J’écris ces quelques mots au bord d’une plage en Tasmanie. Il est sept heures du matin. La mer est calme, l’air est frais, le soleil est discret mais doux. Il n’y a que moi et le bruit de vagues. Des vagues timides, mais dont les délicats va-et-vient m’offrent un apaisement sans nul autre pareil.
Quand je pars loin de ma routine, plus que jamais, je ressens cette envie lancinante de déconnecter. Me couper de tout, faire le vide, ralentir, savourer l’instant présent.
Et pourtant, il y a toujours cette petite voix dans ma tête, qui apparait sans crier gare. Cette petite voix qui fend la quiétude de ces moments suspendus de vie, qui me rappelle à l’ordre, qui me dit : n’oublie pas de partager ce que tu vis, n’oublie pas de donner des nouvelles, n’oublie pas d’écrire, n’oublie pas tes projets, n’oublie pas de laisser une trace.
En moi se crée alors dans un même mouvement, le besoin de disparaitre et l’urgence d’être là.
Cette ambivalence entre vivre et montrer, elle est finalement toujours présente en moi, mais plus encore dans ces moments d’échapées belles, dans ces moments où la lenteur remplace le tumulte de la vie quotidienne, et où le bruit de mes pensées devient alors impossible à ignorer.
Être seule et écrire sont des besoins vitaux chez moi ; c’est ce qui me permet de recharger mes batteries en même temps que je décharge ma tête. Mais ça me renvoie aussi à cette envie de créer, partager, connecter, qui vit en moi.
Et alors j’ai cette impression étrange d’avoir en moi deux voix, sans savoir laquelle suivre. J’ai l’envie de me laisser emporter par l’inertie de la lenteur, de la douce déconnexion avec l’extérieur, et en même temps je ressens cette tension en moi qui m’empêche de lâcher totalement prise.
Et la sensation de ne pas faire assez s’immisce en moi. Je vois toutes ces images, tous ces mots sur les réseaux, et je sens émaner du fond de mon ventre toute la pression que je me mets de produire. Pas seulement par rapport à ce que je vis, mais aussi par rapport à ce que j’écris, à ce qui m’anime.
Je sais pourtant que l’inspiration précède la création, et je refuse de créer parce qu’il le faut, mais c’est pourtant quelque chose qui dort en moi. Réveillé par la peur de ne pas être assez, de ne pas exister aux yeux des autres, d’être oubliée.
Oui je le sais.
Alors me voilà sur cette plage, le visage baigné par les rayons chauds du soleil, à déposer sur le papier ces pensées dissonantes, avec l’envie d’en partager les remous, peut-être comme si je cherchais à me justifier de ne pas publier autant que je le voudrais. Et c’est finalement ce qui me permet en fait de verbaliser que c’est ok.
Avec le bruit des vagues, et mon carnet dans les mains, je réussis, un peu comme une lueur qui réapparait entre les nuages, à me dire que je suis en paix avec ça. Il n’y a qu’un rythme que je peux suivre et c’est le mien.
Et même si cette voix revient – et elle reviendra – je relirai alors ces mots. Je me rappellerai que la vie est faite de ce mouvement perpétuel, de ces oscillations entre nos différentes versions de nous. Qu’être lucide sur ce qu’on ressent, même si on ne veut pas le ressentir, c’est déjà une preuve qu’on a évolué. Et puis surtout, que la présence d’un moment suspendu, où plus rien ne compte si ce n’est ce moment précis, peut être plus forte que le brouhaha des projections de ce qui existe en dehors de ce même moment.
Partager ce qu’on vit, ce qu’on pense, ce qu’on ressent, c’est beau, ça crée du lien, ça crée un écho. Mais c’est d’abord le fait même de vivre, penser, ressentir qui, au-delà de tout, nous rend vivants.









