Catégorie : carnets

  • mon rapport aux réseaux

    mon rapport aux réseaux

    Ça fait des années que je me questionne sur mon rapport aux réseaux sociaux.

    Et ce qui est étrange, c’est que même en ayant du recul, même en comprenant les mécanismes, même en ayant déjà mis des mots dessus… rien ne disparaît vraiment.

    Je me souviens très bien de cette version de moi qui se réveillait le matin avec un réflexe presque automatique : attraper son téléphone, vérifier, regarder, chercher quelque chose sans vraiment savoir quoi. Les likes, les messages, les notifications. Comme un besoin de se rassurer, d’exister quelque part, immédiatement.

    Ce n’était pas innocent. Ça ne l’a jamais vraiment été.

    Il y avait déjà cette forme de dépendance, ce mélange de curiosité et de manque, cette envie d’être vue, reconnue, validée. Et en même temps, déjà, une lucidité presque dérangeante sur tout ça. Comme si j’étais à la fois dedans et légèrement à côté, en train de m’observer faire.

    Et aujourd’hui, des années plus tard, j’ai changé.

    Mais pas complètement.

    Je me suis détachée, oui, d’une certaine urgence. Je ressens moins ce besoin immédiat de validation. Je suis plus ancrée dans le réel, dans mes relations, dans ce que je vis en dehors des écrans.

    Mais malgré ça, quelque chose reste. Et c’est plus tant à propos de moi en tant que personne, que moi par rapport à mon écriture. Dans ma tête, j’ai renoncé à vouloir être influenceuse voyages, lifestyle, food… J’ai jamais voulu l’être consciemment mais vous savez une petite part de moi voulait pouvoir faire rayonner tous les aspects de ma personnalité et de ma vie à travers les réseaux. Maintenant, c’est différent, je connais mon fil conducteur et je sais ce pour quoi j’ai envie de mettre de l’énergie et du temps : l’écriture. Mais même dans ce chemin de reconnexion vers ce qui m’anime, il y a quelque chose qui sonne faux.

    Une forme de présence en arrière-plan. Une petite voix qui revient. Une tension presque invisible.

    Celle qui me dit que si je veux écrire, partager, être lue… il faut être visible. Et que pour être visible, il faut jouer le jeu. Publier. Être régulière. Être présente. Être “efficace”.

    Et c’est là que le paradoxe devient difficile à tenir.

    Parce que je sais très bien que la créativité ne fonctionne pas comme ça. Qu’elle ne se force pas. Qu’elle ne se programme pas. Qu’elle naît d’un espace de lenteur, d’observation, de silence parfois. Et pourtant, les réseaux demandent l’inverse.

    Les réseaux demandent de la constance, de la rapidité, de la réactivité. Ils demandent de capter l’attention vite, fort, immédiatement.

    Alors forcément, la forme influence le fond.

    Même quand on essaie de rester sincère. Même quand on pense créer “comme on est”. En vrai, on s’adapte à l’audience qu’on veut toucher. On simplifie. On raccourcit. Parce qu’on sait que sinon, on perd les gens. Parce qu’aujourd’hui, de plus en plus, notre attention est devenue fragile.

    On passe d’une vidéo à une autre, d’un sujet à un autre, d’une émotion à une autre, en quelques secondes.

    On scrolle sans vraiment s’arrêter. On consomme sans vraiment digérer.

    Et moi la première. Je l’ai déjà dit et je le répète : je ne cesse de réfléchir à ce système tout en continuant à en faire partie, et c’est d’ailleurs pour ça que le poids du paradoxe devient de plus en plus lourd à porter.

    Je peux le voir très clairement : cette hyperstimulation permanente a un impact.

    Sur ma concentration. Sur ma manière de penser. Sur ma capacité à rester plongée dans quelque chose. On a l’impression de chercher sans cesse à gagner du temps, mais du temps pour quoi ? Est-ce qu’on investit ce temps avec plus de qualité ou cherche-t-on juste à accumuler encore plus ? Les moments, les interactions, les expériences, le vide. Parce que parfois on court tellement après une chose à l’autre qu’on finit par ne jamais rien habiter vraiment.

    Rester avec une idée sans aller voir ailleurs demande presque une discipline. Comme si notre attention avait été entraînée à fuir. Et dans ce contexte-là, créer devient un défi étrange. Parce que pour “fonctionner” sur les réseaux, il faudrait capter cette attention volatile.  Faire court. Faire impactant. Faire simple.

    Mais ce qui m’intéresse, moi, ce n’est pas forcément ça.

    Je veux la nuance, la complexité, les détours. Je veux les choses qui prennent du temps à se déployer.

    Et j’ai parfois l’impression que ces deux logiques sont incompatibles. Ou en tout cas, qu’elles demandent un équilibre très difficile à trouver. Alors je me retrouve entre deux élans. Celui de créer profondément, sincèrement, sans contrainte. Et celui de vouloir que ce que je crée existe quelque part, soit vu, partagé, entendu.

    Et dans cet espace-là, il y a forcément de la confusion. Parce que derrière tout ça, il y a aussi une réalité très concrète : si je veux vivre de l’écriture, il faut que mes mots trouvent des lecteurs.

    Donc je reste. Pour la visibilité, maladroite, mais aussi et surtout pour laisser une trace, tel un journal de bord. J’adore revoir mes vidéos, j’adore relire mes textes, parce que ce sont autant de fragments de mon évolution, autant de pas sur le chemin que je parcoure.

    Les réseaux ne sont pas seulement un problème. Ils sont aussi un outil, un espace, un lien.

    Mais je ne peux pas ignorer le cadre dans lequel tout ça s’inscrit. Ce système où notre attention est la ressource principale. Où tout est pensé pour nous garder là. Pour nous faire revenir. Pour nous faire rester. Un système dans lequel nous ne sommes pas seulement utilisateurs, mais aussi produits. Nos regards, nos interactions, notre temps… tout est capté, orienté, valorisé. 

    Et ça a forcément des conséquences. Sur notre manière de nous percevoir, sur notre rapport aux autres, sur notre rapport au réel.

    On compare. On doute. On cherche à exister dans le regard des autres. On documente parfois plus qu’on ne vit.

    Et en même temps, on le sait. On sait que ce n’est qu’une partie de la réalité. Qu’une mise en scène. Qu’une sélection.

    Mais ça ne suffit pas toujours à neutraliser l’effet.

    Alors on oscille. Entre lucidité et participation. Entre rejet et attachement. Entre l’envie de se retirer… et la peur de disparaître.

    Et peut-être que c’est ça, au fond, le cœur du sujet.

    Pas seulement les réseaux en eux-mêmes. Mais ce qu’ils activent en nous.

    Notre besoin d’être vu.e, d’être reconnu.e, d’être validé.e. Et la manière dont ils exploitent parfaitement ça.

    Alors je n’ai pas de réponse parfaite. Je ne suis pas sortie du système. Je ne suis pas “au-dessus” de tout ça. Je navigue dedans, comme beaucoup.

    Avec plus de conscience qu’avant, peut-être. Mais toujours avec cette ambivalence.

    J’essaie, simplement, de créer des espaces. Des moments où je ralentis. Où je me détache. Où je reviens à quelque chose de plus réel, de plus ancré.

    Et surtout, j’essaie de ne pas oublier que ce que je cherche – le sens, la profondeur, la connexion – ne se trouve pas uniquement ici.

  • Je deviens moins sociable

    Je deviens moins sociable

    Je crois qu’au fond de moi, je le sais depuis longtemps, mais sans jamais vraiment mettre de mots dessus.

    Pendant des années, une grande partie de mon identité s’est construite à travers les autres.

    J’ai passé tellement de temps à nourrir cette part extravertie de moi – celle qui sourit, qui parle fort, qui connecte facilement – que j’en ai oublié l’autre. Celle qui observe, qui ressent, qui se recharge dans le silence.

    Petite, je me souviens m’être dit : “Je veux être Sarah”.

    Je voulais être celle qu’on remarque, celle qu’on connaît, celle qui brille au milieu des autres. Et pendant des années, c’est à travers leur regard que j’ai existé. À travers ce sentiment illusoire mais puissant d’être quelqu’un parce que les autres me voyaient.

    Et quelque part, je remercie cette version de moi. Grâce à elle, j’ai vécu mille rencontres, créé des liens ini,aginables, rempli des pièces de rires et d’énergie.

    Mais parfois je lui en veux un peu aussi. Parce qu’à force de vouloir plaire, elle a étouffé l’autre. Mon moi plus calme, plus lent, celui qui aime le silence, qui pense, qui rêve seul. Celui qui n’a pas besoin d’être vu pour se sentir vivant.

    Donner autant d’énergie aux autres, ça m’a toujours fatiguée. Je le savais, je le disais souvent. Mais je n’arrivais pas à comprendre ce qui clochait.

    Ma première année au bout du monde a, je crois plus que jamais, révélé beaucoup de ce combat intérieur. Petit à petit, j’ai commencé à saisir les détails de ce malaise. A un moment où j’étais tout le temps entourée. Seule, mais jamais seule. Et c’est dans ce trop-plein d’interactions que j’ai réalisé à quel point j’avais besoin du contraire.

    J’avais besoin de solitude, j’avais besoin de calme.

    Des moments où personne ne m’attend, où je n’ai rien à donner, rien à prouver.

    C’est fou comme on peut passer sa vie à chercher à être vu, alors qu’au fond, ce dont on a vraiment besoin, c’est de se voir soi-même.

    Cette part introvertie que j’ai si longtemps mise de côté, j’ai commencé à l’écouter. À lui redonner de la place, de l’espace, du temps. J’ai réappris à vivre selon mon rythme, et plus celui, sans répit, de la poursuite d’interactions permanentes.

    Plus j’avance, moins je cherche à rencontrer de nouvelles personnes. Là où avant je m’en nourrissais jusqu’au trop plein, où je remplissais mon temps libre par des cafés, des soirées, des moments davantage collectés que vécus réellement. J’accumulais les relations en même temps que grandissait la sensation d’être partout et nulle part à la fois.

    Aujourd’hui j’ai moins de relations mais j’y consacre plus d’attention.

    Si dans ce changement progressif, quoique radical, m’apporte une forme d’alignement, il ne se fait pas sans mal. Parce que toute ma vie je me suis construite à travers ma sociabilité. Alors remettre en question ce qui a toujours constitué une grande partie de mon être, c’est comme devoir redéfinir celle que je suis. Telle une maison en cendre qu’il faut désormais reconstruire. C’est réapprendre à me voir à travers autre chose que le prisme des autres.

    C’est plus qu’un changement, c’est un déplacement. Comme si le centre de gravité de ma vie se avançait doucement de l’extérieur vers l’intérieur.

    Mais ces moments seule que je chéris peuvent aussi parfois me paraître vides. Parce qu’ils me mettent face à moi-même. Quand le temps que je consacrais aux autres me revient à nouveau, qu’en faire ? L’énergie que je mettais vers l’extérieur se retrouve disponible pour nourrir mes projets intérieurs ; alors quand je n’avance pas comme je le voudrais, il n’y a plus personne à blâmer si ce n’est moi. Dès lors, c’est avec une facilité déconcertante que je peux m’enfermer dans mon monde intérieur, dire non aux sollicitations extérieures et me blottir dans les bras du silence. Mais ce n’est pas ce que je veux non plus; passer d’un extrême à l’autre. Trouver l’équilibre reste toujours mon plus grand défi.

    Avec ce changement, mon rapport aux émotions a lui aussi évolué.

    Pendant longtemps, je me suis définie comme quelqu’un d’hypersensible. Mes relations prenaient beaucoup de place dans ma vie émotionnelle et m’impactaient démesurément. Un mot, un détail, un silence. Mon esprit interprétait tout comme un potentiel rejet. Mon humeur dépendait presque toujours de la perception que j’avais du regard des autres. La façon dont je me sentais ou pas désirée, aimée, admirée, me touchait si fort qu’elle influençait la manière dont je me percevais moi-même.

    Au fil du temps, de mes remises en question, et du chemin parcouru, quelque chose a changé. Ou m’est apparu différemment.

    Je ressens toujours intensément ce que je vis. Mais je remarque que je passe à autre chose avec une facilité qui me surprend moi même.  Quand une relation ou un chapitre se termine, je ressens un déchirement mais pas forcément le besoin de m’y accrocher. Je continue d’avancer.

    Et parfois je me demande ce que ça signifie, ce que ça dit de moi.

    Est-ce une forme de maturité émotionnelle ?

    Ou est-ce simplement une façon de me protéger ?

    Peut-être un peu des deux.

    Pendant longtemps, j’ai cherché l’amour des autres  comme on cherche une preuve.

    Je voulais être aimée, admirée, reconnue – pas juste pour ce que je suis, mais pour ce que je donnais, pour ce que je faisais briller. Je disais que je ne courais pas après ça, mais au fond, chaque regard, chaque mot, chaque absence me traversait. Je confondais l’amour avec la validation, la chaleur des autres avec la valeur que je ne savais pas encore me donner.

    Aujourd’hui, je ne cherche plus à être choisie. Je veux être rencontrée.  Je veux des liens vrais, présents, sincères.  Pas des jeux de miroir, pas des dépendances déguisées en amour. Je ne demande plus qu’on m’aime pour me réparer. Je veux qu’on m’aime en conscience. 

    Je donne, je vis, j’aime sans me retenir. Mais quand ça ne résonne plus, je pars. Quand les chemins se séparent, je ne lutte pas. Pas de colère, ni d’amertume, mais de la paix. Parce que je sais que rien ne m’appartient, que tout est passage, rencontre, apprentissage.

    Et dans cette légèreté, il n’y a plus de fuite. Il y a juste la liberté d’être, et de continuer à aimer – sans attente ni attache, mais avec vérité.

  • un temps pour la réflexion

    un temps pour la réflexion

    Je bataille pour retrouver ce souffle créateur capricieux que l’on nomme inspiration. Je sais que je ne peux pas la contrôler. Je peux écrire, reformuler, articuler les mots machinalement ; mais sans elle, ils sonnent creux, ils apparaissent vides de sens.

    Alors, j’ai entrepris un voyage empreint de nostalgie à travers les vestiges de mon passé. Ces mots que j’avais écrits sur mon journal il y a des années. En parcourant les méandres de mes tournures de phrases, j’ai souri. Comme si je revoyais une vieille amie avec qui on plongeait à corps perdus dans nos souvenirs d’autrefois. Au fil des mots, j’ai revu des morceaux de mon passé, mais aussi de celle que je suis maintenant. Des questions, des pensées, qui m’envahissaient alors, et qui me traversent encore aujourd’hui.

    Au fur et à mesure que j’ai parcouru cette petite boite à souvenirs, je me suis rappelée à quel point l’écriture occupe une place centrale dans tout ce que je fais. Elle sera pour toujours l’oxygène qui me permet de respirer quand le poids de la vie m’étouffe. Je ne suis sûre de rien, mais c’est la seule chose dont je ne doute pas. Et alors que je cherchais désespérément l’inspiration, c’est dans mes propres mots que je l’ai retrouvée.

    Ce texte que j’ai écrit il y a sept ans m’a frappée. Tant il fait écho à ce que je ressens en ce moment. Il n’y a pas de hasard je crois. En le parcourant, mes yeux se mouillent. Cette vieille amie me rappelle ce que j’ai besoin d’entendre. Je m’étais fait la promesse de relire les mots qu’elle a écrits. Et alors qu’hier je me disais que je ne réussissais plus vraiment à trouver de quoi être fière de moi, ces mots me reviennent. Et j’ai envie de vous les partager tels quels, pour ne pas les vider du sens qu’ils ont pris avec le temps. La Sarah qui a écrit ce texte, elle allait avoir 25 ans. Et sept années plus tard, malgré les épreuves, les aventures, les évolutions, c’est elle qui m’apprend le plus. Et je sais qu’elle était loin d’imaginer que je relirai ses mots à l’autre bout du monde.

    Sept années plus tard, j’écris toujours en écoutant « Ólafur Arnald et Ludovico Einaudi, entre autres » et ces mots venus de mon passé ont résonnés encore plus fort dans mon coeur que toutes les notes de tous les pianos.

    un temps pour la réflexion

    « A l’heure où j’écris ces mots, il est 17h. Déjà. Je ne vois pas passer les heures. Ni les jours. Ni même les semaines. Dans un mois pile c’est mon anniversaire. 25 ans. Non, je ne vais pas m’en plaindre. Mais je dois admettre que c’est toujours une période particulière pour moi, mêlant nostalgie et espoir. Il faut dire que je suis née au mois de décembre, le mois qui sent le chocolat chaud et la fausse neige sur les guirlandes de Noël. Et la fin de l’année aussi.

    « Ô temps, suspends ton vol !« , écrivait Lamartine. Je le souhaite très souvent, pas vous ? La vie passe, ou plutôt elle s’écoule. Telle une rivière, un torrent dont on ne peut arrêter la course. Une sensation qui ne me quitte jamais. Chevillée à mon corps, accrochée à mon esprit. J’ai peur de ne pas avoir assez de temps. Pas assez pour savourer chaque moment. Pas assez pour découvrir, voyager, explorer, aimer, apprendre, tomber, me relever, grandir… vivre. Oui c’est ça, j’ai peur de ne pas vivre assez.

    25 années. J’écris en écoutant quelques morceaux au piano (Ólafur Arnald et Ludovico Einaudi, entre autres), ce qui je vous l’avoue, donne à tout cela une dimension quasi théâtrale, dramatique même. Ne m’en voulez pas. 25 années disais-je. N’est-ce pas un peu tôt pour avoir peur du temps ? Il ne faut pas trop fantasmer son avenir, cela crée des attentes qui ne seront jamais atteintes (en tout cas jamais dans les moindres détails). Et pourtant c’est ce que j’ai toujours fait. A 15 ans, il me semblait que dix années représentaient l’éternité. Ai-je accompli tout ce que j’avais imaginé ? Non. Mais est-ce le plus important ?

    Les projets et les objectifs changent, évoluent. Comme nous. Vous savez, j’ai tellement de rêves. Certains ne seront jamais réalisés, j’en suis consciente. Mais j’ai parfois du mal à m’y résoudre. Un peu comme pour tous ces livres que je ne lirai pas, tous ces endroits que je ne visiterai pas, tous ces gens que je ne rencontrerai pas, tous ces savoirs que je n’apprendrai pas. J’ai besoin d’intensité et de démesure. Quand on me demandait ce que je voulais faire dans la vie, je n’ai jamais su quoi répondre. Pas parce que je ne sais pas, mais parce qu’il y a bien trop de choses que je veux faire. Indécise, peut-être. Insatiable, souvent. Idéaliste, toujours.

    Comment faire quand on n’a qu’une seule vie ? Essayer de trouver le remède, comme le chantait Gérald de Palmas ? Je n’ai pas la réponse. Je ne peux pas me contenter de peu. Je ne veux pas. Une pensée flotte inlassablement dans mon esprit : j’aimerais réaliser de grandes choses. Et cette pression fantasmagorique pèse sur mes épaules. C’est mon épée de Damoclès. Mais qui est juge de la grandeur de mes actions, si ce n’est moi ? Moi qui suis plus exigeante avec moi-même que n’importe quelle autre personne. Je devrais apprendre à être plus indulgente, je le sais. J’y travaille.

    Parce qu’une vie remplie est-elle une vie réussie ? Est-ce dans la quantité que l’on trouve le bonheur ? N’est-ce pas plutôt dans l’intensité avec laquelle nous décidons de vivre chaque instant ? La valeur d’un moment n’est-elle pas celle qu’on lui accorde tout simplement ? On pourrait croire que je vous pose ces questions, mais c’est surtout à moi et à ma conscience que je m’adresse. Écrire est une thérapie souvenez-vous en. C’est une façon de se parler à soi-même mais en y incluant un interlocuteur possible, pour se sentir moins fou peut-être. Ouvrir une réflexion pour moi, et essayer de trouver un écho chez ceux qui me liront.

    Il est 19h. C’est fou, une fois de plus je n’ai pas vu le temps passer. Et au terme de ces considérations sur fond de piano, je sens que de grandes choses arrivent. Je le sais parce que c’est moi qui choisis de les considérer comme telles. J’ai longtemps cru que je n’étais pas assez. Mais ce n’est pas ça, non. Je suis, nous sommes tous, un livre qui s’écrit page après page. Serait-ce si cliché de dire qu’il ne tient (presque) qu’à nous de rendre cette histoire aussi belle et heureuse que nous le souhaitons ? Et si j’en doute encore (ce qui arrivera), je viendrai relire ces dernières lignes, je m’en fais la promesse. Le temps n’est pas notre ennemi, il suffit de faire comme s’il n’existait pas. Et vivre. »

  • est-ce que le bonheur, c’est réussir ?

    est-ce que le bonheur, c’est réussir ?

    Je sais combien c’est dur pour moi de ne rien faire, de juste être là. Quand je dis ne rien faire, je pense à ne rien faire de productif.  

    Je suis toujours partagée entre profiter de la vie d’un côté, vivre le moment présent, dépenser sans compter, voyager, collecter les souvenirs,… et puis d’un autre côté travailler dur pour réussir, devenir indépendante financièrement, oserais-je dire, construire mon empire… Et j’ai du mal à trouver l’équilibre entre les deux parce que quand je fais l’un, mon esprit me dit que je devrais faire l’autre.

    J’ai souvent entendu : “travaille pour atteindre tes objectifs”  mais est-ce que la réussite de nos objectifs, ça nous rend forcément heureux ?

    Je crois qu’on voit trop souvent sa vie à travers des objectifs à atteindre, des destinations, des projets. Au final, davantage sous le prise de l’avenir, que dans l’instant présent.

    Moi la première. 

    On pense à la destination plus qu’au voyage alors que c’est précisément le voyage qui nous enrichit, qui nous transforme.

    Si je prends l’écriture, par exemple… j’ai envie d’en vivre, d’écrire mes livres, de mener à bien mes projets, d’ouvrir mon café culturel; mais en même temps je sais aussi que c’est surtout quelque chose que j’aime profondément, quelque chose qui me fait du bien en soi. Je n’ai pas envie d’en faire des cases à cocher, précisément parce que ça les dépossèderait de leur substance.

    Je pense c’est aussi important de voir les choses pour ce qu’elles sont et ce qu’elles nous apportent.

    J’adore apprendre de nouvelles choses. Et c’est ok de le faire même s’il n’y a aucun autre but que celui de se faire plaisir. Faire quelque chose parce que ça nous interesse, parce que ça nous plait. Se détacher de la contrainte de l’objectif. Ce qui ne nous empêche pas d’en ressortir quelque chose après. Mais on s’enlève ainsi probablement beaucoup de pression.

    Oui c’est important d’avoir une direction, ça permet de ne pas se sentir perdu… Mais peut-être aussi que c’est ok de se sentir perdu, non ? Ça ne veut pas dire qu’on l’est vraiment. Ça fait partie du processus. Ça nous invite à nous interroger sur ce qu’on a envie de faire, et puis à chercher des chemins pour y arriver.

    On confond souvent bonheur et réussite. Comme si être heureux, c’était forcément avoir réussi.
    Réussi quoi, d’ailleurs ? Une carrière ? Une relation ? Une vie “stable” ?
    On court après des objectifs qu’on nous a appris à désirer, sans trop savoir si ce sont vraiment les nôtres.
    On vit pour des finalités, des étapes, des cases à cocher, alors que le plus important, c’est jamais vraiment la destination, mais le chemin.
    C’est ce qu’on devient en marchant, en trébuchant, en recommençant.

    Si on atteignait ces fameux buts sans effort, sans détour, sans doute ni apprentissage, qu’est-ce qu’on en retirerait vraiment au final ?
    Le sens vient du mouvement, pas du résultat.
    C’est dans le voyage qu’on se découvre.

    Moi, j’ai envie de voir la vie comme un grand terrain de jeu.
    Un univers infini, comme dans un jeu vidéo : il y a des mondes à explorer, des épreuves à passer, des missions à accomplir.
    Dans chaque monde, on apprend de nouvelles compétences, on rencontre des gens, on découvre des bouts de soi.
    Et puis, quand on a fait le tour, on peut changer de décor, repartir ailleurs, recommencer le processus.
    Il n’y a pas de hiérarchie entre les mondes. Pas de “meilleur” ou de “pire” parcours.
    Juste des expériences, des apprentissages, des morceaux de vie qui s’assemblent comme un immense puzzle.

    Je crois que le vrai but, c’est ça : expérimenter.
    Essayer, échouer, aimer, recommencer, apprendre.
    Créer un patchwork fait de mille morceaux disparates, mais qui forment un ensemble cohérent — un ensemble qui nous ressemble.

    Parce qu’au fond, le bonheur, ce n’est tant pas d’avoir réussi sa vie.
    C’est de l’avoir vécue tout court.

  • less scrolling, more living

    less scrolling, more living

    J’écris ces quelques mots au bord d’une plage en Tasmanie. Il est sept heures du matin. La mer est calme, l’air est frais, le soleil est discret mais doux. Il n’y a que moi et le bruit de vagues. Des vagues timides, mais dont les délicats va-et-vient m’offrent un apaisement sans nul autre pareil.

    Quand je pars loin de ma routine, plus que jamais, je ressens cette envie lancinante de déconnecter. Me couper de tout, faire le vide, ralentir, savourer l’instant présent.

    Et pourtant, il y a toujours cette petite voix dans ma tête, qui apparait sans crier gare. Cette petite voix qui fend la quiétude de ces moments suspendus de vie, qui me rappelle à l’ordre, qui me dit : n’oublie pas de partager ce que tu vis, n’oublie pas de donner des nouvelles, n’oublie pas d’écrire, n’oublie pas tes projets, n’oublie pas de laisser une trace.

    En moi se crée alors dans un même mouvement, le besoin de disparaitre et l’urgence d’être là.

    Cette ambivalence entre vivre et montrer, elle est finalement toujours présente en moi, mais plus encore dans ces moments d’échapées belles, dans ces moments où la lenteur remplace le tumulte de la vie quotidienne, et où le bruit de mes pensées devient alors impossible à ignorer.

    Être seule et écrire sont des besoins vitaux chez moi ; c’est ce qui me permet de recharger mes batteries en même temps que je décharge ma tête. Mais ça me renvoie aussi à cette envie de créer, partager, connecter, qui vit en moi.

    Et alors j’ai cette impression étrange d’avoir en moi deux voix, sans savoir laquelle suivre. J’ai l’envie de me laisser emporter par l’inertie de la lenteur, de la douce déconnexion avec l’extérieur, et en même temps je ressens cette tension en moi qui m’empêche de lâcher totalement prise.

    Et la sensation de ne pas faire assez s’immisce en moi. Je vois toutes ces images, tous ces mots sur les réseaux, et je sens émaner du fond de mon ventre toute la pression que je me mets de produire. Pas seulement par rapport à ce que je vis, mais aussi par rapport à ce que j’écris, à ce qui m’anime.

    Je sais pourtant que l’inspiration précède la création, et je refuse de créer parce qu’il le faut, mais c’est pourtant quelque chose qui dort en moi. Réveillé par la peur de ne pas être assez, de ne pas exister aux yeux des autres, d’être oubliée.

    Oui je le sais.

    Alors me voilà sur cette plage, le visage baigné par les rayons chauds du soleil, à déposer sur le papier ces pensées dissonantes, avec l’envie d’en partager les remous, peut-être comme si je cherchais à me justifier de ne pas publier autant que je le voudrais. Et c’est finalement ce qui me permet en fait de verbaliser que c’est ok.

    Avec le bruit des vagues, et mon carnet dans les mains, je réussis, un peu comme une lueur qui réapparait entre les nuages, à me dire que je suis en paix avec ça. Il n’y a qu’un rythme que je peux suivre et c’est le mien.

    Et même si cette voix revient – et elle reviendra – je relirai alors ces mots. Je me rappellerai que la vie est faite de ce mouvement perpétuel, de ces oscillations entre nos différentes versions de nous. Qu’être lucide sur ce qu’on ressent, même si on ne veut pas le ressentir, c’est déjà une preuve qu’on a évolué. Et puis surtout, que la présence d’un moment suspendu, où plus rien ne compte si ce n’est ce moment précis, peut être plus forte que le brouhaha des projections de ce qui existe en dehors de ce même moment.

    Partager ce qu’on vit, ce qu’on pense, ce qu’on ressent, c’est beau, ça crée du lien, ça crée un écho. Mais c’est d’abord le fait même de vivre, penser, ressentir qui, au-delà de tout, nous rend vivants.

  • se détacher des projections

    se détacher des projections

    Il y a quelque chose que j’observe énormément autour de moi.
    Et que j’ai longtemps fait moi aussi.

    La tendance à projeter.

    Projeter sur les gens.
    Projeter sur les relations.
    Projeter sur les lieux, les projets, les vies qu’on imagine possibles.

    Souvent, ça commence de manière presque invisible, imperceptible.

    Si je prends l’exemple des relations, on rencontre quelqu’un, et certaines choses font écho en nous. Une énergie. Une façon d’être. Une attention. Une sensibilité.
    Et parfois, ça touche quelque chose de plus profond : un manque, une peur, un besoin, un désir d’être vu.e, choisi.e, rassuré.e, reconnu.e.

    Et à partir de là, on commence à construire une histoire.

    Comme si on avait quelques pièces d’un puzzle et qu’on recréait toute l’image à partir de ce qu’on imagine dans notre tête.

    J’ai beaucoup observé ça chez mes amies, dans leur rapport avec les hommes (sous un prisme hétérosexuel en tout cas).
    Je sais que ce n’est pas uniquement féminin mais je remarque que chez beaucoup de femmes, il y a probablement aussi tout le poids des représentations : l’amour, le couple, la réussite relationnelle, le fait d’être choisie, validée, construite à travers le regard de l’autre.

    Et parfois, je les vois s’accrocher à une histoire qu’elles ont commencée à écrire dans leur tête.

    Une personne montre quelques signes d’intérêt.
    Quelques gestes.
    Quelques mots.

    Et tout autour, l’imaginaire s’active.

    Et ce n’est pas volontaire.
    C’est juste profondément humain.

    Notre cerveau fonctionne avec des raccourcis.
    Il y a ce qu’on appelle le biais d’ancrage : la première impression, la première information reçue devient une base, une “ancre”.
    Et puis, à partir de là, on va progressivement et inconsciemment chercher tout ce qui confirme cette première impression… et ignorer ce qui la contredit. C’est le biais de confirmation.

    Alors on ne voit plus vraiment la personne telle qu’elle est.
    On voit la personne telle qu’elle confirme l’histoire qu’on s’est racontée.

    Et plus on y pense, plus on en parle autour de nous, plus on nourrit cette narration intérieure. Plus on lui donne de la matière. On la renforce. On la rend presque réelle. Mais elle reste… intérieure.

    Et le problème, c’est que pendant ce temps-là, la réalité, elle, évolue. Les gens évoluent. Les situations bougent. Et ça en dehors de ce qu’on avait construit dans notre esprit. 

    Et quand la réalité finit par entrer en collision avec ce qu’on avait imaginé, ça peut être brutal. Parce qu’on ne perd pas seulement une relation, une opportunité, une possibilité.
    On perd l’histoire qu’on avait construite autour.

    On ignore souvent les éléments qui viennent contrecarrer le scénario qu’on a dans la tête. Parce que c’est compliqué d’admettre qu’on s’est trompé.e, ça nous met en position de dissonance cognitive, cet inconfort mental où la réalité ne correspond plus à nos croyances, à l’histoire qu’on s’était racontée.

    Alors parfois, on s’accroche. On insiste. On espère encore. On réinterprète la réalité pour qu’elle colle à ce qu’on avait imaginé. Mais ça finit par faire souffrir. Parce qu’on nourrit quelque chose qui n’existe que dans notre tête. Et plus on l’alimente, plus on s’y enferme.

    C’est un schéma qui ne concerne pas que les relations. C’est aussi vrai pour les lieux où on fantasme vivre, les jobs qu’on idéalise, les façons de vivre qu’on fantasme, les versions de nous-mêmes qu’on pense devoir devenir.

    On prend quelques éléments réels… et on construit un monde entier autour.

    Sauf que ça crée des attentes. Beaucoup d’attentes. Et les attentes, quand elles reposent sur des projections, finissent presque toujours par nous blesser.

    Parce que le monde extérieur n’est pas contrôlable. Les gens ne sont pas contrôlables. Les situations qui sont autour de nous ne sont pas contrôlables.

    Ça a été un processus long pour moi de comprendre ça.

    Aujourd’hui, j’essaie de prendre les choses comme elles sont. Les gens, les situations, la vie. Sans projeter ce que je ne peux pas contrôler. Et paradoxalement, c’est ça qui m’a redonné du pouvoir.

    Parce que le seul endroit où on a vraiment du contrôle, c’est sur nos pensées, nos choix, nos actions. Et quand on commence à déconstruire ces projections, quand on commence à lâcher prise sur ce qu’on ne peut pas maîtriser, on enlève un poids énorme. Surtout dans les relations.

    Parce que projeter des attentes sur quelqu’un — basées sur nos peurs, nos manques ou nos besoins — ça peut être étouffant.
    Et je sais d’ailleurs que moi, quand quelqu’un projette trop sur moi… ça me fait prendre mes distances.

    Alors que quand il y a moins d’attentes, les relations deviennent plus naturelles. Plus libres. Plus vraies. Et paradoxalement, plus solides, parce que plus ancrées dans la réalité et dans le moment, moins que dans la projection d’un potentiel futur.

    Il y a peut-être une forme de détachement là-dedans. Mais pas un détachement froid.  Un détachement lucide. Un détachement apaisé. Prendre les gens, les choses, les situations pour ce qu’ils sont. Pas pour ce qu’on voudrait qu’ils soient. Et reprendre le pouvoir là où il existe vraiment : dans notre manière de voir, dans notre manière d’agir, dans notre manière d’habiter le réel.

    Aujourd’hui, je crois que c’est précisément ce qui m’apporte le plus de paix. Avec moi-même. Et avec les autres.

  • le vide du trop

    le vide du trop

    Je passe tellement de temps à penser à tout ce que je dois faire qu’au final je n’ai rien fait.

    Au-delà d’un constat personnel, j’ai la sensation qu’il s’agit d’un climat général, que j’observe partout autour de moi. Notre attention est si fragmentée, qu’elle en devient soluble. Nos pensées sont sans cesse interrompues, sollicitées, appelées ailleurs. Tout est là, tout le temps, à portée de main, et pourtant rien ne reste.

    Byung-Chul Han parle d’une société de la performance et de la transparence, où tout doit être visible, réactif, immédiat. Le problème n’est peut-être pas qu’on pense trop, mais qu’on pense sans profondeur, parce qu’on est constamment tiré hors de soi.

    La dispersion devient alors une forme de fatigue existentielle. On saute d’une idée à l’autre, pas nécessairement par curiosité, mais par incapacité à rester avec une seule chose assez longtemps pour qu’elle prenne corps.

    C’est là que naît la charge mentale : trop de possibles, trop de canaux, trop de stimulations, trop peu de silence.

    On accumule des idées comme on accumule des onglets ouverts.
    Tout coexiste, tout se superpose, rien ne s’imprime vraiment. Et dans ce flot d’idées, il y a souvent une paralysie douce : celle de ne même plus savoir par où commencer.

    À force d’être exposés à tout, on devient blasés.
    Presque indifférents, parce que saturés.
    Les pensées n’ont plus le temps de s’enraciner. Les envies n’ont plus l’espace de devenir des élans. On effleure beaucoup, on approfondit peu. On consomme des idées comme des contenus, en superficialité, rapidement, sans toujours les digérer.

    Il existe une sorte d’hyperdisponibilité induite par l’hyperconnectivité : être joignable en permanence, c’est ne plus jamais être pleinement absent au monde extérieur, donc jamais pleinement présent à soi. 

    Nous ne sommes plus seulement des êtres qui vivent, mais des êtres qui optimisent leur existence. Chaque idée devient un projet potentiel. Chaque moment, un contenu possible. Chaque silence, une occasion manquée.

    Que devient le repos, le vrai ? Que devient l’ennui ? Est-on seulement capable de ne rien faire ?

    Culturellement, on valorise la productivité, la croissance, la visibilité, le résultat. Nous vivons dans le culte de la performance. Comme si être ne suffisait plus. Il faut prouver qu’on est.

    Le glissement du « je veux » vers le « je dois » est tragique : ce qui naissait du désir devient une obligation. Même la création se transforme en tâche.

    Je me suis toujours convaincue que je faisais des listes pour organiser mon esprit brouillon, mais je crois qu’il y a derrière ça quelque chose de plus insidieux : la peur de ne pas faire assez. Et là surgit en fonction de l’accomplissement de nos tâches, fierté ou culpabilité. Comme si la productivité était un critère de réussite de notre journée. Comme si notre vie était une entreprise destinée à faire du profit.

    Ce tiraillement entre la quête incessante d’être soi et la volonté lancinante de prouver qu’on existe, dit quelque chose de notre humanité contemporaine : on a appris à exister vers l’extérieur, parfois au détriment de l’habitation intérieure.

    Le problème, au final, ce n’est pas qu’on manque de temps, mais qu’on manque de présence.
    On a beau avoir plein d’idées, on n’en habite aucune assez longtemps pour qu’elle nous transforme.

    Tout devient projet potentiel, performance possible, chose à montrer.
    Et vivre glisse lentement du côté du faire.
    Du côté de l’optimisation.
    Du côté de ce qui se mesure, se partage, se justifie.

    Dans ce trop-plein permanent, quelque chose se vide.
    Le goût.
    L’élan.
    La profondeur.

    Le vide du trop, ce n’est peut-être pas tant l’absence de sens, mais son étouffement.
    Peut-être qu’il ne s’agit pas d’ajouter encore, mais de fermer quelques onglets.
    De recentrer son attention, et sa présence, au moment que l’on vit.
    Jusqu’au bout.

    Décider de ne pas devenir esclaves de cette performance à outrance, de l’algorithme, de cette image qu’on essaie de créer, devient alors peut-être un acte de résistance.

  • 2026

    2026

    Premier jour de 2026.

    En un claquement de doigt, 
    une étincelle dans le ciel,
    on passe de la fin au commencement.

    Je réalise combien j’ai appris sur moi
    ces dernières années,
    et plus encore ces derniers mois.

    J’ai longtemps cherché ce qui me ressemblait,
    ce qui me faisait vibrer,
    ce qui me donnait ce sentiment de liberté.

    Et dans cette quête du toujours plus,
    j’ai découvert tellement –
    sur moi, sur les autres, sur le monde.

    Mais je me suis aussi perdue.

    Dans mes excès,
    mes peurs,
    mes doutes,
    mes démons.

    Aujourd’hui, je sais
    qu’il me reste encore beaucoup à apprendre.
    Mais je sens aussi que j’arrive à la fin d’un cycle.

    Comme si j’avais grandi jusqu’ici.
    Comme si j’avais collecté, une à une,
    les pièces qui ouvre le prochain niveau. 
    Comme si ce prochain niveau était devant moi. 

    Il est arrivé le moment d’évoluer
    vers une toute nouvelle version
    de ce que je suis,
    et de ce que je vis.

    Pour 2026, ni résolutions
    ni promesses à tenir.
    Je fais de la place;
    je me laisse de l’espace.
    Pour devenir.

  • quand tout bascule

    quand tout bascule

    Je ne sais pas bien par où commencer. Alors je vais commencer par Bondi.
    Parce que pour moi, Bondi, c’est devenu synonyme de maison. 
    Je me sens connectée à Sydney de manière générale. Mais Bondi, en particulier, me donne ce sentiment de sécurité, ce sentiment de paix que j’ai ressenti dès la première fois que j’y ai mis les pieds.
    J’y ai vécu des moments inoubliables, malgré le monde, malgré le bruit. Y revenir après dix mois, c’est un peu étrange. Revenir là où tout semble identique, mais où tout a changé pourtant. Comme moi. 
    Ce retour c’est à la fois la douceur de retrouver un chez moi, mais la sensation d’être en décalage avec tout ce qui est autour de moi.

    Et alors que, dans ces premiers balbutiements, je me reconnecte doucement avec de nouvelles habitudes, l’impensable arrive. 
    Des coups de feu qui viennent exploser la bulle de candeur de ce dimanche d’été. Je suis à 200 mètres du lieu où ça tire. 
    Je me souviens de ces bruits lourds qui fendent l’air. La musique qui s’arrête, les affaires laissées au sol, les cris des enfants. L’incompréhension qui fait place à la survie. J’ai couru, je me suis réfugiée avec mes amis. J’ai eu peur. Peur pour moi, pour tous ceux que je connais à Bondi, pour l’endroit que j’aime. C’était rapide. C’était brutal. 

    Et depuis, tout est remonté. Le décalage que je ressens depuis mon retour, les anciennes peurs, les doutes, les questionnements, mon corps encore fragile, ma vie bruxelloise laissée derrière moi,… Tout se mélange. Je me sens paralysée. Comme si j’avais appuyé sur pause. Sans savoir encore comment relancer la machine. Aujourd’hui, alors que mon cerveau peine encore à réaliser tout ce qui s’est passé depuis une semaine, j’essaie de comprendre. Comprendre ce qui, dans tout ce méli-mélo de pensées, relève de la guérison, de l’épuisement, de l’intuition, de la peur ou simplement du temps qu’il faut laisser passer.

    _______________________________________________

    Contexte

    Après les évènements qui se sont passés à Bondi ce dimanche 14 décembre 2025, le temps semble s’être arrêté. Je suis passée par plusieurs phases, et je continue de traiter ce tourbillon d’émotions et de pensées que j’ai dans la tête.

    Ces derniers jours, j’ai vu passer beaucoup d’images de Bondi. Des vidéos lumineuses, des mots doux, des hommages. Et je crois que c’est aussi une manière, pour beaucoup, de travailler ce qui s’est passé. Moi, j’avais pas envie de donner l’impression de surfer sur une vague, celle d’un attentat qui a fait de nombreuses victimes et qui nous a profondément affectés. Mais ce que j’ai vécu, et ce que cet événement a réveillé en moi, j’avais besoin de le déposer quelque part.

    Beaucoup de choses sont remontées. Cette sensation brutale que la vie tient à un fil. Que chaque décision qu’on prend a des conséquences. Et que parfois, quand tout se mélange – le choc, le changement, la fatigue, les peurs – ça devient difficile de (re)trouver ses repères.

    Alors voilà, je vous partage ça. Sans conclusion, sans grande leçon, sans phrase inspirante. Juste avec l’envie de déposer quelque chose que je traverse.
    Et peut-être, aussi, de faire écho, à celles et ceux qui ressentent ce flou, sans réussir à trouver les mots.

  • changer d’air

    changer d’air

    Pendant longtemps j’ai pas été heureuse. 

    Pas heureuse, c’est peut-être fort,
    mais disons que j’avais une sensation inconfortable,
    une sensation de vide qui était toujours présente en moi.

    J’avais ce sentiment de pas vivre vraiment. 
    Ou en tout cas de pas vivre ce que j’avais envie de vivre. 
    Tu sais, un peu l’impression de subir.
    En pilote automatique.

    Mes démons et mes traumas,
    j’ai travaillé dessus, je le sens.
    C’est encore présent,
    comme mon hypersensibilité.
    Mais pas de la même manière qu’avant.
    Et pourtant, ça m’arrive encore de ressentir cette dissonance.

    Parfois, on se sent pas bien, on a l’impression de pas avancer,
    et on croit que le problème c’est nous.
    Mais peut-être que le problème c’est pas que nous. 
    Peut-être que cette sensation elle vient aussi
    de l’environnement dans lequel on vit,
    des habitudes qu’on répète,
    des gens qui nous entourent. 

    Parfois, peut-être qu’on a juste besoin de partir. 

    Changer d’air.
    Changer de ville,
    changer de pays,
    changer de routine,
    changer de cercle. 

    Explorer l’inconnu,
    créer de nouveaux liens,
    essayer quelque chose de différent.

    Pour se comprendre.
    Et comprendre ce qui aidera notre développement.
    Comprendre qu’il ne suffit pas juste
    de se changer soi-même,
    mais que changer ce qui nous entoure
    fait aussi partie du processus.
    Ça fait toute la différence.

    _______________________________________________

    Contexte

    Parce qu’évidemment, le bonheur, c’est lié à nous, à notre façon de voir les choses, mais pas que.
    On verra pas une plante grandir et se développer sainement, si le sol dans lequel elle prend racine ou les conditions qui l’entourent ne sont pas faits pour elle…
    Et c’est la même chose pour nous.
    C’est pas simple, ça demande du temps souvent, des remises en question, et puis surtout un apprentissage de soi.

    Quand on a changé sa manière de voir les choses, les gens, le monde, et soi-même, revenir dans des lieux chargés d’anciennes versions de soi, c’est étrange. Les souvenirs, les gens, les habitudes.
    On se retrouve face à quelque chose qui n’existe plus vraiment en nous et qui nous met justement face à nos changements.

    Apprendre à se connaître, c’est aussi ça je crois :
    savoir lire ses ressentis, reconnaître ce qui nous fatigue et ce qui nous élève.
    Comprendre ce qu’on veut, pour mieux discerner ce qui est bon pour nous.

    Dire « ok, j’ai changé », c’est aussi apprendre à dire non.
    Non à certaines habitudes.
    Non à des schémas qu’on répète par confort ou par fidélité au passé.
    C’est pas rejeter ce qu’on a connu,
    mais juste avoir compris que ce n’est plus ce qu’on veut.