soif d’apprendre, soif de vivre

Je ressens souvent cette impulsion soudaine qui me prend au détour d’un détail du quotidien : l’envie d’en savoir plus. Comme si chaque chose autour de moi portait en elle une promesse de découverte.

Tout devient prétexte à la recherche. Je bois mon café le matin et l’envie me prend de connaître les spécificités de chaque origine, les arômes, les torréfactions. Je vois une œuvre et je me plonge dans les détails du mouvement artistique dont elle fait partie.  Je lis un livre et j’ai envie de parcourir la vie de l’auteur et l’ensemble de ses écrits. Chaque intérêt, aussi infime soit-il, attise en moi une curiosité dévorante. L’envie d’engloutir toutes ces connaissances nouvelles en une seule et immense bouchée. J’ai en moi une arborescence infinie que mon esprit fait germer à chaque mot. Une soif brûlante, oppressante : celle d’apprendre et de comprendre. Toujours plus.

J’ai ce besoin d’élargir l’espace en moi, d’ouvrir des portes. J’ai une relation presque physique avec le fait d’apprendre, sous toutes ses formes. A l’image d’une nouvelle expérience, apprendre me procure indéniablement une forme d’excitation. Un frisson dans le ventre. Savoir me fait du bien. C’est comme respirer plus grand. Je sens que quelque chose s’ouvre en moi à chaque nouvelle idée, chaque découverte. C’est viscéral. Je veux collecter, connecter, ressentir. Je veux être une éponge, un canal, une passante du monde. Je veux absorber ce qui m’entoure. Comme si ça me rendait plus vivante, plus ancrée, plus libre. Je ressens quelque chose de profondément sensuel dans l’acte d’apprendre, un plaisir presque charnel. Un appétit sensoriel et intellectuel. C’est une manière de rencontrer le monde, mais aussi de me rencontrer moi-même. De construire quelque chose en moi.

Je lis plusieurs livres à la fois. J’écris plusieurs textes à la fois. Je pense à plusieurs projets à la fois. Je passe des uns aux autres selon l’humeur, selon ce que mon cœur, mon esprit ou ma solitude réclame. Parfois, je cherche la profondeur, parfois la légèreté, parfois la poésie. Et puis je note tout, je garde une trace de chaque chose que je fais, comme pour figer l’instant. Comme pour garder la réflexion latente, vivante. Comme pour garder mon esprit alerte.

Alors je planifie. Je liste. Je structure. Je crée des to-do lists dans mes carnets, dans mon téléphone, dans ma tête. J’organise mes journées pour être sûre de ne pas perdre de temps. Pour faire un maximum. Lire, écrire, écouter, avancer. Être partout à la fois. Être pleine.
Il y a en moi cette volonté de ne rien rater. De ne pas laisser les jours filer sans qu’ils aient laissé une trace. Parce que j’ai peur, je crois. Peur de ne pas vivre assez. Peur de passer à côté. Peur d’être là sans y être vraiment.

Et pourtant, parfois, je me demande : Est-ce que tout ça me nourrit ou me remplit juste ? Est-ce que je veux apprendre pour être, ou simplement pour faire ? Est-ce que je cherche à ressentir… ou à me prouver que je ne perds pas mon temps ?
Parfois, j’ai peur de tout effleurer sans jamais rien vraiment habiter. De survoler la vie à force de vouloir en absorber tous les détails. D’être dans l’action, dans la quête, dans le désir d’expériences… au point d’en oublier la présence pure et simple. 

Est-ce que je crée vraiment, ou est-ce que je produis ? Est-ce que je vis, ou est-ce que je collectionne les moments comme des preuves que je vis ?

J’avance entre deux élans : le contrôle et le lâcher prise. Entre la volonté d’organiser et celle d’être dans l’instant présent. Entre l’envie de créer des choses tangibles et celle de me laisser porter par ce qui vient. Je ne sais pas toujours où me placer. Mais peut-être que vivre, c’est ça aussi : apprendre à être dans l’entre-deux. À respirer dans cet équilibre fragile entre faire et être. Entre prévoir et ressentir. Entre apprendre et me laisser traverser.

Et peut-être que ma soif de savoir, aussi intense soit-elle, est simplement le signe que je veux embrasser la vie de toutes mes forces. Même si parfois, je ne sais plus très bien comment, ni pourquoi.

Peut-être que vivre, c’est parfois aussi accepter de ne pas tout comprendre, et de ne pas tout expérimenter. De laisser de l’espace, du silence, du vide. De m’arrêter parfois, de faire une pause dans cette course effrénée contre la montre. Et pouvoir, pour un court moment même, prendre le temps de me sentir, non pas remplie de vie, mais pleinement vivante.

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