Catégorie : carnets

  • j’ai arrêté de vouloir plaire à tout le monde

    j’ai arrêté de vouloir plaire à tout le monde

    J’ai passé beaucoup de temps à courir après l’amour, la reconnaissance, la validation des autres.
    Avec ce sentiment profond et destructeur de ne pas être assez.
    J’ai tellement cherché à me rendre disponible pour tout le monde, tout le temps, à entretenir un max de contacts, de relations, d’interactions.
    Pour être sûre d’exister dans la vie des autres, pour être sûre d’exister tout court.
    Que je me suis trop souvent perdue là-dedans.

    Le pire c’est que donner autant d’énergie aux autres, ça m’a toujours fatiguée. Je le savais, je le disais souvent. Sans vraiment réussir à comprendre pourquoi. 
    Mais après tant de fois à me retrouver dans le trop-plein d’interactions, j’ai fini par réaliser. 
    Réaliser à quel point j’avais besoin de solitude, de calme.
    Des moments où personne ne m’attend, où je n’ai rien à donner, rien à prouver. 

    C’est fou comme on peut passer sa vie à chercher à être vu.e, alors qu’en vrai, ce dont on a besoin, c’est de se voir soi-même.

    Petit à petit, j’ai commencé à comprendre que je n’avais pas besoin d’être aimée de tout le monde. Que ce truc de vouloir la reconnaissance, être l’amie de tout le monde, toujours plaire… non seulement ça m’épuise, mais en plus ça m’éloigne de ce que moi je veux, ça m’éloigne de ma vie à moi.

    On se construit avec les autres mais par en fonction des autres.
    Avec les réseaux sociaux aussi, on a fait grandir cette tendance à montrer au lieu de faire, à avoir au lieu d’être, à apparaitre au lieu d’exister.
    Et je crois que c’est aussi ça finalement tout le propos : c’est d’abord pour nous qu’on vit notre vie.

  • au revoir bruxelles

    au revoir bruxelles

    En mars, je revenais d’Australie.
    Nous voilà en décembre et j’y repars.
    Neuf mois en toi Bruxelles.
    Neuf mois à construire un nouveau morceau de vie.
    Neuf mois comme un symbole ;
    celui d’un cycle,
    celui de la naissance d’une nouvelle version de moi.

    Ces mois passés ici m’ont offert une douceur que je n’attendais pas.
    Bruxelles, tu m’as ramenée à ce qui m’anime.
    Bruxelles, tu m’as fait du bien.
    J’ai trouvé un rythme, un souffle, une façon de me projeter.
    J’ai commencé à m’y voir vivre, à m’y ancrer.
    Et je crois que c’est toujours ça qui rend un départ si particulier :
    quitter une vie en train de se construire.

    Quand j’ai laissé ma vie à Munich en 2023,
    je quittais aussi ce que j’avais construit là-bas.
    Mais c’était différent,
    parce que je savais que c’était terminé.
    Je partais en Australie sans attentes, sans direction précise.

    Et cette première année loin de tout m’a transformée.
    Elle m’a appris qui j’étais, ce que j’aimais, ce que je ne voulais plus.
    Elle m’a offert une clarté intérieure que je n’avais jamais eue. Aujourd’hui, si je repars, c’est avec une intention différente.
    Parce que cette fois, je sais où je veux revenir.
    Je sais que mes projets, mes envies, mon intuition…
    pointent vers toi Bruxelles.

    Alors de nouveau, je ressens cette drôle de sensation :
    celle de mettre sur pause
    quelque chose que j’ai à peine commencé.
    De laisser derrière moi
    des tas de brouillons et de portes ouvertes,
    en espérant que lorsque je reviendrai,
    elles seront encore là.

    Malgré tout cet amour,
    Bruxelles, je pars.
    Parce que je sais,
    parce que je sens
    que je dois le faire.
    Je porte en moi cette vérité ;
    celle qui me dit :
    on ne sait jamais ce qui peut arriver.

    Nos plus grandes convictions,
    nos plans les mieux ficelés,
    ce que l’on croyait vouloir pour toujours ;
    tout ça peut basculer,
    se réinventer,
    renaître autrement.

    Il y a neuf mois, je nourrissais cette volonté
    de revenir à Sydney
    pour y vivre définitivement.
    Aujourd’hui, je me sens ancrée à toi Bruxelles.
    Et c’est dans cet ancrage que je me projette.
    Finalement, la vie n’est-ce pas toujours ce qui se passe ici et maintenant ?

    Je sais qu’il existe toujours quelque part un bouton reset.
    Un imprévu, une rencontre, une intuition, un détour,
    capable de tout changer en une seconde.
    Alors c’est ainsi que je te quitte Bruxelles :
    tu es ma maison, mais je reste ouverte ;
    tu es ma stabilité, mais je reste en mouvement.
    Je sais où je veux aller, mais je sais aussi que tout peut arriver.
    Et peut-être que c’est ça, finalement,
    la plus belle manière d’avancer.

    Au revoir Bruxelles,
    au revoir ma belle.
    Au revoir ma ville
    où le gris rayonne
    où la pluie résonne
    sur tes vieux pavés.
    Si la bière coule à flot,
    l’amour aussi,
    et si ici on a chaud
    c’est parce qu’on rit.
    Je t’ai rencontrée,
    je t’ai aimée
    et même si aujourd’hui je te quitte,
    c’est pour mieux te retrouver ensuite.
    Bruxelles, ne m’oublie pas,
    même au bout du monde,
    je continuerai de parler de toi.

  • actrice de ma vie

    actrice de ma vie

    Je crois que le bonheur c’est pas quelque chose qu’on trouve ;
    c’est quelque chose qu’on crée.
    C’est pas une quête extérieure,
    pas un objectif, 
    pas un état qu’on atteint une fois qu’on a coché toutes les cases.

    Je crois que le bonheur c’est une manière d’être.
    C’est une façon de percevoir les choses ;
    c’est une décision ;
    c’est ce sourire du cœur,
    cette petite voix à l’intérieur qui dit : “je vis” 

    Tous les jours, j’essaie de me rappeler que je suis le personnage principal de ma vie ;
    que c’est moi qui écris mon histoire ;
    moi qui décide surtout comment je réagis aux éléments extérieurs.

    Si quelque chose ne me plaît pas, je le transforme,
    ou je change le regard que je porte dessus,
    ou je pars.
    Mais je refuse de subir.

    J’ai pas envie d’attendre.
    La fin de la journée, le week-end, les vacances, le “bon moment”.
    J’ai pas envie d’attendre de vivre.
    Parce que vivre, c’est pas ailleurs que maintenant.

    Et aujourd’hui, je ressens cette excitation à la fois douce et brûlante.
    Celle de tourner une page pour en écrire une nouvelle ;
    celle de pouvoir créer, essayer, me tromper, recommencer ;

    Me mettre hors de ma zone de confort.
    Parce que c’est là que tout commence.
    Parce que c’est comme ça que je me sens vivante.

    _______________________________________________

    Contexte

    C’est drôle parce que je revendique beaucoup cette idée d’être actrice de ma vie.
    De pouvoir écrire mon histoire, faire mes choix, créer mon bonheur, sortir de ma zone de confort. C’est vraiment quelque chose que j’essaie d’avoir en tête tous les jours, et c’est ce qui me drive dans la plupart de mes décisions.

    Mais la vérité, c’est que j’ai aussi vachement la trouille.
    Parce qu’être consciente que je suis responsable de mon bonheur, ça vient avec une pression énorme : la peur de pas y arriver, de pas faire assez, de me planter, de décevoir.

    Dès que je suis face à l’arrivée imminente du changement, quand je me retrouve à la fin d’un chapitre, juste avant une nouvelle page blanche, je commence toujours à paniquer. J’ai l’impression d’être submergée par tout ce qu’il me reste à faire. Je vois juste l’énorme montagne à gravir, et ça me fait peur. Mais c’est ça le truc : c’est souvent exactement le signe qu’il faut que je fonce.

    C’est un sentiment tellement ambivalent : à la fois une sensation de surpuissance, et en même temps une vulnérabilité immense. En fait, je crois que l’un ne va pas sans l’autre. Sortir de ma zone de confort, ça me fait me sentir vivante, ça me sort de cet espèce de pilote automatique; et ça m’apporte des choses incroyables, ça me donne la sensation de construire la vie que je veux vraiment.
    Mais ça vient toujours avec une forme d’instabilité permanente, c’est angoissant, ça me fait douter de tout.Et pourtant… c’est ce qui rend la fierté encore plus grande au final.

    Parce que quand tu te dis que tu as bien fait de saisir l’opportunité de prendre un risque, quand tu relèves le challenge même si c’est juste le fait d’avoir surmonté ta peur, c’est un sentiment incroyable.
    Genre, tout est possible.
    Et c’est souvent là que tu grandis le plus.

  • j’écris

    j’écris

    (texte déclamé pour la première fois le 21 août 2025 à Bruxelles à la scène ouverte Lost Words)

    J’écris.
    Sans cesse.
    Comme pour capturer l’essence des choses,
    des moments,
    de la vie.
    La pureté des émotions,
    dans leur naissance,
    dans leur spontanéité.

    J’écris comme je respire.
    Je crée comme j’écris.
    C’est une manière pour moi,
    je crois,
    de figer le temps,
    d’en garder une trace.
    Du temps ou de la vie peut-être ?
    Dans son impermanence,
    dans sa fugacité.

    J’écris sur tout.
    Parfois avec sens et raison.
    Souvent dans un chaos,
    me laissant porter,
    sans logique, 
    suivant mes idées et mes ressentis.
    Et mon esprit les met ensuite en musique. 
    Un peu comme un fil rouge,
    qui connecte chaque pièce,
    chaque morceau de pensée, 
    chaque réflexion.

    Ma vie ressemble à ça :
    une succession,
    ou plutôt un empilement, 
    un univers même, 
    de textes.
    Des notes ici et là.
    Des mots éparpillés, 
    des listes,
    des esquisses,
    des diatribes,
    des poèmes,
    des projets.

    Voilà ce qu’est ma vie,
    une maison remplie de brouillons.
    Une maison de mots 
    qui respirent entre les murs.

  • électron libre

    électron libre

    J’ai toujours été un électron libre.

    Je croise des gens, je tisse des liens, je crée des habitudes; et puis la vie m’emmène ailleurs.

    On croit souvent que les relations doivent durer,  qu’elles doivent s’entretenir coûte que coûte.  Que si elles s’essoufflent ou s’éteignent, c’est qu’on a mal fait les choses.
    Mais est-ce forcément le cas ?

    Je crois que chaque relation existe pour ce qu’elle est,  simplement et pleinement, tant qu’elle a du sens. Les gens entrent, sortent, reviennent parfois. Rien n’est figé, tout évolue.

    Il y a évidemment, parmi ce mouvement permanent, des personnes qui restent.  Et que je compte sur les doigts d’une main. Celles avec qui la loyauté n’a pas besoin de preuves ni de messages quotidiens. Une présence parfois discrète, une évidence.

    Mais malgré tout, dans tout ça, je reste ma seule priorité.
    En amour comme en amitié. Parce qu’on fait notre chemin seul·e, même entouré·e.

    Mon cercle change, se transforme, s’étire et se resserre  au gré de mes étapes, de mes voyages, de mes changements intérieurs. Les gens que j’attire ressemblent souvent à ce que je suis au moment où je les rencontre, ou à ce que j’aspire à devenir. Ils reflètent des parts de moi : celles que je découvre, celles que je cultive, celles que je construis.

    Et je crois que c’est ça la beauté des relations : on se nourrit les uns les autres, sans se posséder, et sans rien attendre, simplement en étant là, sur le même chemin, pour une durée indéterminée.

    On se croise, on s’éclaire, on s’inspire,  et on poursuit notre route, avec quelque chose de différent en nous, plus riches, plus lucides, plus fort.e.s.

    _______________________________________________

    Contexte

    Ce texte, il peut sembler détaché.  Mais c’est pas vraiment le cas.
    C’est juste que je vis autrement mon rapport aux autres et ma manière d’aimer.

    J’ai longtemps eu des comportements toxiques dans certaines relations d’amitié trop fusionnelles. Chez moi, l’attachement a souvent rimé avec possession, contrôle, peur de perdre.
    Aujourd’hui, je travaille à créer un attachement plus sain : sans dépendance, sans emprise.
    Dans la bienveillance, le respect, et la liberté de chacun.e.

    Mais je sais aussi que la frontière est fine… entre détachement et distance, entre paix et fuite.
    Inconsciemment, je peux être dans une logique d’auto-sabotage : me détacher avant d’avoir mal, couper le lien avant d’être blessée.
    Comme si mon cerveau se mettait en mode “off”.
    Et je confonds alors ce vide avec de l’indifférence, alors que c’est peut-être juste la peur inconsciente, tapie en moi, qui parle. Mon plus grand défi c’est justement de trouver cet équilibre entre ressentir et lâcher-prise.

    Mais ce texte, c’est aussi une façon de rappeler que les gens qui sont autour de nous, ici et maintenant, ne nous sont pas liés à jamais. Notre entourage évolue en même temps que nous on évolue aussi.
    On attire les gens qui vibrent à la même fréquence que nous, et cette fréquence change.
    S’éloigner, c’est pas forcément trahir. C’est parfois grandir. C’est parfois juste avancer.

    Je pense que c’est ok de dire au revoir à des gens, sans drame, sans rancune, sans culpabilité. Juste parce qu’à ce moment-là, nos vies, nos visions, nos chemins, ne sont plus alignés.

  • l’audace d’être soi

    l’audace d’être soi

    Est-ce que la confiance en soi, ça se juge ?

    Je me suis posée la question quand on m’a dit : ”c’est bien d’avoir de l’ego mais il ne faut pas qu’il soit trop disproportionné” en réponse à vidéo que j’avais postée. Une vidéo de moi qui aime le reflet que le miroir me renvoie.

    Et j’ai trouvé ça marrant. Enfin, entendons-nous, pas drôle, mais interpellant comme réflexion. Et par extension, intéressant à analyser.
    Cette manière subtile de vouloir amoindrir l’estime que quelqu’un a de lui-même. Comme si c’était aux autres de décider où se situe la limite entre s’aimer et trop s’aimer.

    Mais pourquoi faudrait-il s’excuser de se sentir bien dans sa peau ?

    S’affirmer ça fait peur, ça fait parler.
    Si je dis que je me sens bien avec moi-même, que je m’aime, que je me trouve belle, que je suis fière de moi et de ce que j’accomplis, est-ce que ça fait de moi quelqu’un d’arrogant ?
    Je trouve ça fascinant à quel point la confiance en soi peut être perçue comme une provocation, comme un excès. De fierté, d’ego, de soi.
    Comme s’il fallait toujours doser, mesurer, minimiser.
    Comme si aimer qui on est devait rester discret.
    On nous apprend à être modestes, à ne pas trop briller, à nous faire petits pour ne pas déranger.
    Mais à force de se faire discret, ne finit-on pas par s’éteindre ?

    Avoir confiance en soi, ce n’est pas se croire meilleur.e ou supérieur.e aux autres. C’est simplement reconnaître sa valeur. 
    Sans avoir besoin de la prouver.
    Sans avoir besoin de la faire valider.
    On peut être fier.e de soi sans arrogance, on peut briller sans éteindre personne, s’élever sans rabaisser qui que ce soit.
    Soyons humbles, mais pas modestes.

    Dans le fond, juger la confiance de l’autre, qu’est-ce que ça dit de nous?

    Cette réflexion, elle fait justement écho à des mots que j’écrivais il y a quelques mois à peine.
    A propos de la jalousie.
    La jalousie que j’ai souvent ressentie dans ma vie.
    Pas de manière continue, mais par phases.
    Comme des épisodes brefs mais intenses d’envie envers la vie des autres.
    Quand quelqu’un parlait de ses réussites et affirmait ses qualités avec assurance, ça m’agaçait.
    Ce que je ressentais c’était pas tant de la colère envers les autres, mais envers moi-même. 
    De la frustration. 
    Parce que les gens qui étaient eux-mêmes, qui s’accomplissaient, et qui en étaient fiers, ça me renvoyait à ce que moi je n’osais pas encore faire.

    Et ce n’est qu’en devenant lucide sur ce mécanisme que je reproduisais encore et encore, que j’ai compris une chose essentielle ; cette frustration, elle disparaissait toujours quand je me mettais en action. Quand je créais, quand j’avançais, quand je me bougeais enfin.
    Je n’avais alors plus à envier la lumière des autres puisque j’allumais la mienne.
    Agir, c’est reprendre le pouvoir sur sa vie.

    Aujourd’hui, je me sens alignée, je me sens à ma place.
    Et je n’ai plus ce sentiment agréable quand je vois les gens, autour de moi, briller. Ou en tout cas, plus aussi fort, plus aussi longtemps.
    Au contraire, j’ai envie de leur dire : “rayonnez, foncez, et soyez en fier.e.s”.
    Je ne me dis plus que leur lumière m’éteint ; à l’inverse, elle m’inspire. Et je me rappelle surtout qu’on peut toutes et tous briller en même temps.

    Alors oui, soyons humbles, mais pas modestes.
    Remettons-nous en question, faisons preuve de respect et de gratitude, oui.
    Mais ne minimisons pas nos forces, nos réussites, nos joies.
    Aimons-nous sans limite, parlons de nous sans avoir peur que ce soit perçu comme de la vantardise.
    Brillons.
    Toujours plus fort.
    Et faisons briller les autres avec nous.

  • peut-on aimer plusieurs personnes à la fois ?

    peut-on aimer plusieurs personnes à la fois ?

    (j’ai commencé à écrire ce texte dans mon carnet le 19 juin 2025)

    Mais c’est quoi l’amour en fait ?

    L’amour ou l’attirance ? L’affection ? La projection? Ou même le fantasme de ce qui pourrait être ? S’il existe plusieurs amours, comment savoir celui dont on a besoin ?  Celui qui nous correspond le mieux ? N’existe-t-il pas un amour propre à chaque personne ? Et donc par extension, à chaque relation ?

    J’en reviens donc à cette question. Peut-on aimer plusieurs personnes à la fois ? Amoureusement, passionnément, intellectuellement, tendrement, affectueusement, romantiquement,… De multiples façons ? Relations libres, polyamour… ce sont des notions qui m’ont toujours intriguée, fascinée, interrogée.  Je me disais que c’était probablement le paroxysme du détachement de l’égo dans une relation, mais j’ai longtemps cru que je ne pourrais jamais vraiment vivre ça. Aujourd’hui, j’ai du mal à m’imaginer dans une relation qui soit strictement exclusive.  Pas parce que j’ai nécessairement envie d’aller voir ailleurs – même si l’instinct de conquête est grand chez moi et que cette phase de séduction agit comme un shot de dopamine –  mais parce que je n’ai pas envie qu’on puisse m’en ôter la possibilité.  Parce que la condition essentielle à mon épanouissement c’est l’absence du sentiment de possession. 

    Possession. Un mot fort, oui, et pourtant c’est ce qui caractérise souvent la relation amoureuse exclusive telle qu’on la connaît.  “Je suis à toi”.  La notion d’appartenance y tient un rôle central, en ce qu’elle justifie les limites qu’on lui donne. Dans une relation libre, j’ai l’impression qu’on s’en éloigne. Autant que faire se peut. On aime l’autre en soi, pas pour le sentiment de l’avoir.  On n’a pas les gens, on ne les possède pas, personne ne nous appartient. Même sans mettre d’étiquette, se détacher de ce sentiment nous fait avancer vers une autre vision des rapports. 

    Mais peut-on aimer sans avoir un peu peur de perdre l’autre ? J’ai longtemps cru que l’attachement venait indissociablement avec cette peur. Et pourtant, aujourd’hui je crois qu’on peut aimer dans l’éphémère. Sans penser au futur, en ne projetant pas sans cesse le fantasme d’un avenir fait de potentiels possibles et de désirs illusoires. Juste ici et maintenant. Parce qu’il n’y a que ça qui compte, non ? 

    Alors oui je sais, on peut se demander si c’est réellement désirable ? De ne vivre que dans l’instant présent, dans ce que la relation est, et sans imaginer ce qu’elle sera. Est-ce que c’est juste un attachement sans dépendance ou ce n’est alors au final qu’une certaine forme de détachement ? Je suis dans cet entre-deux permanent à vrai dire. J’ai envie de croire qu’on peut aimer les gens en acceptant qu’ils ne seront pas nécessairement dans notre vie pour toujours. Je sais qu’on a aussi besoin de certitude, de se projeter … Mais c’est peut-être ça le problème ? 

    Moi, je sais que je fais ma vie seule. Peu importe la multitude de relations et d’aventures que j’expérimente, j’ai toujours vécu ma vie seule. Je vis pour moi. Pourtant aujourd’hui je peux le dire : je sais que je suis capable d’aimer intensément, fort, réellement. Mais je ne suis juste pas dépendante d’une relation. J’aime l’idée d’un amour si fort d’une personne qui me complète entièrement, que sa seule présence me suffit. Mais j’aime aussi le fait que plusieurs personnes puissent m’apporter des choses différentes. Que je puisse apprendre et développer à travers elles, des manières différentes d’aimer, de vivre, de penser, de toucher,…

    Alors, peut-être qu’au fond, la question n’est pas vraiment “peut-on aimer plusieurs personnes à la fois ?” mais plutôt “comment choisir d’aimer ?”. Que l’important ce n’est pas de décider entre l’éphémère ou l’éternel, mais simplement d’accueillir ce qui se présente à nous. Chaque rencontre est unique et devient une nuance singulière qui n’efface pas les autres mais les enrichit.  L’amour comme un paysage à traverser, sans cesse mouvant, toujours à redécouvrir.

    Aimer, selon moi,  c’est accepter l’impermanence sans renoncer à l’intensité.  C’est savoir que rien ne nous appartient et pourtant s’abandonner pleinement. Alors oui, on peut aimer plusieurs personnes à la fois … parce qu’on ne divise pas l’amour, on le multiplie.  Et peut-être qu’au fond, la seule fidélité qui compte est celle que l’on se porte à soi-même. Parce que l’amour n’a pas une seule forme, ni une seule vérité. Il se réinvente dans chaque relation, dans chaque rencontre, dans chaque instant. 

    Je crois profondément qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière d’aimer, tant que l’on est sincère. Avec soi-même et avec l’autre. On peut aimer plusieurs personnes à la fois, mais différemment. On peut aimer dans l’éphémère ou dans la durée. L’amour est multiple, mais unique à chaque fois. 

    Et c’est peut-être là que réside la seule certitude :
    aimer, c’est vivre.

  • message personnel

    message personnel

    (message envoyé le 29 juin 2025 et déclamé sur la scène de Lost Words à Bruxelles le 17 juillet 2025)

    Contexte : j’allais voir une amie qui déclamait ses mots sur scène et par sa bienveillante insistance, je m’y suis retrouvée aussi. C’est un vrai évènement dans ma vie d’artiste, parce que je n’avais jamais transposer mes mots au-delà des écrans, au-delà de ce qu’on voit. D’autant plus, que prise au dépourvu, j’ai sélectionné un message envoyé quelques semaines plus tôt. Un choix inattendu, même pour moi-même, mais un choix révélateur, symbolique. Si je n’ai pas peur de monter sur scène, la sensation d’être vulnérable en amour m’effraie. J’écris rarement sur mes relations amoureuses et romantiques. En tout cas en sortant rarement de ma position de contrôle. Comme je le suis dans mes relations d’ailleurs. Précisément parce que j’ai peur d’apparaitre vulnérable (j’écris d’ailleurs sur cette thématique pour un prochain texte). Alors, déclamer ce texte c’était un inversement des rôles, une sorte de catharsis, c’était ce « regardez-moi vous parler de mes sentiments, sans artifices, sans pirtouettes, vulnérable, les émotions à nue« 

    _______________________________________________

    J’ai commencé à écrire ces mots au milieu de la nuit. Besoin irrépressible, cœur serré. On m’a dit : Ce qui se dit la nuit ne voit souvent pas le jour. Alors j’ai préféré attendre le jour pour te lire cette nuit que j’ai passée à penser à toi, à nous. 

    J’ai cherché une bonne manière
    de te dire tout ce que j’avais sur le coeur,
    je me suis aussi demandé s’il en existait une
    et aussi au final, si cela servait seulement à quelque chose.
    Mais on partage, je crois, l’amour des mots,
    et écrire reste ma plus belle arme contre les sursauts de mon esprit,
    contre la mélancolie de mon âme.
    Alors me voilà à te partager ces mots qui, à mon image, relèvent d’un méli mélo à peine structuré,
    probablement plus alambiqué qu’il ne le devrait,
    ces mots qui sont grandiloquent, toujours,
    mais remplis de sens pourtant.

    Cette question résonne en moi depuis quelques jours : Qu’est ce qui fait plus de bruit que le silence ? 

    Parce que c’est là où nous en sommes.
    Se dire au revoir sans au revoir.
    Et peut-être que tout ça ne vit que dans ma tête.
    Peut-être que ce qui m’apparait comme lourd et profondément douloureux, n’est que légèreté et indifférence pour toi.
    Et je l’accepte.
    Mon ego a cessé de fonctionner correctement avec toi
    depuis le premier jour je crois.
    Mais j’ai besoin de te l’exprimer
    parce que je ne sais pas si c’est ce qui rend le plus honneur
    à ce que j’avais l’impression de partager avec toi. 

    Je sais.
    Je sais que nous ne marchons pas sur le même chemin.
    Je sais que nos routes se sont croisées là
    où il n’y avait a priori aucun passage de traverse.
    Mais c’est arrivé.

    C’est arrivé et l’espace d’un instant,
    de plusieurs à vrai dire,
    littéralement à chacun des moments passés ensemble
    peu importe leur teneur ou leur durée
    j’ai senti l’intensité.
    J’ai entrevu un monde où nos chemins étaient connectés
    en plusieurs lieux.
    Comme s’ils n’étaient parallèles qu’en surface,
    cachant des tunnels sous-terrains
    où la rencontre serait devenue possible.

    Et c’est là le plus dur.

    Non pas juste de renoncer
    à tous ces moments
    qui me restent en tête
    comme le souvenir doux mais amer
    d’un rêve dont on vient de se réveiller,
    laissant un sentiment déroutant de vide en nous.
    Non pas juste ça,
    même si c’est déjà beaucoup.
    Mais plus encore,
    renoncer à ce qui aurait pu être.
    A toutes ces vies que l’on aurait pu vivre.
    A tout cet amour,
    ou en tout cas sa projection,
    qui n’aura exister que dans l’esprit vagabond d’une jeune femme
    libre et sauvage
    profondément amoureuse de l’amour.

    Alors aujourd’hui, que reste-t-il de nous ? Que reste-t-il de ce qu’on aurait pu être ?

    Il ne reste que les souvenirs flous,
    les fantasmes assagis
    et les mots nus envolés.
    Et puis le silence.

    Et c’est peut-être mieux comme ça ?

    Parce que peut-être que vivre quelque chose qui ne peut se vivre pleinement
    n’a alors pas lieu de vivre tout court ?
    Parce que vivre l’intensité à moitié,
    ça n’existe pas ?
    Parce que le plaisir éphémère de ce dont on doit se contenter
    ne compense pas la douleur
    de ne pas pouvoir embras(s)er pleinement ce feu qui vit en nous ? Probablement tout ça.  

    Alors je suis en colère,
    pas vraiment contre toi,
    mais contre le sort,
    le ciel,
    la vie tout simplement.
    La faute à pas de chance.
    Mais merci d’avoir été pour un court moment même,
    l’objet d’un sentiment sans nom mais si profond.
    Merci aussi de
    m’avoir permise,
    malgré ces sentiments brulants,
    de comprendre que je devais me choisir.

    Je souffre une fois mais pour que la souffrance ne dure pas.

    Tu garderas une place particulière.

  • écrire sur l’amour

    écrire sur l’amour

    Je n’ai jamais vraiment écrit sur mes histoires d’amour.
    Ou alors si je l’ai fait, c’est à demi-mots. 
    Cachée derrière des images, des généralités, des pirouettes stylistiques.
    Pas vraiment de contexte. Pas vraiment de concret.

    Je crois que je me suis longtemps empêchée de partager là dessus. La volonté peut-être de laisser planer une certaine part de mystère autour de moi. Autour de mon intimité. 
    Là où je divertis souvent mon entourage avec mes histoires, je ne transpose rien à l’écrit.
    A peine dans les brouillons de mes carnets.
    Le “petit papillon” que je suis ne laisse pas vraiment de trace.
    Comme si j’étais distante, « au-dessus de tout ça » ?
    La Sarah qui ne s’attache pas.
    De nouveau, je me suis enveloppée dans une image de moi, davantage que dans la réalité de mes ressentis.
    Jusqu’à ce que cette image devienne ce que je pense être.
    Et pourtant, bon nombre de relations qui ont jalonné ma vie, même les plus brèves, m’ont réellement appris beaucoup sur moi.

    Je crois que je suis juste terrifiée.
    Terrifiée de vivre ces moments,
    vulnérable, amoureuse, floue.
    Terrifiée d’en laisser une preuve quelconque.
    De ne pas être l’héroïne de mes histoires.
    De ne pas être aimée en retour.
    Et terrifiée aussi qu’on puisse me voir comme ça.

    Alors j’ai toujours préféré écrire sur mon rapport à l’amour en général, plutôt que sur mes amours.
    Ou alors sur moi,
    mais la version de moi qui a le contrôle.
    Moi, moi, moi. L’ego légitime.
    Dans un rapport de force ; avoir l’ascendant ; avoir le rôle de celle qui décide.
    Jusqu’à ce retournement.
    Une histoire, qui n’est pas vraiment une histoire d’amour.
    Une histoire d’amour qui n’a pas eu lieu.
    Une non-histoire d’amour.
    Quelque chose qui était,
    quelque chose qui existait.
    Sans qu’on puisse vraiment le nommer.
    Et c’est peut-être justement pour ça qu’elle avait besoin d’être écrite.
    Parce que je n’ai pas trouvé d’autre endroit pour la déposer.

    Moi qui suis de celles qui ne courent pas après l’autre. Jamais.
    De celles qui (se) laissent croire que ce sont elles qui décident.
    Avec lui, il y a eu ce glissement, que j’ai feint d’ignorer.
    Plus je faisais semblant de ne rien ressentir, plus ça vibrait. Fort.
    Trop fort.
    J’ai réécrit cent fois l’histoire.
    Et je l’ai recouverte de toutes les couches de contrôle que je connais.
    L’ironie, la distance, la séduction qui tourne court.
    Un combat permanent de mon ego,
    contre l’obsession d’un amour qu’on projette

    Aujourd’hui, le drap de fantasme qui a pendant un temps enrobé cette histoire n’est plus.
    Et c’est finalement très moi : aussi vite je monte, aussi vite je tourne la page.
    Mais tout ça m’a poussée à écrire.
    À me poser des questions sur ma peur d’être aimée et d’être quittée. Sur mon ego.
    Et aussi sur ma capacité à me raconter honnêtement.

    Ce qui compte, c’est que cette non-histoire m’a laissée face à quelque chose que je fuis depuis toujours :
    la peur de me dévoiler quand je ressens.
    Une peur qui m’a toujours poussée à vouloir tout contrôler, à ne pas m’attacher, et à ne surtout pas montrer que ça pouvait arriver. Alors que là, j’ai fait tout l’inverse :
    Me montrer vulnérable.

    Au final, l’histoire, maintenant évaporée, importe peu.
    Ce qui compte, c’est le sentiment qu’elle m’a laissé, et la transformation qu’elle a déclenchée.
    Elle m’a appris qu’aimer, c’est prendre un risque.
    Celui d’être fragile, celui d’être rejetée.
    Peut-on d’ailleurs vraiment parler de rejet quand on choisit en conscience de s’abandonner à ce qu’on ressent ?
    J’ai compris que je pouvais lâcher prise, laisser venir les choses sans chercher à tout contrôler.
    Que ne pas être choisie, ça ne veut pas dire ne pas être aimable.
    Que parfois, nos projections, nos désirs et notre ego brouillent ce dont on a réellement besoin.
    Et qu’à force d’avoir longtemps chercher à être désirée, je me suis souvent privée de simplement vivre ce qui était là,
    sans protection, ni projection.

    Alors peut-être que c’est ça tout le propos de l’amour :
    accepter d’être vu.e dans sa fragilité ;
    et reconnaître que ce qui nous reste à chaque fois, ce n’est pas l’autre, mais le chemin qu’on a parcouru à l’intérieur de soi.

  • oser dire non

    oser dire non

    (publié sur mon instagram, le 17 septembre 2025)

    Un nom.
    Trois lettres.
    Non.
    Un mot simple.
    Mais un mot dur.

    Non
    Un mot qu’on devrait pouvoir dire sans trembler,
    sans s’expliquer, 
    sans s’excuser.

    Mais dire non, ça déroute ;
    ça démange, ça dérange ;
    ça dénonce, ça démonte ;
    et ça fait peur parfois.

    Parce qu’on croit peut-être qu’une fois est coutume
    et qu’un sourire est un passe droit

    Ma gentillesse n’est pas une porte ouverte.
    Ce n’est pas parce que j’écoute, que je dois répondre. 
    Pas non plus parce que je donne une fois, que je devrai donner toujours.

    Alors j’insiste, je répète, je martèle :
    J’ai le droit de ne pas être disponible.
    Et je ne veux pas me sentir coupable.

    Je refuse cette pression.
    De l’interaction.
    De l’immédiateté.
    Des autres.

    Dire non, c’est dire oui.
    Oui à moi.
    à mon temps,
    à mon énergie.

    Dire non, c’est exister.
    Dire non, c’est décider.

    Sans me justifier.
    Sans m’excuser.
    Sans inventer.

    Non.
    Parce que j’ai besoin de temps.
    Pour moi.
    Pour respirer.
    Pour me recentrer.

    Alors je dis non,
    comme une décision,
    une direction,
    une libération.

    _______________________________________________

    Contexte

    Ce texte est un rappel : apprendre à dire non pour me préserver.
    Ce n’est pas fermer la porte mais c’est m’affirmer.
    C’est dire non aux avances non désirées, aux attentes qui ne me conviennent pas, aux modes de relation qui ne me respectent pas.
    C’est dire non à une disponibilité à la demande ; à cette pression d’être toujours là, toujours prête, toujours gentille.

    Je l’écrivais déjà en 2019 dans un texte de mon journal :

    « On ne peut entretenir une infinité de relations. C’est ingérable et, finalement, malhonnête. J’ai simplement décidé de ne plus être disponible pour tout le monde. Et j’ai parfois la sensation qu’on me le reproche. Qu’on me culpabilise de pas être là dès que l’on me sollicite. Non, je ne veux pas vivre sous pression, ni celle de la sociabilité ni celle de l’immédiateté, et encore moins celle des gens »

    Aujourd’hui je le réaffirme : je veux penser à moi, et je ne veux plus me sentir coupable pour ça.
    Le temps est ma valeur la plus précieuse. Si je passe ma vie à être celle qu’on veut que je sois, à dire oui à chaque requête d’attention, je ne vis plus pour moi.

    Mais je sais aussi que l’équilibre est là : apprendre à répartir mon énergie.
    Parce que parfois, dans mon silence, je peux blesser des gens que j’aime.
    Je le dis souvent : les interactions m’épuisent, alors je décroche, je disparais un peu.
    Mais je ne veux pas que mon absence devienne un « non » qui devienne un mur.
    Ne pas choisir peut aussi être perçu comme renoncer.

    Dire non, l’affirmer sans ambiguïté, c’est fermer la porte.
    Et c’est seulement comme ça que je peux choisir d’ouvrir celles qui comptent vraiment.