Catégorie : carnets

  • 6 – me trouver

    6 – me trouver

    A 26 ans j’ai décidé de partir vivre à l’étranger. Et je me dis souvent
    que c’est comme si ma vie avait commencé à ce moment là.
    Comme si tout ce que j’avais vécu avant
    était une répétition.
    Ou plutôt un entrainement.
    Construisant la personne que je suis,
    en me préparant à ce que j’allais vivre ensuite.

    Je crois que c’est ce que j’attendais depuis toujours.
    Partir.
    Parce que j’ai toujours eu du mal
    à me sentir à ma place chez moi.
    J’ai toujours eu l’impression d’étouffer,
    de manquer de quelque chose.
    J’ai jamais, je crois, voulu partir pour fuir,
    mais plutôt pour me trouver.
    Pour découvrir autre chose.

    Et parfois je me dis que ce serait plus simple
    si j’étais en pilote automatique.
    Si j’avais suivi un chemin tout tracé.
    Carrière, maison, mariage, enfants.
    Mais j’arrivais pas à me projeter là dedans. J’aspirais à autre chose.
    Et c’est toujours le cas d’ailleurs.

    J’ai 29 ans
    et quand on me demande ce que je fais dans la vie,
    ou quels sont mes projets,
    je sais pas trop quoi répondre.
    Je me sens perdue parfois.
    Et je doute souvent.
    Mais ce dont je suis sûre,
    c’est que je veux me sentir libre.

    Découvrir le monde.
    Accumuler les premières fois
    et les moments qu’on n’oublie pas.
    Dans le frisson des nouvelles expériences.
    C’est là que je me sens à ma place.

    _______________________________________________

    Contexte :

    Je revenais d’Indonésie où je suis restée 3 semaines après avoir quitté Sydney, et ça m’a beaucoup questionnée (une fois de plus) sur la vie que je voulais. Après m’être projetée à Sydney, j’étais là sur un scooter à Bali en train de me dire que je pourrais vivre d’amour et d’eau fraiche, simplement, les pieds dans l’eau, entre deux séances de yoga et d’écriture.

    Depuis toujours, j’ai ce sentiment de vouloir toujours plus. L’envie de tout faire. De tout vivre. Je dis souvent que je cours après le temps. Parce que j’ai peur d’en manquer. Peur de rater des choses. De ne pas vivre assez. De ne pas trouver ce pour quoi je suis faite.

    C’est quelque chose que je ressens d’autant plus fort quand je me compare aux autres. Encore plus dans ce chapitre nouveau qu’est la trentaine (je n’y étais pas encore au moment de publier ce texte).
    Pourtant je sais que le timing est personnel et que chaque chemin est différent.
    Et on n’aspire pas toutes et tous à la même chose.
    Mais bon, ça génère beaucoup de questions et de peurs en moi.
    Quand on dévie de la route principale, on ne sait jamais si le chemin dérobé qu’on a choisi sera le bon chemin.

    Et depuis que je suis partie loin de chez moi, il y a ce sentiment d’instabilité permanente. Une instabilité qui me pousse d’autant plus à me remettre en question et à douter. Une instabilité qui me demande de sortir de ma zone de confort. C’est inconfortable du coup, mais en même temps je sais que c’est ce qui me plait.
    Quand j’ai peur, mais que ce n’est pas ça qui m’arrête .

    J’ai encore beaucoup de choses à découvrir, sur le monde et sur moi-même. Je ne me sens pas toujours à la hauteur de mes ambitions, j’ai encore trop souvent des pensées et comportements limitants. Je sais que je douterai encore mille fois, et que je ne cesserai de remettre en question mes choix.
    Mais je sais aussi que ça fait partie du chemin.
    Et je crois que c’est ok 

  • 5 – mes paradoxes

    5 – mes paradoxes

    Je suis solaire,
    pourtant j’ai mes parts d’ombre.
    Je suis remplie d’espoir et de positif,
    pourtant je peux être très mélancolique.
    J’ai confiance en moi,
    pourtant j’ai souvent la sensation de ne pas être assez.
    J’aime aller de l’avant,
    pourtant parfois je ne peux m’empêcher de repenser à des situations passées.
    J’essaie de développer des relations saines,
    pourtant je peux avoir des comportements toxiques.
    Je suis remplie d’amour,
    pourtant je peux être très détachée.
    Je suis un petit coeur, pourtant je peux m’énerver pour un rien.
    Je suis quelqu’un d’extraverti et de sociable,
    pourtant c’est seule que je recharge mes batteries.

    Les paradoxes font partie de moi.
    Pas à pas, j’apprends à les dompter.
    Entre le jour et la nuit,
    le feu et la glace,
    le silence et le bruit.
    J’essaie de trouver un équilibre.

    _______________________________________________

    Contexte :

    Je suis pétrie de contradictions, je le sais. Quel humain ne l’est pas, vous me direz.
    Je vous parle souvent de l’intensité avec laquelle je ressens, avec laquelle je vis.
    Ça se marque aussi dans les paradoxes qui font de moi celle que je suis.
    Dans le contraste des contraires en moi.

    Parfois je trouve ça fou de me dire que je peux être si différente selon les moments.
    Comme si plusieurs personnalités coexistaient en moi.
    C’est pour ça que j’essaie toujours de comprendre ce qui se passe en moi. Ce qui déclenche tel ou tel sentiment, tel ou tel comportement. ça demande beaucoup d’énergie de s’analyser et de se remettre en question.

    C’est inconfortable aussi, parce que je prends conscience de mes défauts et des choses que je pourrais améliorer. Je me confronte à ces parts d’ombre qui ne sont pas celles que je veux montrer. Et qui existent pourtant. Que je ne peux cacher parfois. Mais je sais que c’est ce qui m’aide à apprivoiser ces paradoxes. Et à en tirer le meilleur. C’est ce qui m’aide à évoluer 

  • exister autrement

    exister autrement

    (texte déclamé pour la première fois sur la scène de Lost Words à Bruxelles le 24 juillet 2025)

    J’ai longtemps appris à exister à travers la séduction,
    dans mon rapport au monde,
    dans mon rapport aux autres.
    Comme une grille de lecture,
    un langage,
    un pouvoir, peut-être,
    un masque, sûrement.
    Une manière d’être sûre
    de compter quelque part.

    Mais aujourd’hui,
    ce jeu m’étouffe.
    Je suis fatiguée.
    Je ne veux plus que ce soit
    ma seule manière d’être vue.
    J’ai envie de plaire,
    oui.
    Mais pas d’être réduite à ça.
    Pas d’exister uniquement,
    de prime abord,
    à travers le prisme du désir masculin.

    J’ai envie qu’on me croise,
    sans rien attendre en retour.
    Qu’on échange
    sans que mon attention soit interprétée
    comme une promesse.
    J’ai envie d’être autre chose
    qu’un potentiel corps à conquérir.

    À chaque fois que je rencontre un homme,
    il y a toujours comme une tension,
    une attente, 
    un présupposé.
    Celui d’un possible flirt.
    Celui d’un jeu déjà lancé
    avant même que j’aie décidé d’y jouer.

    Je me retrouve contrainte
    de devoir poser des mots
    sur des choses que je n’ai jamais promises.
    Contrainte de me justifier,
    de redéfinir les limites.

    Moi j’ai envie qu’on m’écoute, qu’on me parle,
    sans stratégie,
    sans calcul.
    Je veux exister sans devenir un enjeu,
    sans être un objet de projection.

    Je veux qu’on me voit.
    Pour de vrai.
    Je veux qu’on me respecte,
    qu’on me considère.
    Ça, même s’il n’y a pas d’histoire à écrire.

    •••

    Et dans l’intime,
    c’est encore plus profond.
    Plus brutal, parfois.

    Je prends souvent l’ascendant.
    Je domine.
    Pas seulement pour le jeu,
    mais pour affirmer ma place.

    Comme un cri qui résonne : 

    Tu ne me soumettras pas.
    Ni dans cette vie, ni dans ce lit.
    Tu ne feras pas de moi ta chose,
    l’objet impersonnel de ton désir,
    le réceptacle de ta jouissance. 

    Pour ne pas qu’on prenne ma liberté
    pour un oui.
    Pour ne pas qu’on pense qu’on peut
    disposer de mon corps,
    de mon image,
    de ma dignité,
    comme on s’assoit sur une chaise vide.

    •••

    J’ai passé ma vie à dire
    “je ne m’attache pas”
    comme une vérité inébranlable.
    Mais c’est un réflexe,
    un mécanisme, 
    une protection.
    Une tentative de contrôle.
    Un moyen de prendre les devants.
    D’être celle qui quitte
    pour ne pas être celle qu’on laisse,
    ou celle qu’on oublie.

    Alors certes, je suis libre,
    mais pas insensible.
    Je suis ouverte,
    mais pas à ta disposition.
    Je suis présente,
    mais pas à consommer.

    Je n’ai plus envie d’intime sans douceur,
    sans écoute,
    sans empathie.
    Je veux que ce soit beau,
    que ce soit vrai,
    que ce soit vivant.
    D’égal à égale.

    Je veux être courtisée.
    Je veux les caresses.
    la tendresse,
    je veux la sensualité,
    la complicité.
    Même dans l’éphémère.
    Surtout dans l’éphémère.
    Parce que l’impermanence n’empêche pas l’intensité.

    Et si ce n’est que pour une nuit,
    je veux qu’elle soit belle.
    Je veux qu’on s’y donne sans s’y réduire.
    Qu’on s’y touche avec attention.
    Qu’on s’y parle avec honnêteté.

    Parce que ce que je cherche,
    c’est pas une promesse.
    C’est une présence.
    Celle qui fait que même sans lendemain,
    tout ça aura eu du sens.

    ________________________________________________________

    Contexte :

    C’est un texte né d’un élan de colère, d’un ras-le-bol, d’une fatigue d’être confrontée chaque jour à cette masculinité envahissante. 

    Celle des hommes qui, dans l’espace public, s’autorisent à héler, commenter, entrer dans ma bulle sans y avoir été invités. Pour ça, je n’ai ni excuse, ni indulgence, ni patience.

    Et puis il y celle des hommes qui, parce que j’ai été gentille, souriante, présente, pensent y lire une ouverture. Comme si dans l’hétérosexualité, toute interaction devait, tôt ou tard, basculer dans un jeu de séduction. Je sais que ça ne part pas toujours d’une mauvaise intention. Mais quand c’est systématique, ça devient lourd. Je ne suis pas en quête d’intime avec tous les hommes que je rencontre. A force de devoir sans cesse me justifier, me sentir coupable, je finis par être en colère. Je crois que je voudrais juste être écoutée, sans projection, ni attente. 

    1 + 1 + 1 + tout le reste = c’est toujours trop à la fin.

    Et puis celle, potentielle, des hommes avec qui je relationne. J’ai du mal à me mettre dans une position de vulnérabilité, dans l’intime comme dans les sentiments.  Je me protège, je m’attache difficilement, mais je n’attends pas pour autant de l’autre qu’il ne s’implique pas du tout.Je veux être courtisée, respectée, considérée. Même si c’est fugace. Je ne veux jamais qu’on puisse me réduire à une potentielle conquête, un réceptacle de plaisir.
    Je suis libre mais en quête de lien.

    Je ne suis pas ici pour plaire, obéir ou céder.
    Je suis ici pour être. Entièrement. Librement. Moi.

  • soif d’apprendre, soif de vivre

    soif d’apprendre, soif de vivre

    Je ressens souvent cette impulsion soudaine qui me prend au détour d’un détail du quotidien : l’envie d’en savoir plus. Comme si chaque chose autour de moi portait en elle une promesse de découverte.

    Tout devient prétexte à la recherche. Je bois mon café le matin et l’envie me prend de connaître les spécificités de chaque origine, les arômes, les torréfactions. Je vois une œuvre et je me plonge dans les détails du mouvement artistique dont elle fait partie.  Je lis un livre et j’ai envie de parcourir la vie de l’auteur et l’ensemble de ses écrits. Chaque intérêt, aussi infime soit-il, attise en moi une curiosité dévorante. L’envie d’engloutir toutes ces connaissances nouvelles en une seule et immense bouchée. J’ai en moi une arborescence infinie que mon esprit fait germer à chaque mot. Une soif brûlante, oppressante : celle d’apprendre et de comprendre. Toujours plus.

    J’ai ce besoin d’élargir l’espace en moi, d’ouvrir des portes. J’ai une relation presque physique avec le fait d’apprendre, sous toutes ses formes. A l’image d’une nouvelle expérience, apprendre me procure indéniablement une forme d’excitation. Un frisson dans le ventre. Savoir me fait du bien. C’est comme respirer plus grand. Je sens que quelque chose s’ouvre en moi à chaque nouvelle idée, chaque découverte. C’est viscéral. Je veux collecter, connecter, ressentir. Je veux être une éponge, un canal, une passante du monde. Je veux absorber ce qui m’entoure. Comme si ça me rendait plus vivante, plus ancrée, plus libre. Je ressens quelque chose de profondément sensuel dans l’acte d’apprendre, un plaisir presque charnel. Un appétit sensoriel et intellectuel. C’est une manière de rencontrer le monde, mais aussi de me rencontrer moi-même. De construire quelque chose en moi.

    Je lis plusieurs livres à la fois. J’écris plusieurs textes à la fois. Je pense à plusieurs projets à la fois. Je passe des uns aux autres selon l’humeur, selon ce que mon cœur, mon esprit ou ma solitude réclame. Parfois, je cherche la profondeur, parfois la légèreté, parfois la poésie. Et puis je note tout, je garde une trace de chaque chose que je fais, comme pour figer l’instant. Comme pour garder la réflexion latente, vivante. Comme pour garder mon esprit alerte.

    Alors je planifie. Je liste. Je structure. Je crée des to-do lists dans mes carnets, dans mon téléphone, dans ma tête. J’organise mes journées pour être sûre de ne pas perdre de temps. Pour faire un maximum. Lire, écrire, écouter, avancer. Être partout à la fois. Être pleine.
    Il y a en moi cette volonté de ne rien rater. De ne pas laisser les jours filer sans qu’ils aient laissé une trace. Parce que j’ai peur, je crois. Peur de ne pas vivre assez. Peur de passer à côté. Peur d’être là sans y être vraiment.

    Et pourtant, parfois, je me demande : Est-ce que tout ça me nourrit ou me remplit juste ? Est-ce que je veux apprendre pour être, ou simplement pour faire ? Est-ce que je cherche à ressentir… ou à me prouver que je ne perds pas mon temps ?
    Parfois, j’ai peur de tout effleurer sans jamais rien vraiment habiter. De survoler la vie à force de vouloir en absorber tous les détails. D’être dans l’action, dans la quête, dans le désir d’expériences… au point d’en oublier la présence pure et simple. 

    Est-ce que je crée vraiment, ou est-ce que je produis ? Est-ce que je vis, ou est-ce que je collectionne les moments comme des preuves que je vis ?

    J’avance entre deux élans : le contrôle et le lâcher prise. Entre la volonté d’organiser et celle d’être dans l’instant présent. Entre l’envie de créer des choses tangibles et celle de me laisser porter par ce qui vient. Je ne sais pas toujours où me placer. Mais peut-être que vivre, c’est ça aussi : apprendre à être dans l’entre-deux. À respirer dans cet équilibre fragile entre faire et être. Entre prévoir et ressentir. Entre apprendre et me laisser traverser.

    Et peut-être que ma soif de savoir, aussi intense soit-elle, est simplement le signe que je veux embrasser la vie de toutes mes forces. Même si parfois, je ne sais plus très bien comment, ni pourquoi.

    Peut-être que vivre, c’est parfois aussi accepter de ne pas tout comprendre, et de ne pas tout expérimenter. De laisser de l’espace, du silence, du vide. De m’arrêter parfois, de faire une pause dans cette course effrénée contre la montre. Et pouvoir, pour un court moment même, prendre le temps de me sentir, non pas remplie de vie, mais pleinement vivante.