moments comme des preuves que je vis ?

    J’avance entre deux élans : le contrôle et le lâcher prise. Entre la volonté d’organiser et celle d’être dans l’instant présent. Entre l’envie de créer des choses tangibles et celle de me laisser porter par ce qui vient. Je ne sais pas toujours où me placer. Mais peut-être que vivre, c’est ça aussi : apprendre à être dans l’entre-deux. À respirer dans cet équilibre fragile entre faire et être. Entre prévoir et ressentir. Entre apprendre et me laisser traverser.

    Et peut-être que ma soif de savoir, aussi intense soit-elle, est simplement le signe que je veux embrasser la vie de toutes mes forces. Même si parfois, je ne sais plus très bien comment, ni pourquoi.

    Peut-être que vivre, c’est parfois aussi accepter de ne pas tout comprendre, et de ne pas tout expérimenter. De laisser de l’espace, du silence, du vide. De m’arrêter parfois, de faire une pause dans cette course effrénée contre la montre. Et pouvoir, pour un court moment même, prendre le temps de me sentir, non pas remplie de vie, mais pleinement vivante.

  • la musique pour adoucir les mœurs

    la musique pour adoucir les mœurs

    (publié sur le journal de sarah, le 12 janvier 2017)

    « La musique chemine en nous, c’est une grâce de se laisser toucher par elle. Je crois volontiers qu’elle adoucit nos cœurs et nos humeurs »

    Les heures silencieuses – Gaëlle Josse

    Avez-vous déjà ressenti cette sensation, à la fois étrange et enivrante, que vous procure une chanson décrivant, avec une exactitude déconcertante, les émotions qui vous traversent au moment précis où vous l’écoutez ? Pendant un instant où le temps semble suspendu, vous avez l’impression que vos sentiments les plus profonds ont inspiré cette musique qui résonne dans vos oreilles et dans votre cœur. Juste comme si elle reflétait parfaitement l’essence de votre âme… Je suis certaine que cet instant, vous l’avez déjà vécu au moins une fois dans votre vie (dans le cas contraire, je suis sûre à 99,99% (toujours se laisser une marge d’erreur, on sait jamais) de pouvoir trouver LA chanson qui vous fera frissonner). En tout cas, moi je l’ai déjà ressentie cette sensation, et pas qu’une fois.

    Un voyage intérieur aux confins de notre âme

    La musique et moi, c’est une grande histoire d’amour. Aussi loin que je m’en souvienne, je l’ai toujours aimée, et je dois dire qu’elle me le rend bien, elle qui ne me déçoit jamais. C’est vrai, la musique ne fait pas 1m90, n’a ni barbe, ni tablettes de chocolat, mais elle n’en a pas besoin pour réussir à me séduire à tous les coups (j’allais dire pour réussir à me faire du bien, mais j’aurais peut-être poussé un peu trop loin le double sens). Elle m’accompagne dans tous les moments, du matin au soir : en me réveillant, en m’endormant, en travaillant, en lisant, en faisant du sport, quand je suis triste, quand je suis heureuse, quand j’ai besoin de réfléchir … Je pense que tous les prétextes sont bons pour écouter de la musique. C’est bien là que se trouve toute sa beauté : nul besoin de compétence particulière pour en profiter, elle s’offre à nous sans barrière, sans jugement, sans prétention. Au même titre que les autres formes d’arts que sont par exemple la peinture, l’écriture, la danse ou encore le cinéma, la musique a cette faculté de nous transporter, de nous faire voyager infiniment loin et en même temps si près, au plus profond de nous-mêmes. Qu’elle soit une mélodie avec ou sans paroles, vive ou douce, la musique nous entraîne, transperce notre âme, exalte nos sens, bouleverse notre esprit, retourne notre cœur, et ce dans une indescriptible pureté. Vous savez, j’ai pour habitude de dire qu’il est important d’être à l’écoute de nos émotions, mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, parfois il nous est difficile de comprendre ou de mettre des mots sur ce que l’on ressent. La musique nous aide à traduire ce qui peine à sortir de notre bouche. Pour reprendre Wagner, la musique commence là où s’arrêtent les mots, mais plus encore, s’exprimer en chanson plutôt que par la simple parole peut souvent être le moyen d’extérioriser ce que nous avons au fond de nous. Les déclarations, qu’elles portent sur l’amour, la tendresse, l’amitié, la déception, les regrets… demandent à la fois tant de naturel et tant de réflexion, qu’il est souvent difficile de dire à quelqu’un toutes les choses auxquelles nous pensons à l’instant précis où nous sommes censés les dire (et généralement tout ce qu’on aurait voulu dire nous revient mais après, quand on a rejoué la scène une dizaine de fois dans notre tête… c’est toujours comme ça que ça se passe on le sait bien). Utiliser une chanson (une belle lettre ça peut aussi marcher, c’est mon côté old school ça) pour transmettre un message, c’est peut-être ça la solution … Je sais ça parait bête mais il y a une telle force dans certaines paroles, une telle exactitude, une telle magie, qu’il serait dommage de ne pas en user pour communiquer. Et c’est précisément ça qui est merveilleux. Comme l’amour, la musique est un langage universel. Alors, si les mots viennent à vous manquer pour exprimer ce que vous ressentez, dites-le en chanson.

    « La musique est en moi. Je la sens partout à la fois. Serait-elle un fluide mystérieux doué d’ubiquité ou un philtre magique que l’ouïe absorbe pour la dispenser dans toutes les cellules et nous apporter l’évasion ? »

    Hécate – Anne Bernard

    Un chemin vers la différence et l’ouverture à l’autre

    Je ne pense pas qu’on puisse dire que nos choix en matière de musique reflètent notre personnalité. En soi, ce serait un raisonnement un peu réducteur : nous ne pouvons pas extrapoler ce que pense ou ce qu’est une personne uniquement en regardant ce qu’elle écoute, ce serait clairement de la catégorisation hâtive (une catégorisation est par essence hâtive en fait, étant donné qu’elle ne s’attarde pas sur les détails, pourtant essentiels). Vous savez, c’est dire par exemple que celui qui écoute du rap est forcément une racaille ou que celui qui apprécie la musique classique est clairement un gros bourge. Contrairement à ce que beaucoup croient, les genres musicaux ne sont pas des catégories exclusives réservées chacune à un public homogène et bien défini. Par contre, je pense que le rapport à la musique peut nous en dire long sur nous-mêmes. J’ai pour habitude de dire que la musique est comme la gastronomie. Un grand chef éveille ses papilles à tous les goûts. Il tente de découvrir encore et toujours de nouvelles saveurs, de nouvelles textures, de nouvelles associations. Il goûte sans a priori et apprend à apprécier cette multitude d’arômes différents, s’ouvrant à de nouvelles cultures, de nouvelles visions, de nouvelles idées. Eh bien, voyez-vous, je pense que c’est exactement la même chose avec la musique. Il existe tant de styles, tant de sons, tant d’instruments, tant de voix, tant de rythmes différents, qui ne demandent qu’à être explorés. Ne pas avoir peur de sortir de sa zone de confort, de ses préconceptions, de ses certitudes, de ses habitudes et ne cesser d’apprendre de nouvelles choses, voilà ce que la musique peut nous inspirer dans nos vies. Découvrir une nouvelle sonorité, c’est comme rencontrer une nouvelle personne : avant de juger si nous l’apprécions ou non, il faut écouter ce qu’elle a à nous raconter, comprendre son histoire, déceler ses aspérités, la voir à travers différents aspects, y compris ceux qui sont cachés. Évidemment, s’il y a des fois où ça collera du premier coup, il y en a d’autres où ça ne nous plaira pas. Mais cela ne doit pas nous éloigner de cette notion fondamentale qu’est le respect. Comme je disais, notre rapport à la musique peut refléter, voire influencer notre rapport au monde :  apprendre à apprécier ce qui est différent et nouveau, plutôt que de se complaire dans ce qui nous semble familier.

    « La musique mérite d’être la seconde langue obligatoire de toutes les écoles du monde »

    Paul Carvel

    Un refuge pour le cœur et l’esprit

    Telle une force qui m’anime et en laquelle je porte une foi sans borne, la musique est ma religion. Et comme tout bon croyant, j’ai l’intime conviction qu’elle peut transformer le monde en un endroit plus beau, et faire de nous de meilleures personnes. Attention je ne suis pas naïve, je ne crois pas que les atrocités de ce monde puissent être effacées par le simple pouvoir de la musique pour laisser place à la paix universelle (ça pourrait inspirer un discours de Miss France ça nan ?). Par contre, je crois sincèrement que la musique peut nous apaiser, rendre plus supportables ces moments dans notre vie où rien ne semble aller, ces moments de doute, de peur, de crise, de perte, de tristesse. Ce n’est pas pour rien que nous aimons tant capturer ces extraits de chansons, si justes, si représentatifs de nos pensées et sentiments. Comme si nous cherchions dans les paroles, des réponses, des solutions, pour nous aider à faire face à nos émotions, au-delà de simplement les exprimer. Cela nous renvoie inévitablement à nous-mêmes et à notre désir profond de ne pas être seul : écouter ces mots qui résonnent dans la bouche d’une autre personne, comme pour nous rassurer sur le fait que nous ne sommes pas les seuls à les éprouver, ces émotions qui nous transpercent le cœur. Il suffit parfois d’une voix, d’une mélodie, pour nous accompagner et nous soulager. C’est ce que j’appelle le pouvoir invisible et infini de la musique.

    « La vérité, c’est qu’il y a des moments dans l’Histoire, des moments comme celui que nous vivons, où tout ce qui empêche l’homme de désespérer, tout ce qui lui permet de croire et de continuer à vivre, a besoin d’une cachette, d’un refuge. Ce refuge, parfois, c’est seulement une chanson, un poème, une musique, un livre »

    Éducation européenne, Romain Gary

  • #7 – Une année en Bavière

    #7 – Une année en Bavière

    (publié sur le journal de sarah, le 20 août 2022)

    le contexte

    […]

    le texte

    Assise sur mon siège, je peine à étendre mes jambes, sous la climatisation beaucoup trop forte d’un Flixbus arrêté à Karlsruhe. Quelques relents nauséabonds se font sentir dès que quelqu’un ouvre la porte des toilettes. Même le parfum puissant de ma menthe poivrée n’y fait rien. Alors que le jour se couche presque, j’ai décidé de taper quelques mots sur le clavier de ma tablette. Le bus a repris sa route, rendant cette tâche encore plus ardue qu’elle ne l’était déjà, au vu du peu d’espace disponible devant moi. Je regarde le paysage à travers la vitre décorée de traces de doigts, la musique résonnant dans mes écouteurs. Contre toute attente peut-être, je me sens bien. Certainement une bonne allégorie de ces derniers mois de ma vie. Dans l’instabilité incessante, j’ai trouvé une forme d’équilibre dans laquelle je suis heureuse. Ça a pris du temps et de l’énergie. Ça a demandé des efforts, des remises en question et des doutes. Mais je peux dire que j’ai un regard positif sur ma vie. Elle est très agréable quand même, je m’en rends compte. Les petites vagues d’émotions négatives, les petits détails du quotidien qui me touchent plus que de raison, les moments de vide, je ne les sens plus. Ou en tout cas, ils sont moins fréquents, moins longs, moins forts. C’est ce qui explique notamment mon absence sur ce journal. Je l’avais déjà dit ici, quand je me sens bien, je n’écris pas. Je vis. J’avance.

    Une année de changements

    Ça va faire bientôt un an que je suis arrivée en Allemagne. Un an que j’ai commencé cette nouvelle vie ici. Presque naturellement, je ressens le besoin de faire le bilan. Vous savez les cycles de la vie, tout ça. Revenir sur mes débuts ici, sur les milles émotions différentes qui m’ont habitée, sur la personne que je suis devenue en une période qui semble si courte et si longue à la fois. Mon histoire d’amour, celle qui m’a menée ici, m’a suivie pendant de longues semaines, me donnant le sentiment, comme le ressentent tous les cœurs brisés et déçus, de ne jamais pouvoir m’en remettre. De ne jamais pouvoir oublier chaque moment, chaque mot, chaque sourire. Ou de ne pas savoir comment faire pour y arriver. Et puis un jour, sans crier gare, ce sentiment disparait. Un déclic, un instant, dont on ne se rend même pas compte. Comme la bougie qui s’éteint quand elle n’a plus d’oxygène. C’est une douce sensation. Une fois de l’autre côté, c’est fini, on ne se retourne plus. Je ne me souviens plus du moment précis où c’est arrivé. Mais celui où j’ai su, oui. Et une fois libérée de la rancœur, quand les souvenirs ne sont plus des chambres tristes, mais juste des chapitres clos d’un livre où il reste tant à écrire, la vie prend une toute autre tournure. Le fait d’être ici ne me faisait plus penser à cette relation, elle n’en dépendait plus. J’ai construit ma vie à travers chaque personne rencontrée, chaque lieu visité, chaque moment vécu. Mes expériences, mes rires, mes découvertes, mes déceptions. Cette aventure, je l’ai faite mienne. Et j’en suis si fière

    La douceur de l’été

    Je dois dire que depuis mai, ma vie a été un voyage continu. J’ai beaucoup bougé. Tout a commencé avec mon retour en Belgique, il m’a fait du bien, vraiment. Je revenais aux sources, mais j’étais devenue une nouvelle personne. Une autre approche de vie et certainement moins de barrières. Je me suis sentie tellement bien que ça m’a donné envie de revenir dans ma ville à peine un mois après, me laissant profiter d’un périple dans le nord de l’Italie entre les deux. Cette année a marqué le retour du Doudou, ce qui a rendu toute particulière cette édition évidemment. Mais au-delà de ça, c’était une année spéciale pour moi car je célébrais Mons sans plus y vivre. Et quel sentiment incroyable de se sentir tant entourée, tant considérée par toutes ces personnes que j’apprécie et qui ont jalonné mon chemin. Je suis maintenant si loin et je me suis pourtant sentie si proche. A partir de là, j’ai senti une transformation en moi. J’éprouvais de moins en moins le besoin d’accumuler les amitiés superficielles, d’être de toutes les fêtes. J’ai ressenti que je n’avais plus besoin de ça pour me sentir appartenir à l’endroit où je vis, pour me sentir chez moi. Je ne dis pas que mon besoin d’être reconnue et aimée a disparu, mais il ne guide plus mes actions et pensées. Evidemment il est normal qu’à mon arrivée, je voulais trouver ma place dans ce nouvel environnement. Mais au bout d’un moment, on sent que certaines affinités se développent plus que d’autres. Je ne recherche plus la quantité, mais j’essaie plutôt de passer des moments de qualité avec les gens que j’aime. Et parfois même, je prends du temps rien que pour moi. Waouh. Vous savez cette peur de manquer quelque chose, de ne pas être partout à la fois, de ne pas exister continuellement dans l’esprit des gens ? Je ne la ressens plus vraiment en ce moment. Parce que ma vie, telle qu’elle évolue, me plait. Peut-être pas tout évidemment, la perfection n’existe pas. Mais j’aime le rythme et la direction qu’elle a pris.

    Un nouvel équilibre à challenger

    C’est dans mon jardin en Belgique que j’écris ce dernier paragraphe. Sous le soleil brûlant que ma peau apprécie particulièrement. Je me pose un instant. Je prends une grande inspiration. Je me sens bien. Je me sens chanceuse. Une année, c’est court et en même temps tellement de choses peuvent s’y passer. Chaque choix que j’ai fait m’a menée là où je suis, m’a menée à celle que je suis. Une année, dans un nouvel environnement, c’est peut-être le temps qu’il faut pour s’y acclimater en fait. Trouver ses marques. Et ce nouvel équilibre fragile. Je pourrais me contenter de cette espèce de zone de confort que j’ai réussi à créer. Mais la vie, non exempte de ma propre volonté, en a décidé autrement. Une année à me balancer entre Augsburg et Munich, à chercher de la stabilité entre deux vies différentes, à apprendre à concilier toutes mes habitudes ici et là. J’ai fini par me sentir un peu chez moi aux deux endroits, mais jamais totalement. Vous le savez, mon cœur a toujours désiré poser ses bagages à Munich. Pourtant, je m’étais finalement bien habituée à Augsburg. Ma nouvelle colocataire débarquée en mars y est certainement pour beaucoup. Elle m’a donnée l’envie de prendre le temps de vivre dans cette ville, elle m’a aidée à ne plus me sentir étrangère, et à apprécier les moments passés et les rencontres faites ici. Il en aura fallu du temps, mais oui, je me suis vraiment sentie chez moi. D’ici peu, une nouvelle vie à Munich m’attend. Recréer des repères, des habitudes, et par-dessus tout modifier quelque peu l’équilibre que j’avais trouvé, la zone de confort dans laquelle je m’étais lovée. Ça pourrait me faire peur oui. Mais en même temps, je trouve ça terriblement excitant. Rien que de penser à toutes les nouvelles choses que je vais vivre, toutes les surprises qui vont jalonner à nouveau cette prochaine année en Bavière, ça me remplit de joie. Ça me donne des papillons dans le ventre. Après tout ce temps, j’ai enfin accepté de vivre avec l’incertitude de ne pas savoir de quoi demain sera fait. Je ne sais pas vraiment ce qui m’attend, ni ce dont j’aurais envie. Mais je sais que ce sera bien. Parce que je l’ai décidé. J’ai choisi de profiter de ces instants que je n’aurais jamais pensé vivre il y a quelques années. J’ai choisi de faire confiance aux opportunités de la vie. J’ai choisi de me faire confiance.

    le mot du présent

    […]