Auteur : Sarah Byczkowski

  • 7 – ĂȘtre seule

    7 – ĂȘtre seule

    Je me rends compte de jour en jour Ă  quel point c’est important, essentiel mĂȘme, de vivre sa vie pour soi. De comprendre ce qui est bon pour nous, ce qui nous apporte de la joie, et d’aller vers ça. 

    Le truc c’est que si on attend sans cesse de nos relations, amicales, familiales, amoureuses – peu importe – qu’elles nous comblent, qu’elles nous dĂ©finissent, on ne sera jamais rĂ©ellement heureux.

    ApprĂ©cier les moments de solitude
 Et mĂȘme au-delĂ  de ça, juste construire sa vie seul.e, ĂȘtre capable de penser Ă  soi et Ă  ce qu’on veut dans la vie, sans dĂ©pendre des autres, sans attendre les autres, ça s’apprend.

    Moi j’ai toujours cru que je n’aimais pas ĂȘtre seule. Peut ĂȘtre parce qu’ĂȘtre seule c’est me confronter Ă  moi-mĂȘme. A mes pensĂ©es, Ă  mes peurs, Ă  mes parts d’ombres aussi.

    Aujourd’hui j’accepte de plus en plus cet aspect de moi. Et je dirais mĂȘme que j’ai besoin de ces moments Ă  moi. Besoin de prendre mes propres dĂ©cisions, de suivre mes propres envies. 

    Ça ne veut pas dire que c’est toujours simple, mais en vrai vous savez ce qui est incroyable ?  Le sentiment de se dire “Oui je suis actrice de ma vie”

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    Contexte :

    Je suis Ă  Cooktown quand j’Ă©cris ces mots, dans le far north queensland, et je travaille dans un resort pour mes 88 jours. Je vis en communautĂ©, entourĂ©e de gens, depuis plus de deux mois… Les moments oĂč je suis seule sont rares, et j’ai compris Ă  quel point je les chĂ©ris. C’est pendant cette pĂ©riode que je rĂ©alise vĂ©ritablemen cette dissonance en moi entre la Sarah sociable et la Sarah solitaire. Ce moi introverti qui demande Ă  reprendre sa place. J’ai, Ă  ce moment-lĂ , un vrai dĂ©clic, que je dĂ©velopperai Ă  plusieurs reprises par la suite.

    Faire sa vie seul.e, ça ne veut pas dire qu’on l’est vraiment. Je me sens entourĂ©e et c’est quelque chose dont j’ai besoin. Mais ce que j’ai rĂ©alisĂ©, et ce sur quoi je travaille depuis longtemps, c’est que je ne dois pas attendre des autres qu’ils me rendent heureuse. J’ai compris que mon bonheur c’est moi qui le crĂ©e. Je ne peux pas contrĂŽler ce qui se passe autour de moi, ce que font les gens, ce qu’ils pensent. Mais je peux contrĂŽler ma maniĂšre d’y rĂ©agir.

    Je me sens actrice de ma vie. Auteure mĂȘme. Je la façonne Ă  ma façon par les choix que je fais. Et c’est ça le truc : c’est moi qui prends les dĂ©cisions pour ma vie et mon bonheur. Je ne me sens pas spectatrice de ce qui se passe autour de moi. Je me sens libre. Libre d’ĂȘtre oĂč je veux, d’ĂȘtre qui je veux, de faire ce que je veux.
    Ça c’est incroyable.

    Partir en Australie, je crois que ça a Ă©tĂ© un game changer pour ça. Parce que plus que jamais je sais que rien ne peut m’arrĂȘter. Que si j’ai envie d’atteindre quelque chose, je peux le faire. Et ça, ça me donne le sentiment d’avoir un vrai pouvoir sur ma vie.

  • 6 – me trouver

    6 – me trouver

    A 26 ans j’ai dĂ©cidĂ© de partir vivre Ă  l’étranger. Et je me dis souvent
    que c’est comme si ma vie avait commencĂ© Ă  ce moment lĂ .
    Comme si tout ce que j’avais vĂ©cu avant
    était une répétition.
    Ou plutĂŽt un entrainement.
    Construisant la personne que je suis,
    en me prĂ©parant Ă  ce que j’allais vivre ensuite.

    Je crois que c’est ce que j’attendais depuis toujours.
    Partir.
    Parce que j’ai toujours eu du mal
    Ă  me sentir Ă  ma place chez moi.
    J’ai toujours eu l’impression d’étouffer,
    de manquer de quelque chose.
    J’ai jamais, je crois, voulu partir pour fuir,
    mais plutĂŽt pour me trouver.
    Pour découvrir autre chose.

    Et parfois je me dis que ce serait plus simple
    si j’étais en pilote automatique.
    Si j’avais suivi un chemin tout tracĂ©.
    CarriĂšre, maison, mariage, enfants.
    Mais j’arrivais pas à me projeter là dedans. J’aspirais à autre chose.
    Et c’est toujours le cas d’ailleurs.

    J’ai 29 ans
    et quand on me demande ce que je fais dans la vie,
    ou quels sont mes projets,
    je sais pas trop quoi répondre.
    Je me sens perdue parfois.
    Et je doute souvent.
    Mais ce dont je suis sûre,
    c’est que je veux me sentir libre.

    Découvrir le monde.
    Accumuler les premiĂšres fois
    et les moments qu’on n’oublie pas.
    Dans le frisson des nouvelles expériences.
    C’est là que je me sens à ma place.

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    Contexte :

    Je revenais d’IndonĂ©sie oĂč je suis restĂ©e 3 semaines aprĂšs avoir quittĂ© Sydney, et ça m’a beaucoup questionnĂ©e (une fois de plus) sur la vie que je voulais. AprĂšs m’ĂȘtre projetĂ©e Ă  Sydney, j’Ă©tais lĂ  sur un scooter Ă  Bali en train de me dire que je pourrais vivre d’amour et d’eau fraiche, simplement, les pieds dans l’eau, entre deux sĂ©ances de yoga et d’Ă©criture.

    Depuis toujours, j’ai ce sentiment de vouloir toujours plus. L’envie de tout faire. De tout vivre. Je dis souvent que je cours aprĂšs le temps. Parce que j’ai peur d’en manquer. Peur de rater des choses. De ne pas vivre assez. De ne pas trouver ce pour quoi je suis faite.

    C’est quelque chose que je ressens d’autant plus fort quand je me compare aux autres. Encore plus dans ce chapitre nouveau qu’est la trentaine (je n’y Ă©tais pas encore au moment de publier ce texte).
    Pourtant je sais que le timing est personnel et que chaque chemin est différent.
    Et on n’aspire pas toutes et tous Ă  la mĂȘme chose.
    Mais bon, ça génÚre beaucoup de questions et de peurs en moi.
    Quand on dĂ©vie de la route principale, on ne sait jamais si le chemin dĂ©robĂ© qu’on a choisi sera le bon chemin.

    Et depuis que je suis partie loin de chez moi, il y a ce sentiment d’instabilitĂ© permanente. Une instabilitĂ© qui me pousse d’autant plus Ă  me remettre en question et Ă  douter. Une instabilitĂ© qui me demande de sortir de ma zone de confort. C’est inconfortable du coup, mais en mĂȘme temps je sais que c’est ce qui me plait.
    Quand j’ai peur, mais que ce n’est pas ça qui m’arrĂȘte .

    J’ai encore beaucoup de choses Ă  dĂ©couvrir, sur le monde et sur moi-mĂȘme. Je ne me sens pas toujours Ă  la hauteur de mes ambitions, j’ai encore trop souvent des pensĂ©es et comportements limitants. Je sais que je douterai encore mille fois, et que je ne cesserai de remettre en question mes choix.
    Mais je sais aussi que ça fait partie du chemin.
    Et je crois que c’est ok 

  • 5 – mes paradoxes

    5 – mes paradoxes

    Je suis solaire,
    pourtant j’ai mes parts d’ombre.
    Je suis remplie d’espoir et de positif,
    pourtant je peux ĂȘtre trĂšs mĂ©lancolique.
    J’ai confiance en moi,
    pourtant j’ai souvent la sensation de ne pas ĂȘtre assez.
    J’aime aller de l’avant,
    pourtant parfois je ne peux m’empĂȘcher de repenser Ă  des situations passĂ©es.
    J’essaie de dĂ©velopper des relations saines,
    pourtant je peux avoir des comportements toxiques.
    Je suis remplie d’amour,
    pourtant je peux ĂȘtre trĂšs dĂ©tachĂ©e.
    Je suis un petit coeur, pourtant je peux m’énerver pour un rien.
    Je suis quelqu’un d’extraverti et de sociable,
    pourtant c’est seule que je recharge mes batteries.

    Les paradoxes font partie de moi.
    Pas à pas, j’apprends à les dompter.
    Entre le jour et la nuit,
    le feu et la glace,
    le silence et le bruit.
    J’essaie de trouver un Ă©quilibre.

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    Contexte :

    Je suis pĂ©trie de contradictions, je le sais. Quel humain ne l’est pas, vous me direz.
    Je vous parle souvent de l’intensitĂ© avec laquelle je ressens, avec laquelle je vis.
    Ça se marque aussi dans les paradoxes qui font de moi celle que je suis.
    Dans le contraste des contraires en moi.

    Parfois je trouve ça fou de me dire que je peux ĂȘtre si diffĂ©rente selon les moments.
    Comme si plusieurs personnalités coexistaient en moi.
    C’est pour ça que j’essaie toujours de comprendre ce qui se passe en moi. Ce qui dĂ©clenche tel ou tel sentiment, tel ou tel comportement. ça demande beaucoup d’énergie de s’analyser et de se remettre en question.

    C’est inconfortable aussi, parce que je prends conscience de mes dĂ©fauts et des choses que je pourrais amĂ©liorer. Je me confronte Ă  ces parts d’ombre qui ne sont pas celles que je veux montrer. Et qui existent pourtant. Que je ne peux cacher parfois. Mais je sais que c’est ce qui m’aide Ă  apprivoiser ces paradoxes. Et Ă  en tirer le meilleur. C’est ce qui m’aide Ă  Ă©voluer 

  • 4 – m’attacher

    4 – m’attacher

    J’ai jamais trop rĂ©ussi Ă  m’engager rĂ©ellement, ni voulu je pense.
    J’ai toujours beaucoup papillonnĂ©.
    Toujours eu ce cÎté trÚs libre et trÚs changeant.
    Je me lasse vite et j’ai besoin de nouvelles expĂ©riences. 

    Du coup ca a toujours Ă©tĂ© trĂšs compliquĂ© pour moi de m’attacher.

    Et puis, je crois que j’ai tellement toujours eu peur d’ĂȘtre dĂ©cue, rejetĂ©e, pas aimĂ©e, que je me suis construite avec des barriĂšres mentales qui me font toujours ressentir une forme de dĂ©tachement.
    Je crĂ©e des connexions, oui. et j’aime beaucoup ça.
    Mais pas assez pour laisser les barriĂšres tomber et m’attacher vraiment. 

    Pourtant, je vous jure, je brĂ»le d’envie de ressentir des papillons dans le ventre.

    Et ça m’est dĂ©jĂ  arrivĂ©. De laisser grandir cet attachement, le rendant presque viscĂ©ral. Le genre de relation oĂč on plonge Ă  corps perdu. OĂč on se dit qu’on n’avait pas vraiment connu l’amour avant et qu’on le connaĂźtra plus jamais comme ça. 

    J’ai aimĂ©, vraiment. Je me suis attachĂ©e. TrĂšs fort.
    Et j’ai souffert. Beaucoup.
    Et parfois, j’ai peur de ne plus tomber amoureuse. Que ce soit impossible de ressentir quelque chose de si fort, de si intense. Ni mĂȘme de me laisser le ressentir tout court.
    MĂȘme si je sais que c’est pas comparable.
    L’amour passionnel c’est presque inĂ©vitablement toxique. On brĂ»le donc on ressent trĂšs fort, oui. Mais on brĂ»le, donc ça nous dĂ©truit.
    Et je veux plus ça.

    Mais j’ai peur que ce qui sĂ©duise chez moi ce soit prĂ©cisĂ©ment mon dĂ©tachement. Ce caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre et insaisissable que je peux avoir. J’ai peur que la conquĂȘte de mon coeur soit juste un dĂ©fi Ă  relever. Alors que moi ce dont je rĂȘve c’est quelqu’un qui soit prĂȘt Ă  conquĂ©rir le monde avec moi.

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    Contexte :

    J’avais commencĂ© Ă  Ă©crire ces mots quelques semaines avant de publier ce texte sur instagram. Une succession de petites choses, et puis un dĂ©clic. Moi qui m’Ă©tais toujours un peu dit je ne pourrais jamais rĂ©ellement m’engager dans une relation de couple, je commençais petit Ă  petit Ă  rĂ©aliser que ça pourrait ĂȘtre aujourd’hui quelque chose que j’aimerais beaucoup vivre. Et pour laquelle je pourrais ĂȘtre ouverte. Une relation saine et constructive, avec un coĂ©quipier de choc. Une relation oĂč on rit, on dĂ©couvre, on cultive le plaisir, on se soutient, on s’inspire, on s’élĂšve. Et ça c’est en grande partie parce que je vivais une romance Ă  distance. Qui aura quand mĂȘme durĂ© quelques mois avant de s’essoufler (si au dĂ©but la distance pouvait crĂ©er une forme de fantasme de la rencontre, mon dĂ©tachement a repris le dessus, par l’absence de vrais contacts physiques et la disparition progressive d’un manque idĂ©alisĂ©)

    Ceci Ă©tant, je crois que j’ai compris Ă  ce moment lĂ , qu’aimer c’est une condition nĂ©cessaire pour une relation mais pas forcĂ©ment une condition suffisante. On peut s’aimer mais s’aimer mal. On peut s’aimer mais ne pas se correspondre. Que mĂȘme en Ă©tant attachĂ©s l’un Ă  l’autre, mĂȘme quand on ressent un amour infiniment puissant, ça ne veut pas forcĂ©ment dire qu’il est sain ni qu’il est fait pour durer. Parce que l’amour ça se ressent, mais une relation ça se construit. Et il m’aura fallu vivre trois relations avec la mĂȘme personne pour rĂ©aliser ça.

    Aujourd’hui, j’ai encore des peurs mais j’évolue, je le sens.
    Chaque expĂ©rience m’amĂšne un peu plus Ă  comprendre ce que je veux, et ce que je ne veux plus. Je peux dire que j’aimerais rĂ©apprendre Ă  faire tomber mes barriĂšres. Sentir que je peux prendre le risque et lĂącher prise. Sans attentes, ni pression, j’ai senti Ă  ce moment lĂ , que j’Ă©tais Ă  nouveau prĂȘte Ă  aimer et Ă  l’ĂȘtre.

    Aujourd’hui, c’est toujours un sentiment qui me traverse, mĂȘme si je m’interroge beaucoup sur les modalitĂ©s des relations auxquelles j’aspire. Sur ma sexualitĂ©, sur la dĂ©finition de la libertĂ©, sur le polyamour… Mais j’y reviendrai sans aucun doutes sur de prochains textes…

  • 3 – penser Ă  moi

    3 – penser Ă  moi

    J’ai souvent dit qu’il me faudrait deux vies au moins : une pour les autres et une pour moi. Mais c’est pas comme ça que ça marche. Et je suis seulement en train de le rĂ©aliser.

    J’aime profondĂ©ment les gens. CrĂ©er des liens, connecter avec les autres. Et puis aussi cette sensation que me procure une conversation intĂ©ressante avec quelqu’un d’intĂ©ressant. Je me nourris beaucoup des interactions que j’aies.  Mais c’est presque comme une drogue… ça me fait du bien mais c’est pas forcĂ©ment toujours bon pour moi. Je ressens trop souvent ce besoin de devoir me rendre disponible pour tout le monde. De devoir accorder du temps Ă  chaque personne qui me sollicite. Tellement que je m’oublie. Je fais passer les envies des autres avant les miennes, leurs demandes avant mes besoins. Probablement parce que je cours aprĂšs ce dĂ©sir de me sentir aimĂ©e et importante.  Mais je commence Ă  comprendre que je peux pas accorder mon temps Ă  tout le monde. Que je peux pas vivre pour exister dans la vie des autres. Parce que la vie est prĂ©cieuse. Parce que le temps est comptĂ©.

    J’ai des rĂȘves, des envies  et des projets Ă  rĂ©aliser. Et pour ça, j’ai besoin de temps pour moi,  et d’énergie aussi. Je me rends compte aujourd’hui que les personnes qui m’aiment, et qui croient en moi, elles me font pas me sentir coupable quand je suis absente.  Au contraire, elles me comprennent et me soutiennent.  C’est l’énergie que je choisis. Parce que c’est ma vie, et la vie n’ en a qu’une. C’est trop important. Si on vit pas en pensant Ă  soi, qui le fera pour nous ? 

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    Contexte

    Le fait que je sois sociable et empathique, ça me fait crĂ©er beaucoup de liens. Je me sens reconnaissante d’avoir autant de gens autour de moi, qui m’apprĂ©cient, qui prennent de mes nouvelles, qui veulent passer du temps avec moi
 Mais d’un autre cĂŽtĂ© c’est beaucoup de pression.

    En prenant sans cesse du temps pour les autres, j’ai l’impression de crĂ©er des attentes aussi. Mais je ne me sens pas capable de laisser croire Ă  quelqu’un qu’il ne compte pas ou que je m’en fous. J’ai peur que mon absence ou mon indisponibilitĂ© donne l’impression que l’autre n’est pas important. Et peut-ĂȘtre aussi me fasse tomber dans l’oubli. Je crois que j’ai besoin qu’on ait besoin de moi en fait. Besoin de me sentir utile, aimĂ©e, importante. FOMO (Fear of missing out) en plein dans le mille, ouais.

    Presque inconsciemment, je fais tout mon possible pour que ceux qui croisent mon chemin m’apprĂ©cient, mais cet effort permanent aspire mon temps et mon Ă©nergie, et me fait me sentir mal, inexorablement. Je finis souvent par me sentir coupable ou utilisĂ©e, et probablement jamais Ă  la hauteur de l’omniprĂ©sence souhaitĂ©e.

    J’ai souvent Ă©crit que j’allais prendre du temps pour moi et me dĂ©tacher de ce besoin des autres. Mais cette fois je sais que je suis sur la bonne voie. Partir c’est souvent le meilleur moyen de dĂ©connecter. Et aussi de voir les personnes qui restent dans notre vie. Peu importe la distance et le temps. Choisir les personnes qui nous soutiennent quand on doute et sont heureuses quand on se sent bien.

    “It’s not your work to exist for people and give your life to them” disait Anthony Hopkins (dans une longue rĂ©flexion que je vous invite Ă  aller lire). Ça m’a foutu une claque. Je suis tombĂ©e par hasard dessus, et j’ai pris ça comme un signe. J’ai compris que je ne pouvais plus distribuer mon temps et mon Ă©nergie sans limite. Pas pour ne penser qu’à moi, loin de lĂ . J’en serai incapable de toute façon. Mais se mettre en prioritĂ© pour crĂ©er notre propre vie. Parce que personne ne le fera Ă  notre place.

  • 2 – je dĂ©borde

    2 – je dĂ©borde

    Depuis toujours, je ressens tout trĂšs fort. Les joies comme les peines. Les moments de solitude, les moments de fĂȘte. Je suis dans une sorte d’hypersensibilitĂ© constante. Ce qui semble ĂȘtre un dĂ©tail pour beaucoup, moi, peut me toucher trĂšs fort.

    Je suis bien souvent l’excĂšs. Je suis bien souvent le trop plein. J’ai la sensation d’ĂȘtre en permanence dans des montagnes russes.  D’abord il y a l’ascension. Je ressens une Ă©nergie et une motivation sans limites, ce qui me donne l’impressionque je pourrais soulever des montagnes. Je me sens aimĂ©e et puissante. C’est dans ce genre de moment que mon esprit va s’agiter et que je vais rĂ©ussir Ă  donner corps Ă  mon imagination. J’ai mille idĂ©es et la brĂ»lante envie de les mettre en Ɠuvre. Et puis il y a la redescente. OĂč j’étouffe sous la pression. OĂč je me noie dans le stress de mes envies et de mes ambitions. Dans ces moments-lĂ , je me sens perdue, et j’ai l’impression d’ĂȘtre paralysĂ©e. J’ai cette sensation que j’évoque souvent, celle de ne “pas ĂȘtre assez”. 

    Et dans ces oscillations incessantes, j’ai l’impression parfois que je ne connais que peu la nuance. Soit j’exulte, soit je m’éteins. Qu’il s’agisse de plaisir, de mĂ©lancolie, d’amour, de rire, de pensĂ©es, de vie. En fait, je dĂ©borde toujours. Mais c’est qui fait que je me sens vivante.

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    Contexte :

    Depuis aussi loin que je m’en souvienne, ça a toujours Ă©tĂ© dur de gĂ©rer l’intensitĂ© de mes Ă©motions. J’ai souvent citĂ© Flaubert qui disait “ce qui Ă©rafle les autres, me dĂ©chire”
    Quelles qu’elles soient, elles arrivent bien souvent comme pourrait arriver une tornade. Et on n’arrĂȘte pas une tornade. On peut juste apprendre Ă  reconnaĂźtre les signes, et Ă  s’en protĂ©ger.
    J’ai appris Ă  anticiper mais je me laisse quand mĂȘme encore souvent emporter. C’est juste que, plus j’avance, plus j’apprends Ă  me connaĂźtre et Ă  comprendre ce qui va m’apaiser. Et moins je laisse la tornade faire des dĂ©gĂąts.

    Je ne peux pas m’empĂȘcher de ressentir mes Ă©motions mais je les canalise en rationalisant, en relativisant, et surtout, en passant Ă  l’action. Quand je touche le fond, c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que je rebondis le mieux. C’est lĂ  que je me force Ă  crĂ©er l’impulsion qui me fera remonter Ă  la surface. En d’autres termes, c’est lĂ  que je me bouge le cul.

    C’est aussi important pour moi d’accepter cette dualitĂ© en moi : on voit souvent mon cĂŽtĂ© solaire, et c’est vrai qu’il rayonne beaucoup ; mais j’ai aussi ma part d’ombre, et il peut apparaĂźtre avec la mĂȘme intensitĂ©.

    Mais s’il y a une chose que j’ai appris Ă  me rĂ©pĂ©ter, c’est celle-ci : c’est dans la nuit la plus noire, qu’on apprĂ©cie la plus faible des lumiĂšres.
    Quand je souffre, je me rappelle toujours que l’intensitĂ© avec laquelle je ressens la douleur, elle sera la mĂȘme quand je ressentirai le moindre petit bonheur. Chaque coucher de soleil, chaque nouveau paysage, chaque rencontre, chaque caresse, chaque rayon de soleil sur ma peau, chaque fou rire. DĂ©border de bonheur, c’est quelque chose vous savez. Et franchement, ne serait-ce que pour ça, je ne changerais rien.

  • 1 – ĂȘtre moi

    1 – ĂȘtre moi

    Ce que je trouve gĂ©nial sur les rĂ©seaux, c’est ce champ infini des possibles. On Ă©change, on s’inspire. Mais on se compare aussi beaucoup. Ce qu’on montre, c’est qu’une petite fenĂȘtre de ce qu’on vit. Je le sais. Sauf que je me retrouve souvent dans une quĂȘte impossible de la perfection. 

    Parce que “suis-je assez si je suis pas parfaite ?”.

    Cette question elle m’ a toujours obsĂ©dĂ©e. C’est fou parce que je suis heureuse, et je suis plutĂŽt fiĂšre de moi. Mais je finis toujours par voir tout ce que j’ai pas. Tout ce que je fais pas. Tout ce que je suis pas. Et Ă  force de scroller, ça renforce mon sentiment de pas ĂȘtre assez. 

    Des fois j’ai juste l’impression d’ĂȘtre nulle, de pas avancer, de pas pouvoir rĂ©ussir mes projets aussi bien que les autres. C’est un gros frein en vrai.

    Mais plus je rĂ©flĂ©chis Ă  tout ça, plus je me rends compte que moi ce qui me touche et m’inspire, c’est l’authenticitĂ© . 

    Et en fait c’est ça le sens que j’ai envie de donner Ă  ce que je partage. 

    Être moi. 

    Avec ma curiositĂ© et mon audace, et puis aussi mes peurs et mes failles. 

    C’est ce que j’ai envie de montrer et c’est ce que j’ai envie de voir aussi. Du vrai. Juste ĂȘtre soi, oui. Parce que c’est ce qu’on fait le mieux finalement. 

    Alors voilĂ  ce que je veux qu’on voit de moi : prĂ©cisĂ©ment tout ce que je suis  quand personne ne me voit.

    _______________________________________________

    Contexte :

    Toutes ces choses que j’ai en tĂȘte, je les partage beaucoup en privĂ©, dans la vraie vie ou par messages interposĂ©s. J’ai toujours essayĂ© de donner corps Ă  mes introspections. C’est aussi ce que je faisais en Ă©crivant sur mon blog. Souvent je me perds parce que mon besoin de reconnaissance, mon perfectionnisme maladif et mon envie de briller m’amĂšnent Ă  trop rĂ©flĂ©chir Ă  l’image que je renvoie. J’ai toujours eu cette peur de pas ĂȘtre Ă  la hauteur et qu’on ne voit pas tout ce que j’ai en moi. 

    Le truc c’est que spoiler alert : je suis pas parfaite. J’aime courir mais je suis pas marathonienne, j’aime Ă©crire mais je sors pas des articles toutes les semaines, j’aime chanter mais je suis pas chanteuse, j’aime cuisine mais je me destine pas Ă  ĂȘtre Chef Ă©toilĂ©, j’aime en apprendre sur le vin mais je suis loin d’ĂȘtre oenologue, j’aime crĂ©er du contenu mais je veux pas ĂȘtre influenceuse. 

    En fait, je suis juste moi. Avec mon envie d’essayer, d’échouer, d’apprendre, de progresser. Je suis juste moi. Comme la plupart d’entre nous. IntĂ©ressĂ©e par tellement de choses, mais sans ĂȘtre experte en tout.

    Plus j’avance et plus je suis convaincue d’une chose : ce qui m’anime c’est partager. Des Ă©motions, des rĂ©flexions, des opinions, et des moments. J’ai cette soif immense de dĂ©couvrir. De vivre intensĂ©ment sans me mettre de limites. Et c’est ça que j’ai envie de transmettre ici. Dans toute la complexitĂ© et l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de nos ĂȘtres. Ă©changer c’est ce qui me nourrit. J’adore raconter ma vie, mais j’aime aussi beaucoup Ă©couter ce que vous avez Ă  raconter sur la vĂŽtre.

    Alors tout ça prendra probablement plusieurs formes, plusieurs chemins. Je ne veux pas me limiter ou me catĂ©goriser. ça Ă©voluera et fluctuera en mĂȘme temps que moi. Mais je sens que c’est ma voie. Mon fil d’ariane. 

    A l’heure oĂč l’instantanĂ©itĂ© est lĂ©gion, tout va vite et les vues guident les contenus. A l’heure oĂč on n’a pas le temps, moi j’ai envie d’en prendre. 

    Je fais ça pour moi, parce que j’en ai besoin. Mais aussi parce que je sais que je ne suis pas la seule Ă  avoir tout ça en moi. Peut-ĂȘtre pas toujours avec la mĂȘme intensitĂ©, ni exactement de la mĂȘme maniĂšre. Mais j’aimerais que vous qui, comme moi, vous sentez parfois seuls face Ă  toutes vos Ă©motions et pensĂ©es, vous puissiez sentir qu’en rĂ©alitĂ© vous ne l’ĂȘtes pas.

  • s’Ă©merveiller

    s’Ă©merveiller

    (publié sur mon instagram, le 4 août 2025)

    Je fais partie de ces personnes qui s’émerveillent de toutes les petites choses.
    Que je les trouve doux ces petits détails du quotidien.
    Que d’autres ne voient pas forcĂ©ment,
    ou qu’ils ne remarquent plus.

    Les nuages qui dessinent des formes dans le ciel,
    les premiers rayons du soleil,
    le bruit des vagues,

    l’odeur du cafĂ© et du pain grillĂ© le matin,
    les draps frais aprÚs une journée de travail,
    la premiĂšre bouchĂ©e d’un plat qu’on adore,

    le sourire sincĂšre d’un.e inconnu.e,
    se sentir vraiment compris.e, croiser par hasard quelqu’un qu’on apprĂ©cie,

    une phrase qui résonne parfaitement en nous,
    une chanson qui arrive exactement au bon moment,
    une tache en forme de cƓur,

    Un rien me touche. Un rien me fait sourire. 

    Parfois on dirait une enfant je vous jure.
    Je m’émerveille de tout.
    Et la chose la plus simple peut parfois illuminer toute ma journée.

    RedĂ©couvrir les lieux qu’on connait,
    regarder autour de soi,
    voir les choses sous une autre perspective.

    C’est peut-ĂȘtre naĂŻf,
    mais j’ai envie de croire
    que réussir à voir la beauté
    dans les petites choses de la vie,
    c’est une bonne façon de cultiver le bonheur.
    Et de se dire que la vie est belle.

    _______________________________________________

    Description:

    Voir le beau. Ou plutĂŽt choisir de voir le beau.
    Parce que c’est un choix.
    Une maniĂšre de marcher dans le monde,
    les yeux un peu plus grands,
    le cƓur un peu plus ouvert.
    C’est s’attarder sur les choses simples,
    les savourer.

    Le bonheur ne se trouve pas forcément dans les grandes réussites,
    les événements hors du commun.
    Il se glisse dans les interstices.
    Il chuchote,
    mais on peut l’entendre crier,
    pour peu de prendre le temps de tendre l’oreille.
    Il se niche dans un éclat de rire,
    une odeur familiĂšre,
    une chanson oubliée.
    Il est lĂ , dans l’instant prĂ©sent,
    si on regarde bien.

    Pour que ce ne soit pas l’extĂ©rieur qui dicte mon humeur,
    mais le regard que je choisis de poser sur lui.
    Et peut-ĂȘtre que c’est lĂ  qu’on retrouve le pouvoir, 
    dans la capacité à créer en soi de la lumiÚre,
    mĂȘme quand tout semble gris.
    Parce que le bonheur,
    ce n’est pas vraiment ce qui nous arrive,
    c’est ce qu’on dĂ©cide d’en faire.

  • exister autrement

    exister autrement

    (texte déclamé pour la premiÚre fois sur la scÚne de Lost Words à Bruxelles le 24 juillet 2025)

    J’ai longtemps appris Ă  exister Ă  travers la sĂ©duction,
    dans mon rapport au monde,
    dans mon rapport aux autres.
    Comme une grille de lecture,
    un langage,
    un pouvoir, peut-ĂȘtre,
    un masque, sûrement.
    Une maniĂšre d’ĂȘtre sĂ»re
    de compter quelque part.

    Mais aujourd’hui,
    ce jeu m’étouffe.
    Je suis fatiguée.
    Je ne veux plus que ce soit
    ma seule maniĂšre d’ĂȘtre vue.
    J’ai envie de plaire,
    oui.
    Mais pas d’ĂȘtre rĂ©duite Ă  ça.
    Pas d’exister uniquement,
    de prime abord,
    à travers le prisme du désir masculin.

    J’ai envie qu’on me croise,
    sans rien attendre en retour.
    Qu’on Ă©change
    sans que mon attention soit interprétée
    comme une promesse.
    J’ai envie d’ĂȘtre autre chose
    qu’un potentiel corps Ă  conquĂ©rir.

    À chaque fois que je rencontre un homme,
    il y a toujours comme une tension,
    une attente, 
    un présupposé.
    Celui d’un possible flirt.
    Celui d’un jeu dĂ©jĂ  lancĂ©
    avant mĂȘme que j’aie dĂ©cidĂ© d’y jouer.

    Je me retrouve contrainte
    de devoir poser des mots
    sur des choses que je n’ai jamais promises.
    Contrainte de me justifier,
    de redéfinir les limites.

    Moi j’ai envie qu’on m’écoute, qu’on me parle,
    sans stratégie,
    sans calcul.
    Je veux exister sans devenir un enjeu,
    sans ĂȘtre un objet de projection.

    Je veux qu’on me voit.
    Pour de vrai.
    Je veux qu’on me respecte,
    qu’on me considùre.
    Ça, mĂȘme s’il n’y a pas d’histoire Ă  Ă©crire.

    ‱‱‱

    Et dans l’intime,
    c’est encore plus profond.
    Plus brutal, parfois.

    Je prends souvent l’ascendant.
    Je domine.
    Pas seulement pour le jeu,
    mais pour affirmer ma place.

    Comme un cri qui rĂ©sonne : 

    Tu ne me soumettras pas.
    Ni dans cette vie, ni dans ce lit.
    Tu ne feras pas de moi ta chose,
    l’objet impersonnel de ton dĂ©sir,
    le rĂ©ceptacle de ta jouissance. 

    Pour ne pas qu’on prenne ma libertĂ©
    pour un oui.
    Pour ne pas qu’on pense qu’on peut
    disposer de mon corps,
    de mon image,
    de ma dignité,
    comme on s’assoit sur une chaise vide.

    ‱‱‱

    J’ai passĂ© ma vie Ă  dire
    “je ne m’attache pas”
    comme une vérité inébranlable.
    Mais c’est un rĂ©flexe,
    un mĂ©canisme, 
    une protection.
    Une tentative de contrĂŽle.
    Un moyen de prendre les devants.
    D’ĂȘtre celle qui quitte
    pour ne pas ĂȘtre celle qu’on laisse,
    ou celle qu’on oublie.

    Alors certes, je suis libre,
    mais pas insensible.
    Je suis ouverte,
    mais pas Ă  ta disposition.
    Je suis présente,
    mais pas Ă  consommer.

    Je n’ai plus envie d’intime sans douceur,
    sans écoute,
    sans empathie.
    Je veux que ce soit beau,
    que ce soit vrai,
    que ce soit vivant.
    D’Ă©gal Ă  Ă©gale.

    Je veux ĂȘtre courtisĂ©e.
    Je veux les caresses.
    la tendresse,
    je veux la sensualité,
    la complicité.
    MĂȘme dans l’éphĂ©mĂšre.
    Surtout dans l’éphĂ©mĂšre.
    Parce que l’impermanence n’empĂȘche pas l’intensitĂ©.

    Et si ce n’est que pour une nuit,
    je veux qu’elle soit belle.
    Je veux qu’on s’y donne sans s’y rĂ©duire.
    Qu’on s’y touche avec attention.
    Qu’on s’y parle avec honnĂȘtetĂ©.

    Parce que ce que je cherche,
    c’est pas une promesse.
    C’est une prĂ©sence.
    Celle qui fait que mĂȘme sans lendemain,
    tout ça aura eu du sens.

    ________________________________________________________

    Contexte :

    C’est un texte nĂ© d’un Ă©lan de colĂšre, d’un ras-le-bol, d’une fatigue d’ĂȘtre confrontĂ©e chaque jour Ă  cette masculinitĂ© envahissante. 

    Celle des hommes qui, dans l’espace public, s’autorisent Ă  hĂ©ler, commenter, entrer dans ma bulle sans y avoir Ă©tĂ© invitĂ©s. Pour ça, je n’ai ni excuse, ni indulgence, ni patience.

    Et puis il y celle des hommes qui, parce que j’ai Ă©tĂ© gentille, souriante, prĂ©sente, pensent y lire une ouverture. Comme si dans l’hĂ©tĂ©rosexualitĂ©, toute interaction devait, tĂŽt ou tard, basculer dans un jeu de sĂ©duction. Je sais que ça ne part pas toujours d’une mauvaise intention. Mais quand c’est systĂ©matique, ça devient lourd. Je ne suis pas en quĂȘte d’intime avec tous les hommes que je rencontre. A force de devoir sans cesse me justifier, me sentir coupable, je finis par ĂȘtre en colĂšre. Je crois que je voudrais juste ĂȘtre Ă©coutĂ©e, sans projection, ni attente. 

    1 + 1 + 1 + tout le reste = c’est toujours trop Ă  la fin.

    Et puis celle, potentielle, des hommes avec qui je relationne. J’ai du mal Ă  me mettre dans une position de vulnĂ©rabilitĂ©, dans l’intime comme dans les sentiments.  Je me protĂšge, je m’attache difficilement, mais je n’attends pas pour autant de l’autre qu’il ne s’implique pas du tout.Je veux ĂȘtre courtisĂ©e, respectĂ©e, considĂ©rĂ©e. MĂȘme si c’est fugace. Je ne veux jamais qu’on puisse me rĂ©duire Ă  une potentielle conquĂȘte, un rĂ©ceptacle de plaisir.
    Je suis libre mais en quĂȘte de lien.

    Je ne suis pas ici pour plaire, obéir ou céder.
    Je suis ici pour ĂȘtre. EntiĂšrement. Librement. Moi.

  • soif d’apprendre, soif de vivre

    soif d’apprendre, soif de vivre

    Je ressens souvent cette impulsion soudaine qui me prend au dĂ©tour d’un dĂ©tail du quotidien : l’envie d’en savoir plus. Comme si chaque chose autour de moi portait en elle une promesse de dĂ©couverte.

    Tout devient prĂ©texte Ă  la recherche. Je bois mon cafĂ© le matin et l’envie me prend de connaĂźtre les spĂ©cificitĂ©s de chaque origine, les arĂŽmes, les torrĂ©factions. Je vois une Ɠuvre et je me plonge dans les dĂ©tails du mouvement artistique dont elle fait partie.  Je lis un livre et j’ai envie de parcourir la vie de l’auteur et l’ensemble de ses Ă©crits. Chaque intĂ©rĂȘt, aussi infime soit-il, attise en moi une curiositĂ© dĂ©vorante. L’envie d’engloutir toutes ces connaissances nouvelles en une seule et immense bouchĂ©e. J’ai en moi une arborescence infinie que mon esprit fait germer Ă  chaque mot. Une soif brĂ»lante, oppressante : celle d’apprendre et de comprendre. Toujours plus.

    J’ai ce besoin d’élargir l’espace en moi, d’ouvrir des portes. J’ai une relation presque physique avec le fait d’apprendre, sous toutes ses formes. A l’image d’une nouvelle expĂ©rience, apprendre me procure indĂ©niablement une forme d’excitation. Un frisson dans le ventre. Savoir me fait du bien. C’est comme respirer plus grand. Je sens que quelque chose s’ouvre en moi Ă  chaque nouvelle idĂ©e, chaque dĂ©couverte. C’est viscĂ©ral. Je veux collecter, connecter, ressentir. Je veux ĂȘtre une Ă©ponge, un canal, une passante du monde. Je veux absorber ce qui m’entoure. Comme si ça me rendait plus vivante, plus ancrĂ©e, plus libre. Je ressens quelque chose de profondĂ©ment sensuel dans l’acte d’apprendre, un plaisir presque charnel. Un appĂ©tit sensoriel et intellectuel. C’est une maniĂšre de rencontrer le monde, mais aussi de me rencontrer moi-mĂȘme. De construire quelque chose en moi.

    Je lis plusieurs livres Ă  la fois. J’écris plusieurs textes Ă  la fois. Je pense Ă  plusieurs projets Ă  la fois. Je passe des uns aux autres selon l’humeur, selon ce que mon cƓur, mon esprit ou ma solitude rĂ©clame. Parfois, je cherche la profondeur, parfois la lĂ©gĂšretĂ©, parfois la poĂ©sie. Et puis je note tout, je garde une trace de chaque chose que je fais, comme pour figer l’instant. Comme pour garder la rĂ©flexion latente, vivante. Comme pour garder mon esprit alerte.

    Alors je planifie. Je liste. Je structure. Je crĂ©e des to-do lists dans mes carnets, dans mon tĂ©lĂ©phone, dans ma tĂȘte. J’organise mes journĂ©es pour ĂȘtre sĂ»re de ne pas perdre de temps. Pour faire un maximum. Lire, Ă©crire, Ă©couter, avancer. Être partout Ă  la fois. Être pleine.
    Il y a en moi cette volontĂ© de ne rien rater. De ne pas laisser les jours filer sans qu’ils aient laissĂ© une trace. Parce que j’ai peur, je crois. Peur de ne pas vivre assez. Peur de passer Ă  cĂŽtĂ©. Peur d’ĂȘtre lĂ  sans y ĂȘtre vraiment.

    Et pourtant, parfois, je me demande : Est-ce que tout ça me nourrit ou me remplit juste ? Est-ce que je veux apprendre pour ĂȘtre, ou simplement pour faire ? Est-ce que je cherche Ă  ressentir
 ou Ă  me prouver que je ne perds pas mon temps ?
    Parfois, j’ai peur de tout effleurer sans jamais rien vraiment habiter. De survoler la vie Ă  force de vouloir en absorber tous les dĂ©tails. D’ĂȘtre dans l’action, dans la quĂȘte, dans le dĂ©sir d’expĂ©riences… au point d’en oublier la prĂ©sence pure et simple. 

    Est-ce que je crée vraiment, ou est-ce que je produis ? Est-ce que je vis, ou est-ce que je collectionne les moments comme des preuves que je vis ?

    J’avance entre deux Ă©lans : le contrĂŽle et le lĂącher prise. Entre la volontĂ© d’organiser et celle d’ĂȘtre dans l’instant prĂ©sent. Entre l’envie de crĂ©er des choses tangibles et celle de me laisser porter par ce qui vient. Je ne sais pas toujours oĂč me placer. Mais peut-ĂȘtre que vivre, c’est ça aussi : apprendre Ă  ĂȘtre dans l’entre-deux. À respirer dans cet Ă©quilibre fragile entre faire et ĂȘtre. Entre prĂ©voir et ressentir. Entre apprendre et me laisser traverser.

    Et peut-ĂȘtre que ma soif de savoir, aussi intense soit-elle, est simplement le signe que je veux embrasser la vie de toutes mes forces. MĂȘme si parfois, je ne sais plus trĂšs bien comment, ni pourquoi.

    Peut-ĂȘtre que vivre, c’est parfois aussi accepter de ne pas tout comprendre, et de ne pas tout expĂ©rimenter. De laisser de l’espace, du silence, du vide. De m’arrĂȘter parfois, de faire une pause dans cette course effrĂ©nĂ©e contre la montre. Et pouvoir, pour un court moment mĂȘme, prendre le temps de me sentir, non pas remplie de vie, mais pleinement vivante.