Catégorie : carnets

  • less scrolling, more living

    less scrolling, more living

    J’écris ces quelques mots au bord d’une plage en Tasmanie. Il est sept heures du matin. La mer est calme, l’air est frais, le soleil est discret mais doux. Il n’y a que moi et le bruit de vagues. Des vagues timides, mais dont les délicats va-et-vient m’offrent un apaisement sans nul autre pareil.

    Quand je pars loin de ma routine, plus que jamais, je ressens cette envie lancinante de déconnecter. Me couper de tout, faire le vide, ralentir, savourer l’instant présent.

    Et pourtant, il y a toujours cette petite voix dans ma tête, qui apparait sans crier gare. Cette petite voix qui fend la quiétude de ces moments suspendus de vie, qui me rappelle à l’ordre, qui me dit : n’oublie pas de partager ce que tu vis, n’oublie pas de donner des nouvelles, n’oublie pas d’écrire, n’oublie pas tes projets, n’oublie pas de laisser une trace.

    En moi se crée alors dans un même mouvement, le besoin de disparaitre et l’urgence d’être là.

    Cette ambivalence entre vivre et montrer, elle est finalement toujours présente en moi, mais plus encore dans ces moments d’échapées belles, dans ces moments où la lenteur remplace le tumulte de la vie quotidienne, et où le bruit de mes pensées devient alors impossible à ignorer.

    Être seule et écrire sont des besoins vitaux chez moi ; c’est ce qui me permet de recharger mes batteries en même temps que je décharge ma tête. Mais ça me renvoie aussi à cette envie de créer, partager, connecter, qui vit en moi.

    Et alors j’ai cette impression étrange d’avoir en moi deux voix, sans savoir laquelle suivre. J’ai l’envie de me laisser emporter par l’inertie de la lenteur, de la douce déconnexion avec l’extérieur, et en même temps je ressens cette tension en moi qui m’empêche de lâcher totalement prise.

    Et la sensation de ne pas faire assez s’immisce en moi. Je vois toutes ces images, tous ces mots sur les réseaux, et je sens émaner du fond de mon ventre toute la pression que je me mets de produire. Pas seulement par rapport à ce que je vis, mais aussi par rapport à ce que j’écris, à ce qui m’anime.

    Je sais pourtant que l’inspiration précède la création, et je refuse de créer parce qu’il le faut, mais c’est pourtant quelque chose qui dort en moi. Réveillé par la peur de ne pas être assez, de ne pas exister aux yeux des autres, d’être oubliée.

    Oui je le sais.

    Alors me voilà sur cette plage, le visage baigné par les rayons chauds du soleil, à déposer sur le papier ces pensées dissonantes, avec l’envie d’en partager les remous, peut-être comme si je cherchais à me justifier de ne pas publier autant que je le voudrais. Et c’est finalement ce qui me permet en fait de verbaliser que c’est ok.

    Avec le bruit des vagues, et mon carnet dans les mains, je réussis, un peu comme une lueur qui réapparait entre les nuages, à me dire que je suis en paix avec ça. Il n’y a qu’un rythme que je peux suivre et c’est le mien.

    Et même si cette voix revient – et elle reviendra – je relirai alors ces mots. Je me rappellerai que la vie est faite de ce mouvement perpétuel, de ces oscillations entre nos différentes versions de nous. Qu’être lucide sur ce qu’on ressent, même si on ne veut pas le ressentir, c’est déjà une preuve qu’on a évolué. Et puis surtout, que la présence d’un moment suspendu, où plus rien ne compte si ce n’est ce moment précis, peut être plus forte que le brouhaha des projections de ce qui existe en dehors de ce même moment.

    Partager ce qu’on vit, ce qu’on pense, ce qu’on ressent, c’est beau, ça crée du lien, ça crée un écho. Mais c’est d’abord le fait même de vivre, penser, ressentir qui, au-delà de tout, nous rend vivants.

  • se détacher des projections

    se détacher des projections

    Il y a quelque chose que j’observe énormément autour de moi.
    Et que j’ai longtemps fait moi aussi.

    La tendance à projeter.

    Projeter sur les gens.
    Projeter sur les relations.
    Projeter sur les lieux, les projets, les vies qu’on imagine possibles.

    Souvent, ça commence de manière presque invisible, imperceptible.

    Si je prends l’exemple des relations, on rencontre quelqu’un, et certaines choses font écho en nous. Une énergie. Une façon d’être. Une attention. Une sensibilité.
    Et parfois, ça touche quelque chose de plus profond : un manque, une peur, un besoin, un désir d’être vu.e, choisi.e, rassuré.e, reconnu.e.

    Et à partir de là, on commence à construire une histoire.

    Comme si on avait quelques pièces d’un puzzle et qu’on recréait toute l’image à partir de ce qu’on imagine dans notre tête.

    J’ai beaucoup observé ça chez mes amies, dans leur rapport avec les hommes (sous un prisme hétérosexuel en tout cas).
    Je sais que ce n’est pas uniquement féminin mais je remarque que chez beaucoup de femmes, il y a probablement aussi tout le poids des représentations : l’amour, le couple, la réussite relationnelle, le fait d’être choisie, validée, construite à travers le regard de l’autre.

    Et parfois, je les vois s’accrocher à une histoire qu’elles ont commencée à écrire dans leur tête.

    Une personne montre quelques signes d’intérêt.
    Quelques gestes.
    Quelques mots.

    Et tout autour, l’imaginaire s’active.

    Et ce n’est pas volontaire.
    C’est juste profondément humain.

    Notre cerveau fonctionne avec des raccourcis.
    Il y a ce qu’on appelle le biais d’ancrage : la première impression, la première information reçue devient une base, une “ancre”.
    Et puis, à partir de là, on va progressivement et inconsciemment chercher tout ce qui confirme cette première impression… et ignorer ce qui la contredit. C’est le biais de confirmation.

    Alors on ne voit plus vraiment la personne telle qu’elle est.
    On voit la personne telle qu’elle confirme l’histoire qu’on s’est racontée.

    Et plus on y pense, plus on en parle autour de nous, plus on nourrit cette narration intérieure. Plus on lui donne de la matière. On la renforce. On la rend presque réelle. Mais elle reste… intérieure.

    Et le problème, c’est que pendant ce temps-là, la réalité, elle, évolue. Les gens évoluent. Les situations bougent. Et ça en dehors de ce qu’on avait construit dans notre esprit. 

    Et quand la réalité finit par entrer en collision avec ce qu’on avait imaginé, ça peut être brutal. Parce qu’on ne perd pas seulement une relation, une opportunité, une possibilité.
    On perd l’histoire qu’on avait construite autour.

    On ignore souvent les éléments qui viennent contrecarrer le scénario qu’on a dans la tête. Parce que c’est compliqué d’admettre qu’on s’est trompé.e, ça nous met en position de dissonance cognitive, cet inconfort mental où la réalité ne correspond plus à nos croyances, à l’histoire qu’on s’était racontée.

    Alors parfois, on s’accroche. On insiste. On espère encore. On réinterprète la réalité pour qu’elle colle à ce qu’on avait imaginé. Mais ça finit par faire souffrir. Parce qu’on nourrit quelque chose qui n’existe que dans notre tête. Et plus on l’alimente, plus on s’y enferme.

    C’est un schéma qui ne concerne pas que les relations. C’est aussi vrai pour les lieux où on fantasme vivre, les jobs qu’on idéalise, les façons de vivre qu’on fantasme, les versions de nous-mêmes qu’on pense devoir devenir.

    On prend quelques éléments réels… et on construit un monde entier autour.

    Sauf que ça crée des attentes. Beaucoup d’attentes. Et les attentes, quand elles reposent sur des projections, finissent presque toujours par nous blesser.

    Parce que le monde extérieur n’est pas contrôlable. Les gens ne sont pas contrôlables. Les situations qui sont autour de nous ne sont pas contrôlables.

    Ça a été un processus long pour moi de comprendre ça.

    Aujourd’hui, j’essaie de prendre les choses comme elles sont. Les gens, les situations, la vie. Sans projeter ce que je ne peux pas contrôler. Et paradoxalement, c’est ça qui m’a redonné du pouvoir.

    Parce que le seul endroit où on a vraiment du contrôle, c’est sur nos pensées, nos choix, nos actions. Et quand on commence à déconstruire ces projections, quand on commence à lâcher prise sur ce qu’on ne peut pas maîtriser, on enlève un poids énorme. Surtout dans les relations.

    Parce que projeter des attentes sur quelqu’un — basées sur nos peurs, nos manques ou nos besoins — ça peut être étouffant.
    Et je sais d’ailleurs que moi, quand quelqu’un projette trop sur moi… ça me fait prendre mes distances.

    Alors que quand il y a moins d’attentes, les relations deviennent plus naturelles. Plus libres. Plus vraies. Et paradoxalement, plus solides, parce que plus ancrées dans la réalité et dans le moment, moins que dans la projection d’un potentiel futur.

    Il y a peut-être une forme de détachement là-dedans. Mais pas un détachement froid.  Un détachement lucide. Un détachement apaisé. Prendre les gens, les choses, les situations pour ce qu’ils sont. Pas pour ce qu’on voudrait qu’ils soient. Et reprendre le pouvoir là où il existe vraiment : dans notre manière de voir, dans notre manière d’agir, dans notre manière d’habiter le réel.

    Aujourd’hui, je crois que c’est précisément ce qui m’apporte le plus de paix. Avec moi-même. Et avec les autres.

  • le vide du trop

    le vide du trop

    Je passe tellement de temps à penser à tout ce que je dois faire qu’au final je n’ai rien fait.

    Au-delà d’un constat personnel, j’ai la sensation qu’il s’agit d’un climat général, que j’observe partout autour de moi. Notre attention est si fragmentée, qu’elle en devient soluble. Nos pensées sont sans cesse interrompues, sollicitées, appelées ailleurs. Tout est là, tout le temps, à portée de main, et pourtant rien ne reste.

    Byung-Chul Han parle d’une société de la performance et de la transparence, où tout doit être visible, réactif, immédiat. Le problème n’est peut-être pas qu’on pense trop, mais qu’on pense sans profondeur, parce qu’on est constamment tiré hors de soi.

    La dispersion devient alors une forme de fatigue existentielle. On saute d’une idée à l’autre, pas nécessairement par curiosité, mais par incapacité à rester avec une seule chose assez longtemps pour qu’elle prenne corps.

    C’est là que naît la charge mentale : trop de possibles, trop de canaux, trop de stimulations, trop peu de silence.

    On accumule des idées comme on accumule des onglets ouverts.
    Tout coexiste, tout se superpose, rien ne s’imprime vraiment. Et dans ce flot d’idées, il y a souvent une paralysie douce : celle de ne même plus savoir par où commencer.

    À force d’être exposés à tout, on devient blasés.
    Presque indifférents, parce que saturés.
    Les pensées n’ont plus le temps de s’enraciner. Les envies n’ont plus l’espace de devenir des élans. On effleure beaucoup, on approfondit peu. On consomme des idées comme des contenus, en superficialité, rapidement, sans toujours les digérer.

    Il existe une sorte d’hyperdisponibilité induite par l’hyperconnectivité : être joignable en permanence, c’est ne plus jamais être pleinement absent au monde extérieur, donc jamais pleinement présent à soi. 

    Nous ne sommes plus seulement des êtres qui vivent, mais des êtres qui optimisent leur existence. Chaque idée devient un projet potentiel. Chaque moment, un contenu possible. Chaque silence, une occasion manquée.

    Que devient le repos, le vrai ? Que devient l’ennui ? Est-on seulement capable de ne rien faire ?

    Culturellement, on valorise la productivité, la croissance, la visibilité, le résultat. Nous vivons dans le culte de la performance. Comme si être ne suffisait plus. Il faut prouver qu’on est.

    Le glissement du « je veux » vers le « je dois » est tragique : ce qui naissait du désir devient une obligation. Même la création se transforme en tâche.

    Je me suis toujours convaincue que je faisais des listes pour organiser mon esprit brouillon, mais je crois qu’il y a derrière ça quelque chose de plus insidieux : la peur de ne pas faire assez. Et là surgit en fonction de l’accomplissement de nos tâches, fierté ou culpabilité. Comme si la productivité était un critère de réussite de notre journée. Comme si notre vie était une entreprise destinée à faire du profit.

    Ce tiraillement entre la quête incessante d’être soi et la volonté lancinante de prouver qu’on existe, dit quelque chose de notre humanité contemporaine : on a appris à exister vers l’extérieur, parfois au détriment de l’habitation intérieure.

    Le problème, au final, ce n’est pas qu’on manque de temps, mais qu’on manque de présence.
    On a beau avoir plein d’idées, on n’en habite aucune assez longtemps pour qu’elle nous transforme.

    Tout devient projet potentiel, performance possible, chose à montrer.
    Et vivre glisse lentement du côté du faire.
    Du côté de l’optimisation.
    Du côté de ce qui se mesure, se partage, se justifie.

    Dans ce trop-plein permanent, quelque chose se vide.
    Le goût.
    L’élan.
    La profondeur.

    Le vide du trop, ce n’est peut-être pas tant l’absence de sens, mais son étouffement.
    Peut-être qu’il ne s’agit pas d’ajouter encore, mais de fermer quelques onglets.
    De recentrer son attention, et sa présence, au moment que l’on vit.
    Jusqu’au bout.

    Décider de ne pas devenir esclaves de cette performance à outrance, de l’algorithme, de cette image qu’on essaie de créer, devient alors peut-être un acte de résistance.

  • 2026

    2026

    Premier jour de 2026.

    En un claquement de doigt, 
    une étincelle dans le ciel,
    on passe de la fin au commencement.

    Je réalise combien j’ai appris sur moi
    ces dernières années,
    et plus encore ces derniers mois.

    J’ai longtemps cherché ce qui me ressemblait,
    ce qui me faisait vibrer,
    ce qui me donnait ce sentiment de liberté.

    Et dans cette quête du toujours plus,
    j’ai découvert tellement –
    sur moi, sur les autres, sur le monde.

    Mais je me suis aussi perdue.

    Dans mes excès,
    mes peurs,
    mes doutes,
    mes démons.

    Aujourd’hui, je sais
    qu’il me reste encore beaucoup à apprendre.
    Mais je sens aussi que j’arrive à la fin d’un cycle.

    Comme si j’avais grandi jusqu’ici.
    Comme si j’avais collecté, une à une,
    les pièces qui ouvre le prochain niveau. 
    Comme si ce prochain niveau était devant moi. 

    Il est arrivé le moment d’évoluer
    vers une toute nouvelle version
    de ce que je suis,
    et de ce que je vis.

    Pour 2026, ni résolutions
    ni promesses à tenir.
    Je fais de la place;
    je me laisse de l’espace.
    Pour devenir.

  • quand tout bascule

    quand tout bascule

    Je ne sais pas bien par où commencer. Alors je vais commencer par Bondi.
    Parce que pour moi, Bondi, c’est devenu synonyme de maison. 
    Je me sens connectée à Sydney de manière générale. Mais Bondi, en particulier, me donne ce sentiment de sécurité, ce sentiment de paix que j’ai ressenti dès la première fois que j’y ai mis les pieds.
    J’y ai vécu des moments inoubliables, malgré le monde, malgré le bruit. Y revenir après dix mois, c’est un peu étrange. Revenir là où tout semble identique, mais où tout a changé pourtant. Comme moi. 
    Ce retour c’est à la fois la douceur de retrouver un chez moi, mais la sensation d’être en décalage avec tout ce qui est autour de moi.

    Et alors que, dans ces premiers balbutiements, je me reconnecte doucement avec de nouvelles habitudes, l’impensable arrive. 
    Des coups de feu qui viennent exploser la bulle de candeur de ce dimanche d’été. Je suis à 200 mètres du lieu où ça tire. 
    Je me souviens de ces bruits lourds qui fendent l’air. La musique qui s’arrête, les affaires laissées au sol, les cris des enfants. L’incompréhension qui fait place à la survie. J’ai couru, je me suis réfugiée avec mes amis. J’ai eu peur. Peur pour moi, pour tous ceux que je connais à Bondi, pour l’endroit que j’aime. C’était rapide. C’était brutal. 

    Et depuis, tout est remonté. Le décalage que je ressens depuis mon retour, les anciennes peurs, les doutes, les questionnements, mon corps encore fragile, ma vie bruxelloise laissée derrière moi,… Tout se mélange. Je me sens paralysée. Comme si j’avais appuyé sur pause. Sans savoir encore comment relancer la machine. Aujourd’hui, alors que mon cerveau peine encore à réaliser tout ce qui s’est passé depuis une semaine, j’essaie de comprendre. Comprendre ce qui, dans tout ce méli-mélo de pensées, relève de la guérison, de l’épuisement, de l’intuition, de la peur ou simplement du temps qu’il faut laisser passer.

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    Contexte

    Après les évènements qui se sont passés à Bondi ce dimanche 14 décembre 2025, le temps semble s’être arrêté. Je suis passée par plusieurs phases, et je continue de traiter ce tourbillon d’émotions et de pensées que j’ai dans la tête.

    Ces derniers jours, j’ai vu passer beaucoup d’images de Bondi. Des vidéos lumineuses, des mots doux, des hommages. Et je crois que c’est aussi une manière, pour beaucoup, de travailler ce qui s’est passé. Moi, j’avais pas envie de donner l’impression de surfer sur une vague, celle d’un attentat qui a fait de nombreuses victimes et qui nous a profondément affectés. Mais ce que j’ai vécu, et ce que cet événement a réveillé en moi, j’avais besoin de le déposer quelque part.

    Beaucoup de choses sont remontées. Cette sensation brutale que la vie tient à un fil. Que chaque décision qu’on prend a des conséquences. Et que parfois, quand tout se mélange – le choc, le changement, la fatigue, les peurs – ça devient difficile de (re)trouver ses repères.

    Alors voilà, je vous partage ça. Sans conclusion, sans grande leçon, sans phrase inspirante. Juste avec l’envie de déposer quelque chose que je traverse.
    Et peut-être, aussi, de faire écho, à celles et ceux qui ressentent ce flou, sans réussir à trouver les mots.

  • changer d’air

    changer d’air

    Pendant longtemps j’ai pas été heureuse. 

    Pas heureuse, c’est peut-être fort,
    mais disons que j’avais une sensation inconfortable,
    une sensation de vide qui était toujours présente en moi.

    J’avais ce sentiment de pas vivre vraiment. 
    Ou en tout cas de pas vivre ce que j’avais envie de vivre. 
    Tu sais, un peu l’impression de subir.
    En pilote automatique.

    Mes démons et mes traumas,
    j’ai travaillé dessus, je le sens.
    C’est encore présent,
    comme mon hypersensibilité.
    Mais pas de la même manière qu’avant.
    Et pourtant, ça m’arrive encore de ressentir cette dissonance.

    Parfois, on se sent pas bien, on a l’impression de pas avancer,
    et on croit que le problème c’est nous.
    Mais peut-être que le problème c’est pas que nous. 
    Peut-être que cette sensation elle vient aussi
    de l’environnement dans lequel on vit,
    des habitudes qu’on répète,
    des gens qui nous entourent. 

    Parfois, peut-être qu’on a juste besoin de partir. 

    Changer d’air.
    Changer de ville,
    changer de pays,
    changer de routine,
    changer de cercle. 

    Explorer l’inconnu,
    créer de nouveaux liens,
    essayer quelque chose de différent.

    Pour se comprendre.
    Et comprendre ce qui aidera notre développement.
    Comprendre qu’il ne suffit pas juste
    de se changer soi-même,
    mais que changer ce qui nous entoure
    fait aussi partie du processus.
    Ça fait toute la différence.

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    Contexte

    Parce qu’évidemment, le bonheur, c’est lié à nous, à notre façon de voir les choses, mais pas que.
    On verra pas une plante grandir et se développer sainement, si le sol dans lequel elle prend racine ou les conditions qui l’entourent ne sont pas faits pour elle…
    Et c’est la même chose pour nous.
    C’est pas simple, ça demande du temps souvent, des remises en question, et puis surtout un apprentissage de soi.

    Quand on a changé sa manière de voir les choses, les gens, le monde, et soi-même, revenir dans des lieux chargés d’anciennes versions de soi, c’est étrange. Les souvenirs, les gens, les habitudes.
    On se retrouve face à quelque chose qui n’existe plus vraiment en nous et qui nous met justement face à nos changements.

    Apprendre à se connaître, c’est aussi ça je crois :
    savoir lire ses ressentis, reconnaître ce qui nous fatigue et ce qui nous élève.
    Comprendre ce qu’on veut, pour mieux discerner ce qui est bon pour nous.

    Dire « ok, j’ai changé », c’est aussi apprendre à dire non.
    Non à certaines habitudes.
    Non à des schémas qu’on répète par confort ou par fidélité au passé.
    C’est pas rejeter ce qu’on a connu,
    mais juste avoir compris que ce n’est plus ce qu’on veut.

  • j’ai arrêté de vouloir plaire à tout le monde

    j’ai arrêté de vouloir plaire à tout le monde

    J’ai passé beaucoup de temps à courir après l’amour, la reconnaissance, la validation des autres.
    Avec ce sentiment profond et destructeur de ne pas être assez.
    J’ai tellement cherché à me rendre disponible pour tout le monde, tout le temps, à entretenir un max de contacts, de relations, d’interactions.
    Pour être sûre d’exister dans la vie des autres, pour être sûre d’exister tout court.
    Que je me suis trop souvent perdue là-dedans.

    Le pire c’est que donner autant d’énergie aux autres, ça m’a toujours fatiguée. Je le savais, je le disais souvent. Sans vraiment réussir à comprendre pourquoi. 
    Mais après tant de fois à me retrouver dans le trop-plein d’interactions, j’ai fini par réaliser. 
    Réaliser à quel point j’avais besoin de solitude, de calme.
    Des moments où personne ne m’attend, où je n’ai rien à donner, rien à prouver. 

    C’est fou comme on peut passer sa vie à chercher à être vu.e, alors qu’en vrai, ce dont on a besoin, c’est de se voir soi-même.

    Petit à petit, j’ai commencé à comprendre que je n’avais pas besoin d’être aimée de tout le monde. Que ce truc de vouloir la reconnaissance, être l’amie de tout le monde, toujours plaire… non seulement ça m’épuise, mais en plus ça m’éloigne de ce que moi je veux, ça m’éloigne de ma vie à moi.

    On se construit avec les autres mais par en fonction des autres.
    Avec les réseaux sociaux aussi, on a fait grandir cette tendance à montrer au lieu de faire, à avoir au lieu d’être, à apparaitre au lieu d’exister.
    Et je crois que c’est aussi ça finalement tout le propos : c’est d’abord pour nous qu’on vit notre vie.

  • au revoir bruxelles

    au revoir bruxelles

    En mars, je revenais d’Australie.
    Nous voilà en décembre et j’y repars.
    Neuf mois en toi Bruxelles.
    Neuf mois à construire un nouveau morceau de vie.
    Neuf mois comme un symbole ;
    celui d’un cycle,
    celui de la naissance d’une nouvelle version de moi.

    Ces mois passés ici m’ont offert une douceur que je n’attendais pas.
    Bruxelles, tu m’as ramenée à ce qui m’anime.
    Bruxelles, tu m’as fait du bien.
    J’ai trouvé un rythme, un souffle, une façon de me projeter.
    J’ai commencé à m’y voir vivre, à m’y ancrer.
    Et je crois que c’est toujours ça qui rend un départ si particulier :
    quitter une vie en train de se construire.

    Quand j’ai laissé ma vie à Munich en 2023,
    je quittais aussi ce que j’avais construit là-bas.
    Mais c’était différent,
    parce que je savais que c’était terminé.
    Je partais en Australie sans attentes, sans direction précise.

    Et cette première année loin de tout m’a transformée.
    Elle m’a appris qui j’étais, ce que j’aimais, ce que je ne voulais plus.
    Elle m’a offert une clarté intérieure que je n’avais jamais eue. Aujourd’hui, si je repars, c’est avec une intention différente.
    Parce que cette fois, je sais où je veux revenir.
    Je sais que mes projets, mes envies, mon intuition…
    pointent vers toi Bruxelles.

    Alors de nouveau, je ressens cette drôle de sensation :
    celle de mettre sur pause
    quelque chose que j’ai à peine commencé.
    De laisser derrière moi
    des tas de brouillons et de portes ouvertes,
    en espérant que lorsque je reviendrai,
    elles seront encore là.

    Malgré tout cet amour,
    Bruxelles, je pars.
    Parce que je sais,
    parce que je sens
    que je dois le faire.
    Je porte en moi cette vérité ;
    celle qui me dit :
    on ne sait jamais ce qui peut arriver.

    Nos plus grandes convictions,
    nos plans les mieux ficelés,
    ce que l’on croyait vouloir pour toujours ;
    tout ça peut basculer,
    se réinventer,
    renaître autrement.

    Il y a neuf mois, je nourrissais cette volonté
    de revenir à Sydney
    pour y vivre définitivement.
    Aujourd’hui, je me sens ancrée à toi Bruxelles.
    Et c’est dans cet ancrage que je me projette.
    Finalement, la vie n’est-ce pas toujours ce qui se passe ici et maintenant ?

    Je sais qu’il existe toujours quelque part un bouton reset.
    Un imprévu, une rencontre, une intuition, un détour,
    capable de tout changer en une seconde.
    Alors c’est ainsi que je te quitte Bruxelles :
    tu es ma maison, mais je reste ouverte ;
    tu es ma stabilité, mais je reste en mouvement.
    Je sais où je veux aller, mais je sais aussi que tout peut arriver.
    Et peut-être que c’est ça, finalement,
    la plus belle manière d’avancer.

    Au revoir Bruxelles,
    au revoir ma belle.
    Au revoir ma ville
    où le gris rayonne
    où la pluie résonne
    sur tes vieux pavés.
    Si la bière coule à flot,
    l’amour aussi,
    et si ici on a chaud
    c’est parce qu’on rit.
    Je t’ai rencontrée,
    je t’ai aimée
    et même si aujourd’hui je te quitte,
    c’est pour mieux te retrouver ensuite.
    Bruxelles, ne m’oublie pas,
    même au bout du monde,
    je continuerai de parler de toi.

  • actrice de ma vie

    actrice de ma vie

    Je crois que le bonheur c’est pas quelque chose qu’on trouve ;
    c’est quelque chose qu’on crée.
    C’est pas une quête extérieure,
    pas un objectif, 
    pas un état qu’on atteint une fois qu’on a coché toutes les cases.

    Je crois que le bonheur c’est une manière d’être.
    C’est une façon de percevoir les choses ;
    c’est une décision ;
    c’est ce sourire du cœur,
    cette petite voix à l’intérieur qui dit : “je vis” 

    Tous les jours, j’essaie de me rappeler que je suis le personnage principal de ma vie ;
    que c’est moi qui écris mon histoire ;
    moi qui décide surtout comment je réagis aux éléments extérieurs.

    Si quelque chose ne me plaît pas, je le transforme,
    ou je change le regard que je porte dessus,
    ou je pars.
    Mais je refuse de subir.

    J’ai pas envie d’attendre.
    La fin de la journée, le week-end, les vacances, le “bon moment”.
    J’ai pas envie d’attendre de vivre.
    Parce que vivre, c’est pas ailleurs que maintenant.

    Et aujourd’hui, je ressens cette excitation à la fois douce et brûlante.
    Celle de tourner une page pour en écrire une nouvelle ;
    celle de pouvoir créer, essayer, me tromper, recommencer ;

    Me mettre hors de ma zone de confort.
    Parce que c’est là que tout commence.
    Parce que c’est comme ça que je me sens vivante.

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    Contexte

    C’est drôle parce que je revendique beaucoup cette idée d’être actrice de ma vie.
    De pouvoir écrire mon histoire, faire mes choix, créer mon bonheur, sortir de ma zone de confort. C’est vraiment quelque chose que j’essaie d’avoir en tête tous les jours, et c’est ce qui me drive dans la plupart de mes décisions.

    Mais la vérité, c’est que j’ai aussi vachement la trouille.
    Parce qu’être consciente que je suis responsable de mon bonheur, ça vient avec une pression énorme : la peur de pas y arriver, de pas faire assez, de me planter, de décevoir.

    Dès que je suis face à l’arrivée imminente du changement, quand je me retrouve à la fin d’un chapitre, juste avant une nouvelle page blanche, je commence toujours à paniquer. J’ai l’impression d’être submergée par tout ce qu’il me reste à faire. Je vois juste l’énorme montagne à gravir, et ça me fait peur. Mais c’est ça le truc : c’est souvent exactement le signe qu’il faut que je fonce.

    C’est un sentiment tellement ambivalent : à la fois une sensation de surpuissance, et en même temps une vulnérabilité immense. En fait, je crois que l’un ne va pas sans l’autre. Sortir de ma zone de confort, ça me fait me sentir vivante, ça me sort de cet espèce de pilote automatique; et ça m’apporte des choses incroyables, ça me donne la sensation de construire la vie que je veux vraiment.
    Mais ça vient toujours avec une forme d’instabilité permanente, c’est angoissant, ça me fait douter de tout.Et pourtant… c’est ce qui rend la fierté encore plus grande au final.

    Parce que quand tu te dis que tu as bien fait de saisir l’opportunité de prendre un risque, quand tu relèves le challenge même si c’est juste le fait d’avoir surmonté ta peur, c’est un sentiment incroyable.
    Genre, tout est possible.
    Et c’est souvent là que tu grandis le plus.

  • j’écris

    j’écris

    (texte déclamé pour la première fois le 21 août 2025 à Bruxelles à la scène ouverte Lost Words)

    J’écris.
    Sans cesse.
    Comme pour capturer l’essence des choses,
    des moments,
    de la vie.
    La pureté des émotions,
    dans leur naissance,
    dans leur spontanéité.

    J’écris comme je respire.
    Je crée comme j’écris.
    C’est une manière pour moi,
    je crois,
    de figer le temps,
    d’en garder une trace.
    Du temps ou de la vie peut-être ?
    Dans son impermanence,
    dans sa fugacité.

    J’écris sur tout.
    Parfois avec sens et raison.
    Souvent dans un chaos,
    me laissant porter,
    sans logique, 
    suivant mes idées et mes ressentis.
    Et mon esprit les met ensuite en musique. 
    Un peu comme un fil rouge,
    qui connecte chaque pièce,
    chaque morceau de pensée, 
    chaque réflexion.

    Ma vie ressemble à ça :
    une succession,
    ou plutôt un empilement, 
    un univers même, 
    de textes.
    Des notes ici et là.
    Des mots éparpillés, 
    des listes,
    des esquisses,
    des diatribes,
    des poèmes,
    des projets.

    Voilà ce qu’est ma vie,
    une maison remplie de brouillons.
    Une maison de mots 
    qui respirent entre les murs.