écrire sur l’amour

Je n’ai jamais vraiment écrit sur mes histoires d’amour.
Ou alors si je l’ai fait, c’est à demi-mots. 
Cachée derrière des images, des généralités, des pirouettes stylistiques.
Pas vraiment de contexte. Pas vraiment de concret.

Je crois que je me suis longtemps empêchée de partager là dessus. La volonté peut-être de laisser planer une certaine part de mystère autour de moi. Autour de mon intimité. 
Là où je divertis souvent mon entourage avec mes histoires, je ne transpose rien à l’écrit.
A peine dans les brouillons de mes carnets.
Le “petit papillon” que je suis ne laisse pas vraiment de trace.
Comme si j’étais distante, « au-dessus de tout ça » ?
La Sarah qui ne s’attache pas.
De nouveau, je me suis enveloppée dans une image de moi, davantage que dans la réalité de mes ressentis.
Jusqu’à ce que cette image devienne ce que je pense être.
Et pourtant, bon nombre de relations qui ont jalonné ma vie, même les plus brèves, m’ont réellement appris beaucoup sur moi.

Je crois que je suis juste terrifiée.
Terrifiée de vivre ces moments,
vulnérable, amoureuse, floue.
Terrifiée d’en laisser une preuve quelconque.
De ne pas être l’héroïne de mes histoires.
De ne pas être aimée en retour.
Et terrifiée aussi qu’on puisse me voir comme ça.

Alors j’ai toujours préféré écrire sur mon rapport à l’amour en général, plutôt que sur mes amours.
Ou alors sur moi,
mais la version de moi qui a le contrôle.
Moi, moi, moi. L’ego légitime.
Dans un rapport de force ; avoir l’ascendant ; avoir le rôle de celle qui décide.
Jusqu’à ce retournement.
Une histoire, qui n’est pas vraiment une histoire d’amour.
Une histoire d’amour qui n’a pas eu lieu.
Une non-histoire d’amour.
Quelque chose qui était,
quelque chose qui existait.
Sans qu’on puisse vraiment le nommer.
Et c’est peut-être justement pour ça qu’elle avait besoin d’être écrite.
Parce que je n’ai pas trouvé d’autre endroit pour la déposer.

Moi qui suis de celles qui ne courent pas après l’autre. Jamais.
De celles qui (se) laissent croire que ce sont elles qui décident.
Avec lui, il y a eu ce glissement, que j’ai feint d’ignorer.
Plus je faisais semblant de ne rien ressentir, plus ça vibrait. Fort.
Trop fort.
J’ai réécrit cent fois l’histoire.
Et je l’ai recouverte de toutes les couches de contrôle que je connais.
L’ironie, la distance, la séduction qui tourne court.
Un combat permanent de mon ego,
contre l’obsession d’un amour qu’on projette

Aujourd’hui, le drap de fantasme qui a pendant un temps enrobé cette histoire n’est plus.
Et c’est finalement très moi : aussi vite je monte, aussi vite je tourne la page.
Mais tout ça m’a poussée à écrire.
À me poser des questions sur ma peur d’être aimée et d’être quittée. Sur mon ego.
Et aussi sur ma capacité à me raconter honnêtement.

Ce qui compte, c’est que cette non-histoire m’a laissée face à quelque chose que je fuis depuis toujours :
la peur de me dévoiler quand je ressens.
Une peur qui m’a toujours poussée à vouloir tout contrôler, à ne pas m’attacher, et à ne surtout pas montrer que ça pouvait arriver. Alors que là, j’ai fait tout l’inverse :
Me montrer vulnérable.

Au final, l’histoire, maintenant évaporée, importe peu.
Ce qui compte, c’est le sentiment qu’elle m’a laissé, et la transformation qu’elle a déclenchée.
Elle m’a appris qu’aimer, c’est prendre un risque.
Celui d’être fragile, celui d’être rejetée.
Peut-on d’ailleurs vraiment parler de rejet quand on choisit en conscience de s’abandonner à ce qu’on ressent ?
J’ai compris que je pouvais lâcher prise, laisser venir les choses sans chercher à tout contrôler.
Que ne pas être choisie, ça ne veut pas dire ne pas être aimable.
Que parfois, nos projections, nos désirs et notre ego brouillent ce dont on a réellement besoin.
Et qu’à force d’avoir longtemps chercher à être désirée, je me suis souvent privée de simplement vivre ce qui était là,
sans protection, ni projection.

Alors peut-être que c’est ça tout le propos de l’amour :
accepter d’être vu.e dans sa fragilité ;
et reconnaître que ce qui nous reste à chaque fois, ce n’est pas l’autre, mais le chemin qu’on a parcouru à l’intérieur de soi.

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