(j’ai commencé à écrire ce texte dans mon carnet le 19 juin 2025)
Mais c’est quoi l’amour en fait ?
L’amour ou l’attirance ? L’affection ? La projection? Ou même le fantasme de ce qui pourrait être ? S’il existe plusieurs amours, comment savoir celui dont on a besoin ? Celui qui nous correspond le mieux ? N’existe-t-il pas un amour propre à chaque personne ? Et donc par extension, à chaque relation ?
J’en reviens donc à cette question. Peut-on aimer plusieurs personnes à la fois ? Amoureusement, passionnément, intellectuellement, tendrement, affectueusement, romantiquement,… De multiples façons ? Relations libres, polyamour… ce sont des notions qui m’ont toujours intriguée, fascinée, interrogée. Je me disais que c’était probablement le paroxysme du détachement de l’égo dans une relation, mais j’ai longtemps cru que je ne pourrais jamais vraiment vivre ça. Aujourd’hui, j’ai du mal à m’imaginer dans une relation qui soit strictement exclusive. Pas parce que j’ai nécessairement envie d’aller voir ailleurs – même si l’instinct de conquête est grand chez moi et que cette phase de séduction agit comme un shot de dopamine – mais parce que je n’ai pas envie qu’on puisse m’en ôter la possibilité. Parce que la condition essentielle à mon épanouissement c’est l’absence du sentiment de possession.
Possession. Un mot fort, oui, et pourtant c’est ce qui caractérise souvent la relation amoureuse exclusive telle qu’on la connaît. “Je suis à toi”. La notion d’appartenance y tient un rôle central, en ce qu’elle justifie les limites qu’on lui donne. Dans une relation libre, j’ai l’impression qu’on s’en éloigne. Autant que faire se peut. On aime l’autre en soi, pas pour le sentiment de l’avoir. On n’a pas les gens, on ne les possède pas, personne ne nous appartient. Même sans mettre d’étiquette, se détacher de ce sentiment nous fait avancer vers une autre vision des rapports.
Mais peut-on aimer sans avoir un peu peur de perdre l’autre ? J’ai longtemps cru que l’attachement venait indissociablement avec cette peur. Et pourtant, aujourd’hui je crois qu’on peut aimer dans l’éphémère. Sans penser au futur, en ne projetant pas sans cesse le fantasme d’un avenir fait de potentiels possibles et de désirs illusoires. Juste ici et maintenant. Parce qu’il n’y a que ça qui compte, non ?
Alors oui je sais, on peut se demander si c’est réellement désirable ? De ne vivre que dans l’instant présent, dans ce que la relation est, et sans imaginer ce qu’elle sera. Est-ce que c’est juste un attachement sans dépendance ou ce n’est alors au final qu’une certaine forme de détachement ? Je suis dans cet entre-deux permanent à vrai dire. J’ai envie de croire qu’on peut aimer les gens en acceptant qu’ils ne seront pas nécessairement dans notre vie pour toujours. Je sais qu’on a aussi besoin de certitude, de se projeter … Mais c’est peut-être ça le problème ?
Moi, je sais que je fais ma vie seule. Peu importe la multitude de relations et d’aventures que j’expérimente, j’ai toujours vécu ma vie seule. Je vis pour moi. Pourtant aujourd’hui je peux le dire : je sais que je suis capable d’aimer intensément, fort, réellement. Mais je ne suis juste pas dépendante d’une relation. J’aime l’idée d’un amour si fort d’une personne qui me complète entièrement, que sa seule présence me suffit. Mais j’aime aussi le fait que plusieurs personnes puissent m’apporter des choses différentes. Que je puisse apprendre et développer à travers elles, des manières différentes d’aimer, de vivre, de penser, de toucher,…
Alors, peut-être qu’au fond, la question n’est pas vraiment “peut-on aimer plusieurs personnes à la fois ?” mais plutôt “comment choisir d’aimer ?”. Que l’important ce n’est pas de décider entre l’éphémère ou l’éternel, mais simplement d’accueillir ce qui se présente à nous. Chaque rencontre est unique et devient une nuance singulière qui n’efface pas les autres mais les enrichit. L’amour comme un paysage à traverser, sans cesse mouvant, toujours à redécouvrir.
Aimer, selon moi, c’est accepter l’impermanence sans renoncer à l’intensité. C’est savoir que rien ne nous appartient et pourtant s’abandonner pleinement. Alors oui, on peut aimer plusieurs personnes à la fois … parce qu’on ne divise pas l’amour, on le multiplie. Et peut-être qu’au fond, la seule fidélité qui compte est celle que l’on se porte à soi-même. Parce que l’amour n’a pas une seule forme, ni une seule vérité. Il se réinvente dans chaque relation, dans chaque rencontre, dans chaque instant.
Je crois profondément qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière d’aimer, tant que l’on est sincère. Avec soi-même et avec l’autre. On peut aimer plusieurs personnes à la fois, mais différemment. On peut aimer dans l’éphémère ou dans la durée. L’amour est multiple, mais unique à chaque fois.
Et c’est peut-être là que réside la seule certitude :
aimer, c’est vivre.

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