lettre aux hommes que j’ai mal aimés

J’ai longtemps cru que je n’étais pas faite pour m’attacher.
Que j’aimais juste librement, sans attente, sans pression.

Mais la vérité… c’est que je n’ai jamais vraiment appris à aimer.

Alors j’ai fait comme j’ai pu.

Les moments qu’on a vécus ils étaient réels, et je les ai aimés pour ce qu’ils étaient, pour ce qu’on s’est apporté.
Les longues conversations, la présence, la connexion, la légèreté…

Ce n’était pas de l’amour mais ça y ressemblait.
Je sais à quel point je peux créer l’illusion.

J’étais là, mais jamais complètement…

Comme si je laissais une porte entrouverte pour ne pas perdre quelque chose que je ne ressentais même pas totalement. 

Parce que je me nourris de cette sensation d’exister pour quelqu’un, comme le miroir de ce que j’aimerais moi-même ressentir.

Mais avec certains d’entre vous, j’ai laissé quelque chose s’ouvrir.

Sans vraiment comprendre pourquoi.
Sans vraiment savoir comment gérer ça.

Comme si je devenais quelqu’un d’autre.

Plus intense encore.
Plus vulnérable surtout.

Comme si je passais de rien… à trop.

L’attachement, d’habitude plutôt distant, devient soudain démesuré. Anxieux. Jusqu’à l’obsession parfois.

Comme si je me jetais à corps perdu dans quelque chose que je savais, au fond, instable.

Il en aura fallu quelques-uns de ces moments, pour que je comprenne enfin ce que ça fait d’être de l’autre côté. Ce que ça fait d’être face à quelqu’un qui n’est jamais totalement disponible.

Dans l’attente.
Dans l’incertitude.
Dans le doute de ce que l’autre ressent vraiment.

Et il y a quelque chose que je commence à voir encore plus clairement.

Ce n’est pas seulement ce qui se joue dans les relations.
C’est aussi ce qui se passe entre elles.

Parce que même célibataire, je ne suis jamais vraiment seule.

Il y a toujours quelque chose.
Une présence.
Une possibilité.

Quelque part, je me nourris de ça.

Du jeu de la séduction.
Des connexions rapides.
Des échanges qui s’enchaînent, qui se remplacent, qui s’oublient parfois aussi vite qu’ils apparaissent.

Comme si j’avais besoin de ce mouvement constant pour ne pas rester face au vide.

Et je me demande ce que ça dit de moi.

Il y la peur de l’attachement, oui.
Et puis surtout, un irrépressible besoin de contrôle. Parce que dans ces dynamiques-là, je maîtrise.

Je choisis ce que je donne.
Je choisis ce que je laisse voir.
Je choisis quand je reste, quand je pars.

Je peux vivre quelque chose sans m’y perdre.
Sans m’exposer totalement.
Sans risquer de ne pas être choisie.

Et quelque part,
ça donne une illusion de sécurité.

Une illusion de relation.

Je prends ce que j’ai envie de prendre.
Je donne ce que j’ai envie de donner.

Et je m’en vais avant que l’autre puisse vraiment avoir le pouvoir de me toucher profondément.

Avant que le lien devienne réel.
Avant que la vulnérabilité devienne mutuelle.

Comme si je gardais toujours une porte de sortie.

Je reste dans des espaces où je peux partir. Où je peux garder la main. Où je peux éviter le moment où l’autre pourrait partir à ma place.

Alors si je vous ai laissés dans le flou, si je vous ai fait douter, si je vous ai donné quelque chose que je n’étais pas capable de faire perdurer…

Ce n’était pas de l’indifférence.

Mais une forme de contrôle, dirigée par la peur.

La peur de ne pas être assez.
La peur de ne pas être aimée.
La peur, surtout, que si je me laissais vraiment aller, je ne sois pas choisie.

Aujourd’hui, je suis désolée. Désolée d’avoir trop joué, de ne pas avoir été claire, d’avoir créé une intensité que je ne destinais pas à faire durer.

Aujourd’hui surtout, j’ai envie d’apprendre.

Apprendre à ne plus confondre manque de stabilité et intensité des sentiments. Apprendre à rester quand c’est sain, pas seulement quand c’est fort. Apprendre à ne plus me perdre dans ce qui me met en insécurité.

Et apprendre enfin à trouver l’équilibre entre le tout et le rien.

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