un temps pour la réflexion

Je bataille pour retrouver ce souffle créateur capricieux que l’on nomme inspiration. Je sais que je ne peux pas la contrôler. Je peux écrire, reformuler, articuler les mots machinalement ; mais sans elle, ils sonnent creux, ils apparaissent vides de sens.

Alors, j’ai entrepris un voyage empreint de nostalgie à travers les vestiges de mon passé. Ces mots que j’avais écrits sur mon journal il y a des années. En parcourant les méandres de mes tournures de phrases, j’ai souri. Comme si je revoyais une vieille amie avec qui on plongeait à corps perdus dans nos souvenirs d’autrefois. Au fil des mots, j’ai revu des morceaux de mon passé, mais aussi de celle que je suis maintenant. Des questions, des pensées, qui m’envahissaient alors, et qui me traversent encore aujourd’hui.

Au fur et à mesure que j’ai parcouru cette petite boite à souvenirs, je me suis rappelée à quel point l’écriture occupe une place centrale dans tout ce que je fais. Elle sera pour toujours l’oxygène qui me permet de respirer quand le poids de la vie m’étouffe. Je ne suis sûre de rien, mais c’est la seule chose dont je ne doute pas. Et alors que je cherchais désespérément l’inspiration, c’est dans mes propres mots que je l’ai retrouvée.

Ce texte que j’ai écrit il y a sept ans m’a frappée. Tant il fait écho à ce que je ressens en ce moment. Il n’y a pas de hasard je crois. En le parcourant, mes yeux se mouillent. Cette vieille amie me rappelle ce que j’ai besoin d’entendre. Je m’étais fait la promesse de relire les mots qu’elle a écrits. Et alors qu’hier je me disais que je ne réussissais plus vraiment à trouver de quoi être fière de moi, ces mots me reviennent. Et j’ai envie de vous les partager tels quels, pour ne pas les vider du sens qu’ils ont pris avec le temps. La Sarah qui a écrit ce texte, elle allait avoir 25 ans. Et sept années plus tard, malgré les épreuves, les aventures, les évolutions, c’est elle qui m’apprend le plus. Et je sais qu’elle était loin d’imaginer que je relirai ses mots à l’autre bout du monde.

Sept années plus tard, j’écris toujours en écoutant « Ólafur Arnald et Ludovico Einaudi, entre autres » et ces mots venus de mon passé ont résonnés encore plus fort dans mon coeur que toutes les notes de tous les pianos.

un temps pour la réflexion

« A l’heure où j’écris ces mots, il est 17h. Déjà. Je ne vois pas passer les heures. Ni les jours. Ni même les semaines. Dans un mois pile c’est mon anniversaire. 25 ans. Non, je ne vais pas m’en plaindre. Mais je dois admettre que c’est toujours une période particulière pour moi, mêlant nostalgie et espoir. Il faut dire que je suis née au mois de décembre, le mois qui sent le chocolat chaud et la fausse neige sur les guirlandes de Noël. Et la fin de l’année aussi.

« Ô temps, suspends ton vol !« , écrivait Lamartine. Je le souhaite très souvent, pas vous ? La vie passe, ou plutôt elle s’écoule. Telle une rivière, un torrent dont on ne peut arrêter la course. Une sensation qui ne me quitte jamais. Chevillée à mon corps, accrochée à mon esprit. J’ai peur de ne pas avoir assez de temps. Pas assez pour savourer chaque moment. Pas assez pour découvrir, voyager, explorer, aimer, apprendre, tomber, me relever, grandir… vivre. Oui c’est ça, j’ai peur de ne pas vivre assez.

25 années. J’écris en écoutant quelques morceaux au piano (Ólafur Arnald et Ludovico Einaudi, entre autres), ce qui je vous l’avoue, donne à tout cela une dimension quasi théâtrale, dramatique même. Ne m’en voulez pas. 25 années disais-je. N’est-ce pas un peu tôt pour avoir peur du temps ? Il ne faut pas trop fantasmer son avenir, cela crée des attentes qui ne seront jamais atteintes (en tout cas jamais dans les moindres détails). Et pourtant c’est ce que j’ai toujours fait. A 15 ans, il me semblait que dix années représentaient l’éternité. Ai-je accompli tout ce que j’avais imaginé ? Non. Mais est-ce le plus important ?

Les projets et les objectifs changent, évoluent. Comme nous. Vous savez, j’ai tellement de rêves. Certains ne seront jamais réalisés, j’en suis consciente. Mais j’ai parfois du mal à m’y résoudre. Un peu comme pour tous ces livres que je ne lirai pas, tous ces endroits que je ne visiterai pas, tous ces gens que je ne rencontrerai pas, tous ces savoirs que je n’apprendrai pas. J’ai besoin d’intensité et de démesure. Quand on me demandait ce que je voulais faire dans la vie, je n’ai jamais su quoi répondre. Pas parce que je ne sais pas, mais parce qu’il y a bien trop de choses que je veux faire. Indécise, peut-être. Insatiable, souvent. Idéaliste, toujours.

Comment faire quand on n’a qu’une seule vie ? Essayer de trouver le remède, comme le chantait Gérald de Palmas ? Je n’ai pas la réponse. Je ne peux pas me contenter de peu. Je ne veux pas. Une pensée flotte inlassablement dans mon esprit : j’aimerais réaliser de grandes choses. Et cette pression fantasmagorique pèse sur mes épaules. C’est mon épée de Damoclès. Mais qui est juge de la grandeur de mes actions, si ce n’est moi ? Moi qui suis plus exigeante avec moi-même que n’importe quelle autre personne. Je devrais apprendre à être plus indulgente, je le sais. J’y travaille.

Parce qu’une vie remplie est-elle une vie réussie ? Est-ce dans la quantité que l’on trouve le bonheur ? N’est-ce pas plutôt dans l’intensité avec laquelle nous décidons de vivre chaque instant ? La valeur d’un moment n’est-elle pas celle qu’on lui accorde tout simplement ? On pourrait croire que je vous pose ces questions, mais c’est surtout à moi et à ma conscience que je m’adresse. Écrire est une thérapie souvenez-vous en. C’est une façon de se parler à soi-même mais en y incluant un interlocuteur possible, pour se sentir moins fou peut-être. Ouvrir une réflexion pour moi, et essayer de trouver un écho chez ceux qui me liront.

Il est 19h. C’est fou, une fois de plus je n’ai pas vu le temps passer. Et au terme de ces considérations sur fond de piano, je sens que de grandes choses arrivent. Je le sais parce que c’est moi qui choisis de les considérer comme telles. J’ai longtemps cru que je n’étais pas assez. Mais ce n’est pas ça, non. Je suis, nous sommes tous, un livre qui s’écrit page après page. Serait-ce si cliché de dire qu’il ne tient (presque) qu’à nous de rendre cette histoire aussi belle et heureuse que nous le souhaitons ? Et si j’en doute encore (ce qui arrivera), je viendrai relire ces dernières lignes, je m’en fais la promesse. Le temps n’est pas notre ennemi, il suffit de faire comme s’il n’existait pas. Et vivre. »

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